| Voir aussi notre article II |
Dans le bouddhisme du Grand Véhicule, les bodhisattva utilisent toute une gamme de « moyens habiles » (方便, hôben en japonais) pour amener les êtres à l’Éveil. Parmi ces moyens habiles, il en est un qui consiste à apparaître comme femme.
Dans un premier temps, nous verrons comment le bodhisattva Avalokistesvara (en sanscrit), 觀音 (Guanyin en chinois ou Kannon en (japonais) ou 觀世音 (Guanyinin en chinois ou Kan ze on en japonais) ) peut apparaître comme femme : nous partirons du chapitre de la Porte Universelle (chap. 25 dans la version chinoise) qui a contribué à rendre célèbre Guanyin / Kannon en Chine et autour de la Chine.
Dans un deuxième temps, nous verrons une représentation fameuse en Chine, celle de Guanyin au panier de poisson.
Parmi les trente trois manifestations possibles de Kannon figure celle comme « épouse » : citons un extrait du chapitre 25 du Sutra du Lotus intitulé : « La porte universelle de l’être d’Èveil Considérant les Voix du Monde » (dans la traduction de Jean-Noel Robert, correspondant au chinois : 妙法蓮華經 觀世音菩薩 普門 品第二十五]
A noter : la version sanscrite traduite par Burnouf ne comporte pas dans sa liste des manifestations d’Avalokitesvara celle comme femme [1]
La traduction française provient de : Le Sûtra du Lotus, traduit du chinois par J.N. ROBERT, Fayard, 2002, p.366-367.
Le texte chinois provient du Taishô, volume 9, n° 262, dans sa version électronique.
| L’être d’Éveil Intention-Inépuisable s’adressa à l’Éveillé « Vénéré du monde, comment l’être d’Éveil Considérant les Voix du Monde a-t-il voyagé jusqu’en ce monde de l’Endurance ? Comment prêche-t-il la Loi aux êtres ? Et la force de ses mérites, de quelle oeuvre s’agit-il ? » | 57a20 :無盡意菩薩白佛言。世尊。觀世音菩薩。
57a21 :云何遊此娑婆世界。云何而爲衆生説法。 57a22(02) :方便之力。其事云何。 |
| L’ÊTRE L’Éveillé déclara à l’être d’Éveil Intention-Inépuisable : Fils de bien, s’il se trouve des êtres d’un royaume qui doivent obtenir le salut grâce à un corps d’Éveillé, l’être d’Éveil Considérant les Voix du Monde apparaît alors en corps d’Éveillé pour leur prêcher la Loi. (…) | 佛告無盡意菩薩。 57a23 :善男子。若有國土衆生應以佛身得度者。 57a24 :觀世音菩薩。即現佛身而爲説法。 57a25 :應以辟支佛身得度者。即現辟支佛身而爲説法。 |
| S’ils doivent obtenir le salut grâce à un corps d’épouse de riche, de maître de maison, de mandarin, de brahmane, il apparaît alors en un corps d’épouse pour leur prêcher la Loi. | 57b13 :應以長者居士宰官婆羅門婦女身得度者。 57b14 :即現婦女身而爲説法。 |
Nous avons ici l’exemple d’une apparition de Guanyin sous forme de femme pour sauver des hommes. La représentation classique en est ce « Portrait du Vénérable Guanyin au Panier de poissons », reproduit dans l’ouvrage :
- Le Bouddha de compassion, Images de Guanyin, Textes de Yu-min LEE, Musée National de Taipeh, traduit du chinois par WANG Guo-Qing, Editions Les Grégoriennes, [2000], 2007, p. 113.
Nous recommandons cet ouvrage, qui allie une grande érudition à des reproductions de qualité.
Attribué à ZHAO Meng-Fu (dynastie Yuan), anonyme, dynastie Ming (1368-1644)
Rouleau, peinture en couleurs sur soie - 122,6cm x 61,3cm
Sur la page de gauche, Yu-Min LEE en fait le commentaire suivant :
« Sur le tableau, une dame porte à la main droite un chapelet, à la main gauche un panier contenant quelques poissons, elle marche à pas comptés. Cette dame, c’est Guanyin au Panier de poissons. Comme elle épousera plus tard le fils de la famille MA, on l’appelle aussi Guanyin l’Épouse du jeune MA. C’est l’une des trente-trois représentations de Guanyin circulant parmi le peuple.
Après une evolution plusieurs fois centenaire, la légende de Guanyin au Panier de poissons a pris sa forme définitive au début de la dynastie Ming. Dans son Éloge au portrait de Guanyin au Panier de poissons, SONG Lian (1310-1381) raconte en détail cette histoire :
« Récits miraculeux sur Guanyin : en l’an Xll du règne de Yuanhe (817) de la dynastie Tang
Sur une plage de sable à l’ouest du Shaanxi, une jolie fille avec un panier vendait ses poissons. Nombreux furent ceux qui voulaient l’épouser.
La jeune fille leur dit : “Je peux vous apprendre des sûtras et je serai à celui qui pourra réciter le Chapitre de la Porte Universelle en une nuit.”
Le lendemain matin, vingt garçons pouvaient déja le faire.La jeune fille leur dit de nouveau : “Je ne peux pas epouser tout le monde. Je vous demande de réciter le Sûtra du Diamant.”
Le surlendemain matin, la moitié de ces vingt garçons pouvaient le faire.Cette fois, la jeune fille leur demanda de réciter le Sûtra du Lotus. Trois jours plus tard, il ne resta que le fils de la famille MA, le seul capable de réciter le sûtra demandé. La jeune fille lui demanda de préparer le mariage.
Mais, malheureusement, la jeune fille décéda aussitôt arrivée chez son jeune époux et son corps commença tout de suite à se décomposer. On fut obligé de l’enterrer.
Un jour, un moine vint et essaya de déterrer le corps avec le jeune époux. Ils ne trouvèrent que des os enchaînés avec de l’or. Le moine dit à l’époux : “C’était l’apparition du bodhisattva pour convertir les gens.” Ayant fait cette révélation, le moine s’envola et disparut. C’est pourquoi il y avait beaucoup de croyants dans la province du Shaanxi. » 1 [2]
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Extrait de - Le Bouddha de compassion, Images de Guanyin, op. cit., p.112
[1] citons la traduction de Burnouf :
« Ensuite le Bôdhisattva Mahâsattva Akchayamati parla ainsi à Bhagavat :
Comment, ô Bhagavat, le Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara se trouve-t-il dans ce monde ? Comment enseigne-t-il la loi aux créatures ? Quel est le but que le Bôdhisattva Mahâsattva donne à son habileté dans l’emploi (p. 264) des moyens qu’il possède ?
Cela dit, Bhagavat parla ainsi au Bôdhisattva Akchayamati :
Il y a, ô fils de famille, des univers dans lesquels le Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara enseigne la loi aux créatures sous la figure d’un Buddha. Il y a des univers où le Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara enseigne la loi aux créaturcs sous la figure d’un Bôdhisattva. A quelques-uns c’est sous la figure d’un Pratyêkabuddha que le Bodhisattva Mabâsattva Avalôkitêçvara enseigne la loi ;
à d’autres, c’est sous celle d’un Çrâvaka, ou sous celle de Brahmâ, ou de Çakra, ou d’un Gandharva.
Aux êtres faits pour être convertis par un Yakcha, c’est sous la figure d’un Yakcha qu’il enseigne la loi, et c’est ainsi qu’il prend les figures d’lçvara, de Mahêçvara, d’un Râdja Tchakravartin, d’un Piçâtcha, de Vâiçravana, de Sênâpati, d’un Brâhmane, de Vadjrapâni, pour enseigner la loi aux créatures faites pour être converties par ces divers personnages.
Telles sont, ô fils de famille, les qualités inconcevables à cause desquelles le Bôdhisattva Mabâsattva Avalôkitêçvara est appelé de ce nom. C’est pourquoi, ô fils de famille, vous devez ici rendre un culte au Bôdbisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara. Car le Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara donne la sécurité aux créatures effrayées. Aussi est—il, dans cet univers Saha, désigné par le nom de Abhayaîmdada (celui qui donne la sécurité). »
Extrait du CHAPITRE XXIV. LE RÉCIT PARFAITEMENT HEUREUX dans :
Le Lotus de la Bonne Loi, traduit du sanscrit, accompagné d’un commentaire et de vingt et un mémoires relatifs au buddhisme, par M. E. Burnouf, réimprimé avec l’autorisation de l’I.N., Librairie d’Amérique et d’Orient Adrien Maisonneuve, J. Maisonneuve, succ., [1° édition de 1852], 1973, p.262-263.
[2] n.8.1 p. 246 : « Dynastie Ming] SONG Lian, Œuvres de l’académicien SONG, vol.51, Commercial Press de Taiwan, Taipei, 1965, vol. VI, p.881