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Les classiques de la Terre Pure

lundi 11 février 2008, par Furanku


Ce qui suit résulte pour l’essentiel d’un Mémoire de Master de quatre-vingt pages soutenu à l’Institut Catholique, intitulé : "La naissance dans la Terre Pure du Buddha Amida" avec pour sous-titre : "La saisie par un autre ou la sortie du régime de la nécessité".
- Nous avons apporté quelques évolutions marginales par rapport à la version déposée à l’Institut.
- En particulier nous avons numéroté les paragraphes afin de faciliter les citations ;
- (Pour les citations, indiquer la version : v.2.1 © esperer-isshoni - 2008)

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I.1. Généralités

a. Notre préconception de l’histoire

1§ Nous entendons « relire » le développement de l’idéal de la naissance dans la Terre Pure d’Amida à travers le temps et l’espace. En qualifiant de « relecture » notre geste, nous soulignons positivement sa dimension herméneutique : il s’agit d’interpréter, à partir d’un point de vue qui se sait situé, un corpus de textes reçus comme traditionnels par les écoles de la Terre Pure. Négativement, nous signifions que notre visée ne participe pas d’une vision « hégélienne » de l’histoire : nous ne voyons pas dans l’histoire des traditions de la Terre Pure une montée du concept de la naissance dans la Terre Pure à son plein épanouissement, à sa pleine auto-saisie, selon un processus dicté par la nécessité interne propre au concept (comme le chêne se trouve inscrit dès l’origine dans le gland). Notre position ne revendique pas le point de vue de surplomb, absolu, sur l’histoire.

2§ Nous interrogerons les textes et leurs auteurs à partir de notre recherche sur l’idéal de la naissance dans la Terre Pure d’Amida. Nous essaierons de ne pas tomber dans le piège d’une compilation qui alignerait les auteurs et les citations, sans les articuler avec précision. Nous tenterons de mettre en lumière des lignes de force, des structures porteuses, à l’intérieur du corpus de la Terre Pure. Notre démarche nous fera percevoir le corpus comme un grand texte (synchronie), où la diachronie joue de manière seconde – mais non secondaire : nous devons situer les auteurs chronologiquement si nous voulons percevoir des affiliations [1].

3§ Notre visée interprétative se veut régulée par la « neutralité scientifique » (nous reviendrons sur la problématique de la neutralité dans le développement méthodologique de la deuxième section). Nous entendons par là que nous chercherons à prendre en compte la cohérence interne des textes convoqués, sans les tordre en fonction d’une thèse qui aurait été établie a priori.

4§ Ces considérations méthodologiques ont permis de préciser le présupposé herméneutique de notre geste. Nous reprendrons à nouveau frais la question méthodologique lorsque nous donnerons une nouvelle dimension à notre geste dans la seconde section.
b. La délimitation du corpus – auteurs et textes [2]

5§ Délimitons le matériau historique que nous allons étudier, sous l’angle des auteurs de la Terre Pure et de leurs œuvres.

Les auteurs.
6§ Nous partirons de la généalogie établie par Hônen, puis de celle établie par Shinran.

Hônen 法然 (1133-1212), dit aussi Genkû源空, sélectionne la lignée suivante [3] :

-  en Inde, Nargarjuna龍樹 (vers 150 – 200), Vasubandhu婆薮槃豆 ou天親(quatrième siècle),

-  les « cinq patriarches » 浄土五祖 (jôdogoso jap.) de Chine, Tanluan 曇鸞(476-542), Daochuo道綽(562-645) [4], Shandao [5] 善導(613-681), Huaigan懷感 (autour de 600-700 ?) , Shaokang少康 ( ?-805)

-  puis au Japon, Genshin源信 (942-1017), appelé aussi « maître de Shuryogon in » 首楞嚴院 par Shinran.

7§ Shinran親鸞 (1173-1262) [6] fait partie des disciples les plus célèbres de Hônen [7] ; Shinran reçoit la lignée de Hônen en ne reprenant ni Huaigan ni Shaokang, et en ajoutant Hônen [8] ; il constitue ainsi pour l’école Jôdo la liste des « sept religieux éminents ».

8§ L’apparente linéarité de la généalogie ne doit pas induire en erreur : les filiations peuvent remonter dans le temps en sautant par dessus tel ou tel patriarche. Hônen doit sa conviction du Nembutsu exclusif et unidirectionnel 一向專念 [9] (pour naître dans la Terre Pure d’Amida) à Shandao [10] et non à Genshin [11]. Hônen se justifiera de prendre pour maître Shandao plutôt que son maître Daochuo, au motif que Shandao a atteint un samadhi et non pas Daochuo [12]. Nos auteurs ont fait preuve d’éclectisme dans leur filiation spirituelle, tout en affirmant leur fidélité à la lignée reçue.

Les textes.

9§ Nous rapporterons les textes qui nous semblent les plus utilisés dans les compilations de la Terre Pure :

-  pour les auteurs indiens, Nagarjuna (de l’école Madhyamika, actif vers 150-250) est réputé [13] l’auteur de l’Analyse des dix stades 十住毘婆沙論 (jûjûbibashron jap. [14], T. 26, 1521) [15] ainsi que du Traité de la Grande Vertu de Sagesse 大智度論 (daichidoron jap., T.25,1509) ; Vasubandhu est réputé pour son Traité sur la naissance [dans la Terre Pure] 往生論 (ôjôron jap.), appelé aussi Traité sur le Sutra de Vie infinie 無量壽經憂波提舍願生偈 (muryôjukyôupadaishaganshôge jap., T. 26, 1524) ; Hônen met ce Traité au niveau de la Trilogie (cf. infra pour la Trilogie) [16] ;

-  pour les auteurs chinois, Tanluan est l’auteur du Commentaire au Traité sur la naissance dans la Terre Pure無量壽經優婆提舍願生偈註 (muryjukyôubadaishaganshôgechû jap.) ou往生論註 (ôjôronchû jap., T. 40, 1819) ; Daochuo est crédité du Recueil de Bonheur-Paisible安樂集((anrakushû jap., T. 47, 1958) ; Shandao est crédité entre autres de la Méthode de contemplation (T. 47, 1959), du Commentaire du sutra de la contemplation de vie infinie [17] 觀無量壽佛經疏 (kammuryôjubutsukyôsho jap., T.37, 1753) et des Hymnes de vénération de la naissance dans la Terre Pure 往生禮讃 (ôjôraisange jap., T. 47, 1980) ;

-  au Japon, Genshin a écrit la Somme de la naissance dans la Terre Pure往生要集(ôjôyôshû jap., T.84,2682), Hônen a composé le Recueil sur le nembutsu sélectionné par le vœu primordial [18] 選擇本願念佛集 (senchakuhongannembutsushû [19] jap., T.83,2608) abrégé en senchaku, et Shinran le 顯淨土眞實教行證文類(kenjôdoshinjitsukyôgyôshômonrui jap., T.83,2646) [20], connu sous son titre abrégé de教行信證kyôgyôshinshô [21]. Nous nous réfèrerons aussi aux paroles de Shinran, rapportées par un de ses disciples dans les Notes déplorant les divergences歎異抄 (Tannisho jap.) [22].

10§ Les œuvres majeures de Hônen et de Shinran, respectivement le senchaku et le KGSS, s’apparentent au genre littéraire de la compilation de textes, avec des nuances. En effet, tous deux utilisent le procédé de la compilation afin d’appuyer une thèse personnelle, qu’ils énoncent en première personne [23] ; la compilation sert surtout à convaincre que leur enseignement se rattache à des filières doctrinales reconnues. En ce sens, ni le senchaku ni le KGSS ne sont réductibles à de pures compilations.

11§ Plus haut dans le temps, nous trouvons les trois textes fondamentaux, le Sutra de vie infinie 無量壽經(muryôjukyô jap., T. 12, 360 [24]), le Sutra de la Contemplation de vie infinie觀無量壽經(kammuryôjubutsukyô jap., T. 12, 365 [25]) et le Sutra d’Amida 阿彌陀經(amidakyô jap., T. 12, 366 [26]) – Nous les désignerons comme respectivement le Sutra long, le Sutra de la Contemplation et le Sutra court. Ces trois textes, en tant que sutra, sont reçus comme les paroles mêmes du Buddha Sakyamuni [27]. Rappelons que Shinran situait la prédication du Buddha Sakyamuni (et la rédaction des sutra) un millénaire avant l’ère chrétienne [28]. Les trois sutra forment la Trilogie de la Terre Pure 淨土三部經 Jôdo sambukyô (jap), qui, pour Hônen, « constitue le sûtra de fondation principal de la Terre Pure » [29]. A l’intérieur de la Trilogie, les auteurs apprécient de manière différente les trois sutra : Hônen consacre la plus grande partie de son senchaku au Sutra de la Contemplation, tandis que Shinran privilégie explicitement le Sutra long [30] par rapport au Sutra de la Contemplation [31].

12§ Les buddhologues ont essayé de dater les sutra, en partant des documents dont ils disposaient : sanscrit, tibétain, chinois [32]. Les dates des traductions chinoises ne semblent pas poser de problème insurmontable. Concernant la chronologie d’apparition des sutra, certains experts proposent une antériorité du Sutra court sur le Sutra long en s’appuyant sur le fait que la figure d’Amida y est moins développée ; l’origine indienne des deux sutra ne semble pas remise en question [33] ; les experts semblent hésiter entre -100 et +100 + 200 A.D. pour la date la plus haute, +250 pour la date la plus basse [34]. Le Sutra de la Contemplation semble le plus récent dans la Trilogie, et ne serait pas originaire d’Inde [35].

13§ Au XIXe siècle, Max Müller découvrira dans des monastères japonais des versions sanscrites du Sutra long et du Sutra court [36]. Nous ne savons pas si elles étaient encore lues et comprises au Japon et en Chine, au temps de Hônen et de Shinran .
Historiquement, le terme de « sutra de la Trilogie de la Terre Pure » 淨土三部經 jôdo sambu kyô (jap.) semble postérieur à Tanluan, de même que l’appellation « école de la Terre Pure » 淨土宗 jôdo shû (jap.) ; Hônen attribue cette dénomination au maître coréen Wônhyo 元曉(617-686) de l’ « école de l’Ornementation fleurie » 華嚴宗Kegon shû (jap.) [37].

Limites du périmètre retenu

14§ Nous avons restreint notre étude aux textes spéculatifs. Ce faisant, nous n’abordons pas les textes « populaires », tels que les vies de saints 往生傳 (ôjôden jap.) qui relatent comment des êtres humains sont parvenus à la Terre Pure d’Amida. Nous sommes conscients que ce biais limite notre perception de la Terre Pure à son aspect doctrinal, sans que nous puissions percevoir les interactions entre la pratique populaire de la Terre Pure et son explicitation doctrinale.

c. Question de vocabulaire

15§ Le chinois rend sous la même traduction 佛土les deux mots sanscrits Buddhakstra [38] et Buddhavisaya, traduits respectivement en français par « champ de Buddha » et « domaine de Buddha » [39]. Les traductions en français rendent 佛土par « terre de Buddha ». Les textes qualifient la terre du Buddha Amida阿彌陀de « Terre Pure » 淨土 (utilisé quatre fois dans le Sutra long), ou de « terre de félicité » 樂世界 (avec sa variante, « terre d’extrême félicité » 極樂世界, utilisé quinze fois dans le Sutra de la Contemplation), ou encore de « terre de paix et de félicité » 安樂國 [40], qui traduit le nom sanscrit sukhavati du Sutra long [41].
On trouve aussi 境界pour désigner les « sphères » regroupant les terres de Buddha, ou le « Triple Monde » 三界.

Plutôt que de traduire le caractère地par « terre » dans l’expression 菩薩十地, nous traduirons « les dix étapes des Bodhisattva », afin de les différencier de la Terre Pure.

16§ La naissance se dit 往生ou aussi 生 . La filière Daochuo – Shandao a promu la combinaison des deux idéogrammes 往生 pour souligner la réalité du mouvement d’ « aller naître » dans la Terre Pure d’Amida, contre la position idéaliste qui assimile la naissance à un pur évènement mental, se produisant à l’intérieur du cœur du pratiquant [42]. L’aspiration à y naître se conjugue comme vœu 願 (願生其國) ou comme désir 欲 (欲生我國) dans le Sutra long. L’expression « naître dans » (« naître dans la Terre Pure », « naître dans cette terre », « naître dans cette Terre de Buddha », etc..) traduit le chinois 生彼國, 生彼佛國, etc.. Comme on le voit, le français doit ajouter une préposition de lieu « dans », là où le chinois n’en éprouve pas le besoin [43]. Par ailleurs, nous suivons le choix de traduction de Jérôme Ducor qui traduit « naître dans la Terre Pure » et non pas « naître en la Terre Pure » [44]. Nous réservons pour le chapitre II la discussion sur la topologie de la Terre Pure.
Nous suivrons le choix de traduction de Ducor qui utilise systématiquement le verbe « naître (dans la Terre Pure) » plutôt que « renaître (dans la Terre Pure) », même s’il parle de « renaissances » pour le nom au pluriel.

v.2.1 © esperer-isshoni - 2008

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Notes

[1] Les idées et les courants n’apparaissent pas ex nihilo, ils s’inscrivent dans des contextes culturels et historiques ; il nous faudrait donc situer les auteurs dans leurs contextes. Eu égard au format attendu de ce travail, nous nous contenterons d’aborder sommairement l’ère Kamakura au Japon pour Shinran et Hônen ; nous ne traiterons pas de l’histoire de la Chine à l’époque des maîtres chinois de la Terre Pure.

[2] Le lecteur pourra utilement se reporter à l’article de Dennis GIRA intitulé « Faith and Practice in Pure Land Buddhist Thought. A Christian Reaction » dans DORÉ Joseph (dir.), À la rencontre du Bouddhisme, Publications de l’Académie internationale des Sciences religieuses, Cerf, 2000, p.255-271

[3] Cf. Hônen, Le gué vers la Terre Pure, senchaku-shû, traduit du sino-japonais par J. DUCOR, Fayard, 2005, p.57-58.

[4] du temple de Hsuan-chung 玄忠寺 (T.83,2646,633a,19)

[5] Shinran désigne aussi Shandao comme le « maître du temple de Kuang-Min » 光明寺

[6] – après son exil, Shinran se désigne aussi lui-même sous le sobriquet de gutoku (jap.) 愚禿-, le chauve stupide -, pour dire qu’il n’est ni moine (imbécile) ni laïc (tondu) – cf. Tannisho, notes déplorant les divergences, l’enseignement oral du saint homme Shinran rapporté par un disciple anonyme, traduit par J. Ducor, International Association of Buddhist culture, Dobosha, Kyoto, 1983, n.37-38. Hônen lui a donné le nom de Zenshin (jap.) 善信en 1205 (Tannisho,op. cit., n.84 p.60)

[7] Pour mémoire, Hônen a compté comme autres disciples fameux : Benchô (Chinzei-ha), 1162-1238 ; Shoku (Seizan-ha), 1177-1247 ; Ryûdan (Chôrakujiryu), 1148-1227 ; Kôsai (Ichinengiryu), 1163-1247 ; et Chosai长西(Kuhonjirû), 1184-1266. Cf. article de BLOOM, Alfred, “Shinran in the context of pure land tradition”dans Japanese religions vol. 17, January 1992, vol.1 p. 7

[8] Chart II “The Seven Pure Land Patriarchs and Their Writings Cited in The Kyôgyôshinshô” dans Shinran Shônin, The Kyôgyôshinshô, the collection of passages expounding the true teaching living, faith, and realizing of the pure land, Translated by D.T. Suzuki, The Eastern Buddhist Society, Shinshû Ôtaniha, Kyôto, 1973 – Nous abrègerons en KGSS de D.T. Suzuki.

[9] Pour la discussion sur la traduction de一向et專, voir plus bas.

[10] Hônen rapportera qu’il appuie sa doctrine sur la seule « explication concernant le dépôt du Sutra des contemplations fournie par le Commentaire de Shandao. » (T.83,2612, 242c21) - ce qui provoquera la stupéfaction du religieux qui l’interroge (voir Hônen, Le gué ..., op. cit., p.161). Le passage de Shandao en question dit ceci : « du point de vue du vœu primordial du Buddha [Amida], l’intention [du Sutra des contemplations], c’est que les êtres prononcent exclusivement 專le nom du Buddha Amida de manière unidirectionnelle一向 ». En chinois : 望佛本願意 在衆生 一向專稱彌陀佛名。(T.37,1753, 278a26)

[11] Même si c’est en lisant une phrase de Shandao reprise par Genshin qu’Honen découvrira l’œuvre de Shandao. Cf. Hônen,, Le gué ..., op. cit.,p.72 n.1. La phrase est la suivante : « « Si vous pouvez pratiquer le nembutsu de manière exclusive comme décrit ci-dessus, continuellement et à chaque instant jusqu’à la fin de votre vie, vous irez naître dans la Terre Pure à dix sur dix et à cent sur cent » (ibid. p71-72 – Ducor traduit le chinois T.83,2608,4b1)

[12] Hônen, Le gué ..., op. cit.,p.200

[13] Pour la discussion sur l’identité de Nagarjuna, voir FUJITA Kotatsu, « Pure Land Buddhism in India » dans FOARD James Harlan (ed.), The Pure Land Tradition : History and Development, Berkeley Buddhist Studies ; Hardcover, 1996, p.33.

[14] Les translittérations en caractères latins (romanji) des prononciations japonaises des titres écrits en caractères chinois proviennent du fascicule annexe du Hôbôgirin : Répertoire du canon bouddhique sino-japonais, édition de Taisô, compilé par Paul Demiéville, Hubert Durt et Anna Seidel, deuxième édition révisée et augmentée, Maisonneuve, 1978

[15] On peut trouver une traduction d’Inagaki sur Internet : http://www12.canvas.ne.jp/horai/igyohon.htm

[16] Un des « quatre textes qui exposent directement l’enseignement de la Terre Pure » (Payne citant Hônen – cf. PAYNE Richard, « The Five Contemplative Gates of Vasubandhu’s Rebirth Treatise as a Ritualized Visualization Practice », dans FOARD James Harlan (ed.), The Pure Land Tradition : History and Development, Berkeley Buddhist Studies ; Hardcover, 1996, p.233.

[17] Hônen considère ce commentaire comme la « boussole indiquant la Terre Pure de l’Ouest, les yeux et les jambes du pratiquant !’ » (Hônen, Le gué ..., op. cit., p. 204)

[18] Traduction du titre en français par Ducor dans : Hônen Le gué (..), op. cit., p. 7

[19] Signalons la prononciation « senjaku » retenue par l’école du Jôdo shinshû.

[20] Nous avons utilisé la traduction d’Inagaki, disponible sur Internet à l’adresse : http://www12.canvas.ne.jp/horai/kgss-a.htm. Nous avons confronté ses choix de traduction à l’original dans le Taishô. Nous avons aussi utilisé la traduction par D.T. Suzuki du KGSS avec ses notes.
  La traduction en anglais du titre par Suzuki se lit : « the collection of passages expounding the true teaching [,] living, faith, and realizing of the Pure Land », à rapprocher de celle d’Inagaki : « a collection of passages revealing the true teaching, practice, and enlightnement of the Pure Land way”. En français, une traduction possible serait respectivement : “la compilation de passages exposant le vrai enseignement, la vraie façon de vivre et la vraie réalisation de la Terre Pure » (pour Suzuki) ou « une compilation des passages révélant le vrai enseignement, la vraie pratique et la vraie illumination de la voie de la Terre Pure » (pour Inagaki).

[21] Dans la suite de notre travail, nous désignerons cet ouvrage sous l’acronyme KGSS. Le titre long respecte la tripartion traditionnelle bouddhiste en enseignement, pratique et réalisation, tandis que le titre abrégé exprime l’originalité de la doctrine de Shinran, en plaçant la « foi » 信 avant la réalisation 證 ; le chapitre sur la foi est le plus long des six chapitres du KGSS (cf. KGSS de D.S. Suzuki, p.203 n.2). [Pour mémoire, la quadripartition de Shinran apparaît pour la première fois dans le KGSS en T.83,2646,589b6].

[22] Tannisho, notes déplorant les divergences, l’enseignement oral du saint homme Shinran rapporté par un disciple anonyme, traduit par J. Ducor, International Association of Buddhist culture, Dobosha, Kyoto, 1983. Le livre contient le texte en japonais.
  Plusiseurs versions du Tannisho sont disponibles en anglais : voir http://www.shinranworks.com/relatedworks/tannisho1.htm (traduction par Dennis Hirota (dir.), Hisao Inagaki, Michio Tokunaga, et Ryushin Uryuzude) ou http://www.livingdharma.org/Tannisho/TannishoHowToRead.html (traduction de Taitetsu Unno)
  Pour la version japonaise, voir : http://www.konan-wu.ac.jp/ kikuchi/link/index.html

[23] Hônen commente les citations en disant : « Commentaire personnel » 私云ou :私問曰(17 occurrences dans le senchaku). Shinran conclut ses chapitres en se désignant comme le « chauve stupide » 愚禿.

[24] En plus d’un texte sanscrit et d’une traduction tibétaine, cinq traductions chinoises nous sont parvenues (cf. KGSS de D.T. Suzuki, p.336 ; voir aussi FUJITA Kotatsu, « Pure Land ... », art. cit., p.7, avec des différences sur les dates entre les deux sources). La plus connue est celle de Samghavarman康僧鎧 Kô Sôgai jap. (T.12,360) sous la dynastie Wei en 252 A.D. d’après KGSS – en réalité par Buddhabhadra et Paoyun vers 421 A.D. selon Fujita. Les quatre autres traductions comprennent : la traduction dite du Grand Sutra d’Amida 大阿彌陀經(daiamidakyô jap.,T.12,362) vers 223-228 A.D. selon KGSS de D.T. Suzuki, 222-253 A.D. selon Fujita, avec 24 vœux ; la traduction Han vers 258 A.D.dite du Sutra de l’éveil égal 平等覺經 (byôdôgakukyô jap., T. 12,361) ; la traduction dite de l’assemblée du Tathagata de vie infinie無量壽如來會(muryôjunyoraie jap.,T. 11,310[5]) vers 706-713 A.D. sous les Tang, traduite par Bodhiruci菩提流志 Bodairushi jap. (ne pas confondre avec son homonyme du VIème siècle) ; la traduction dite de l’Ornement de la Vie infini無量壽莊嚴經(muryôjushôgongyô jap., T. 12,363), sous les Sung en 980 A.D. selon KGSS de D.T. Suzuki, 991 A.D. selon Fujita. Voir l’article précité de Fujita pour une comparaison entre les cinq traductions chinoises.

[25] Traduit par Kalaysas entre 424 et 442. Nous ne disposons que d’un seul texte, en chinois.

[26] Traduction de Kumarajiva vers 402. Voir T.12, 367 pour la traduction de Xuanzang en 650 [ Correction à apporter à Hônen, Le gué..., op. cit., p130 n.2]. Nous disposons d’un texte sanscrit et d’une traduction tibétaine (FUJITA Kotatsu, « Pure Land ... », art. cit., p.8).

[27] Il convient de ne pas opposer trop radicalement les sutra et les textes des patriarches : Shandao demande à ce que l’on recopie son commentaire, inspiré par une mystérieuse apparition « comme un sutra », et Hônen considèrera que le Commentaire de Shandao est un « exposé direct de ‘Mida » [Hônen, Le gué ..., op. cit.,p.204].

[28] D’après la correspondance entre l’année du bois/tigre et de l’eau/singe et le calendrier grégorien, correspondance fournie par Inagaki dans sa traduction du KGSS, le Buddha Sakyamuni serait né en 1027 B.C. et mort en 949 B.C. selon ce qu’écrit Shinran – cf. T.83,2646, 640c6.7.

[29] Hônen, Le gué ..., op. cit.,p.51. Voir aussi T.2608, 2a7. Rappelons que le senchakû est structuré en fonction de la Trilogie : Sutra de Vie Infinie (chap. III à VI) , Sutra de la Contemplation – Ducor l’appelle le Sutra des contemplations - (chap. VII à XII), Sutra d’Amida (chap.XIII à XVI).

[30] Pour Shinran, il constitue le « vrai enseignement » 眞實教. Voir T.83,2646,589b7.

[31] Shinran associe le Sutra long au hongan, au dix-huitième vœu, le Sutra de la Contemplation au dix-neuvième vœu (le « vœu provisoire » selon Shinran), et le Sutra court au vingtième vœu, en accord avec la suprématie qu’il donne au Sutra long. (cf. SHIGEMATSU Akihisa, « An Overview of Japanese Pure Land » dans FOARD James Harlan (ed.), The Pure Land Tradition : History and Development, Berkeley Buddhist Studies ; Hardcover, 1996, p.305). Voir aussi l’article : BLOOM, Alfred, “Shinran in the context of pure land tradition” dans Japanese religions vol. 17, n°1, January 1992, Kyôto, 1992, ISSN 0448-8954, p.20-21 pour la division de la vie religieuse selon les trois vœux. Indépendamment des nuances de sensibilité des différents auteurs, rappelons que le Sutra long possède un privilège indéniable puisqu’il sera préservé cent ans 百歳de plus que les autres sutra lors de la disparition de la Loi. Cf. T.12,360, 279a12

[32] En sachant que la version sanscrite n’est pas nécessairement antérieure à la version chinoise : les traducteurs en chinois ont pu avoir accès à des versions sanscrites plus anciennes que la version sanscrite disponible actuellement, versions qui ensuite auraient été perdues.

[33] Fujita pense que le texte original sanscrit du Sutra long existait déjà au plus tard vers 200 A.D. (FUJITA Kotatsu, « Pure Land ... », art. cit., p.10). Selon lui, la version comportant 24 vœux est la version la plus ancienne (FUJITA Kotatsu, « Pure Land ... », art. cit., p.16).

[34] Cf. PAS Julian F., Visions of Sukhavati : Shan-Tao’s Commentary on the Kuan Wu-Liang Shou-Fo Ching (Suny Series in Buddhist Studies) ; Paperback ; 1995, p.11-12. Pas suit Fujita.

[35] Fujita lui donne comme lieu d’origine l’Asie Centrale, « possibly in the Turfan area » (FUJITA Kotatsu, « Pure Land ... », art. cit., p.8).

[36] La version sanscrite du Sutra long contient 46 vœux (en non pas 48 comme dans une des versions chinoises) ; le 18e vœu n’y figure pas. Rappelons que la différence entre les listes de vœux existaient déjà dans les versions chinoises elles-mêmes, puisque l’une d’entre elles comporte « seulement » 24 vœux. A la suite de la découverte de Müller, le Vénérable Bunyu Nanjio a composé une version sanscrite du 18e vœu, à partir des éléments sanscrits du 19e vœu – un cas interessant de « rétro-écriture » (cf. MÜLLER Max (ed), Buddhist Mahâyâna Texts, The Sacred Books of the East, vol. 19, Oxford, Clarendon Press, 1894 ; New York, Dover Publications, 1969, p.73).

[37] Cf. Hônen, Le gué..., op. cit., p.48. Cf. T.83,2608,1,c13 pour le chinois.

[38] Voir L’enseignement de Vimalakirti (Vimalakirtinirdesa), traduit et annoté par E. Lamotte, Louvain, Publications Universitaires, Institut Orientaliste, 1962, appendice I p.395 et suivantes.

[39] Cf. art. bukkyô dans S. Lévi et J. Takakusu (dir.), Hôbôgirin, dictionnaire encyclopédique du bouddhisme d’après les sources chinoises et japonaises, Maisonneuve, 1930, réimpression 1982, p.157.b. L’article signale qu’on trouve aussi佛境界, que l’on peut traduire en français par « Domaine de Buddha ».

[40] Le Sutra long fait donner ce nom à la Terre Pure d’Amida par le Buddha Sakyamuni lui-même (T. 360, 270a06). Pour une discussion plus serrée sur les traductions chinoises et le sanscrit, voir PAS Julian F., Visions of Sukhavati...,op. cit., p.150 et n.47 p.379. Il ne signale pas de différence de sens entre les différentes traductions ; à l’échelle de notre travail, nous pouvons considérer que les différentes traductions fonctionnent entre elles comme des synonymes.

[41] D’après Fujita, l’expression « Terre Pure » a été forgée en Chine et aucun équivalent n’a été trouvé en sanscrit (FUJITA Kotatsu, « Pure Land ... », art. cit., p.20,24)

[42] Cf. Hônen, Le gué ..., op. cit., p.35-36. Ce point sera particulièrement développé dans le deuxième chapitre.

[43] Notons cependant que le chinois du Sutra de la Contemplation utilise la préposition 中 pour indiquer la naissance dans la Terre Pure « sur » / « à lintérieur » 中d’un étang de joyaux » : 生寶池中 (T. 12,365,345c21).

[44] Cf. Hônen, Le gué…, op. cit. p.11, 197,199 par exemple. Ducor utilisera par contre l’expression « naître en » appliquée au Royaume du Buddha - cf. p.73.75, etc.. Ducor ne donne pas de signification particulière à la différence entre les adverbes « dans » et « en ». Nous ferons de même.


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