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Cycle "Le destin des défunts dans le bouddhisme" - Part 3 - Quand le Buddha Amida vient chercher le (la) défunt(e) - Japon

samedi 14 mars 2009, par Furanku


Table des matières

Introduction

I. La carrière du bodhisattva Dharmakara dans le Sutra Long
II. le Sutra de la Contemplation illustré par le Taima Mandala

Conclusion générale – en quoi est ce important pour vous ?

Bibliographie


Avertissement : cet article contient des caractères en chinois.

Introduction



1§ Dans cette troisième et dernière partie, nous allons aborder une école bouddhiste peu connue en Occident, alors qu’elle fait partie des écoles les plus populaires dans l’Asie du Grand Véhicule : nous voulons parler de l’école de la Terre Pure. Nous nous centrerons sur sa variante japonaise.
2§ Pour mémoire, rappelons que l’Asie du Grand Véhicule comprend la Chine, la Corée, le Japon et le Vietnam. La Chine a reçu le message bouddhiste à partir du début de l’ère chrétienne ; ce dernier s’est propagé vers l’est par voie de terre (la route de la soie) et par voie maritime. Il a atteint le Japon au VI e siècle.

3§ Il nous semble que l’école de la Terre Pure répond à sa façon à l’angoisse des êtres ordinaires et des criminels, quant à leur « salut » [1]. Alors que, après le parinirvana du Buddha Sakyamuni, le « Petit Véhicule » demande aux individus de s’appuyer sur le Dharma (la Loi enseignée par le Buddha Sakyamuni) et la Sangha (la communauté) avec une détermination sans faille, le Grand Véhicule soutient que le Buddha – ou plutôt les Buddha – continuent d’exercer leur présence bénéfique : ils continuent de venir au secours de tous les êtres : ce qui a disparu aux yeux des êtres ordinaires était un corps apparitionnel, un nirmanakaya, car en vérité le Buddha Sakyamuni n’est pas né il y a 2,500 ans, il n’a pas eu faim, il n’a pas été malade et il n’est pas mort – il a seulement suscité une apparition qui a montré ces signes, apparition qui n’était qu’un « moyen habile » [2].

4§ Une de ces façons est la production d’une « Terre Pure » de Buddha. Nous avons vu dans le bouddhisme tibétain qu’un but du transfert de conscience powa était Dewachen, la Terre de Félicité du Buddha Amida. L’idée de la Terre Pure répond à l’angoisse de ne pas naître dans un lieu où retentit la prédication d’un Buddha : cette angoisse disparaît si l’on espère renaître dans un espace produit par un Buddha où retentit en permanence la prédication du Buddha et où sa présence rayonne : espace saturé de la présence agissante d’un Buddha, où les sens sont en permanence sollicités et comblés par cette présence rayonnante et résonante – vous aurez compris que cet espace constitue précisément ce que les bouddhistes appellent une « Terre Pure ».

5§ La Terre Pure ne doit pas être assimilée au concept de « paradis » des religions monothéistes. Certes, rien de fâcheux ni de déplaisant n’y survient, au contraire l’environnement et la compagnie en sont infiniment agréables, mais la Terre Pure ne fonctionne pas comme un terminus, comme une destination finale, à la différence des paradies chrétien, musulman ou juif : elle constitue un moyen habile mis en œuvre par un bodhisattva ou un Buddha pour aider ceux qui y naissent à atteindre l’Illumination, l’Eveil – il ne s’agit donc pas d’y rester éternellement.

6§ L’idée de l’activité secourable des Buddhas trouve son sommet dans l’idéal du bodhisattva, idéal qui supplante dans l’optique du Grand Véhicule celui de l’arhat du « bouddhisme originel ». Le bodhisattva s’arrête sur le chemin qui le mène à la bouddhéité parce que sa compassion pour les êtres l’empêche d’aller jusqu’au bout : le vœu du bodhisattva lui fait lier sa progression vers l’Illumination au salut des êtres, ce qui fait qu’il freine sa progression dans la sagesse afin de pouvoir continuer à tourner dans la ronde des vies et morts (samsara) et ainsi de pouvoir continuer à aider les êtres [3] : sa sagesse (prajna) entre en tension avec sa compassion (karuna).

7§ L’angoisse de certains disciples après le parinirvana du Buddha Sakyamuni est d’autant plus grande que, d’après l’école de la Terre Pure, depuis 552 après Jésus Christ (ou 1052, selon un autre comput), la Loi, le Dharma, est entrée dans une période dite de la Décadence de la Loi mappô (jap) 末法 [4] : cela signifie que le Buddha Sakyamuni a disparu, que la réalisation de l’Illumination n’est plus possible en cette vie et que la pratique elle-même n’est plus possible : il ne sert alors de rien d’entrer dans la vie monastique ni de chercher à faire quoi que ce soit pour atteindre l’Illumination. Si le bouddhiste ne peut plus atteindre par sa pratique l’Illumination, comment pourrait-il alors espérer pouvoir sortir de son enfermement dans la prison aux barreaux invisibles que constitue le Triple Monde soumis à la Loi de Production Conditionnée [5] ?

8§ Shandao 善導 (613-681), un des patriarches de la Terre Pure, répond sans hésiter : en faisant confiance au Buddha Amida, dont le nom même signifie qu’il sauve ceux qui sont entrés en relation avec lui ( par le nembutsu 念佛). Citons Shandao [6] :

Notre traduction à partir d’Hisao Inagaki Traduction d’Hisao Inagaki (citation dans le KGSS T.83,2646,594a18)
Parce que ce Buddha veille seulement sur les adeptes du Nembutsu, qu’il les embrasse et qu’il ne les abandonne pas ,
il est appelé Amida
Since this Buddha watches over only the Nembutsu followers, embraces them and does not forsake them, he is called ’Amida.’唯觀念佛衆生攝取不捨。
故名阿彌陀

9§ Shandao utilise l’expression : « embrasser sans abandonner » sesshu fusha (en japonais) 攝取不捨. Notre thèse est que cette expression constitue la clé de la doctrine de la Terre Pure, comme nous allons essayer de le montrer maintenant.

10§ Parce qu’il embrasse sans abandonner, le Buddha Amida dissipe l’angoisse dont nous parlions plus haut. S’il n’abandonne pas, cela veut dire qu’à la mort, son adepte ne sera pas abandonné par le Buddha Amida : puisqu’il ne l’abandonne pas, il va venir le chercher pour l’emmener dans sa Terre Pure [7]. Et une fois le défunt né dans sa Terre Pure, le Buddha Amida ne va pas l’abandonner, autrement dit il n’aura de cesse que le défunt atteigne l’Illumination. La Terre Pure du Buddha Amida est donc une terre où l’on naît dans le stade de non-régression, le huitième stade dans la carrière des Bodhisattvas : à la différence du bouddhisme du Vajrayana [voir Part II], mais aussi à la différence d’autres écoles du Mahayana comme l’école She lun [voir le mémoire], Shandao considère que la Terre Pure du Buddha Amida est une terre sambhogakaya, elle participe du Corps de Jouissance du Buddha.

1§ Shandao dit que le nom même « Amida » signifie sesshu fusha en japonais 攝取不捨, « saisir pour ne pas lâcher » (une autre traduction possible que nous proposons). Shandao n’innove pas en utilisant cette expression : en fait, cette expression se trouve dans un des trois sutra canoniques de la Terre Pure, à savoir le Sutra de la Contemplation 觀無量壽經(kammuryôjubutsukyô en japonais), dans la neuvième contemplation. Citons ce sutra :

Notre traduction
(à partir de celle d’Inagaki [8])
Traduction d’Hisao InagakiT.365,12,343b26
« Tous ces rayons de lumière brillent partout
dans les mondes des dix quartiers,
embrassant et n’abandonnant pas
les êtres adeptes du nem butsu  »
each light shining universally upon the lands of the ten quarters, embracing, and not forsaking, those who are mindful of the Buddha.一一光明遍照十方世界。
念佛衆生攝取不捨

12§ Nous venons d’exposer notre thèse, à savoir que le « saisir pour ne pas lâcher » sesshu fusha du Buddha Amida caractérise la Terre Pure japonaise ; nous attribuons au sesshu fusha le succès de la Terre Pure au Japon, à partir surtout du XII e siècle, dans la mesure où les êtres ordinaires et les criminels voyaient leur angoisse de salut dissipée par la saisie sans faille du Buddha Amida.

13§ Nous allons tenter de la soutenir en partant de deux des trois sutra canoniques, le Sutra Long (nous retenons cette appellation du sutra de vie infinie par commodité) et le sutra de la contemplation. Nous nous appuierons sur le Taima Mandala, une représentation fameuse de la Terre Pure du Buddha Amida encadrée par les épisodes du Sutra de la Contemplation.

14§ La trilogie canonique de la Terre Pure figure ci-dessous.

15§ Nous nous intéressons à la filière de la Terre Pure reprise de Shinran. Il faut savoir que d’autres filiations sont possibles, qui aboutissent à d’autres écoles que les écoles japonaises de Hônen et de Shinran. Nous nous intéresserons surtout au patriarche Shandao, fameux entre autres pour son Commentaire du sutra de la Contemplation.

15.b§ Nota bene : dans cette Part III, le questionnement critique ne fera pas l’objet de chapitres distincts. Le lecteur (la lectrice) pourra facilement trouver les éléments de réponse aux questions de la légitimité et du processus de naissance. Nous gardons pour la conclusion générale la question : "en quoi votre façon de répondre au destin des défunts est important pour vous ?"

I. La carrière du bodhisattva Dharmkara dans le Sutra Long

16§ Le questionnement critique demande de justifier la promesse qu’énonce le sesshu fusha. Comment savons-nous que le Buddha Amida embrasse l’adepte du nembutsu et ne le laissera pas tomber ? La réponse s’appuie sur le Sutra Long qui décrit la carrière du bodhisattva Dharmakara « Trèsor de la Loi « .
Texte n°1 - Sutra Long
Le vœu du bodhisattva Dharmakara

Pour la traduction française, nous renvoyons au livre de Jean Eracle :

  • Trois Soûtras et un Traité de la Terre Pure, Aux sources du bouddhisme mahâyâna, Introduction et traduction par Jean Eracle, Sagesses, Point, [1984, éditions Aquarius] 2008, p.64-66
Traduction anglaise d’Inagaki Hisao [9]Texte original chinois
(T.0360 vol.12)
1§ The Buddha [Sakyamuni] said to Ananda :
0267b19 :佛告阿難。
2§ "Having spoken these verses, the Bhiksu Dharmakara said to the Buddha Lokeshvararaja, 法藏比丘説此頌已。
0267b20 :而白佛言。
’Respectfully, World-Honored One,世尊I announce that I have awakened 發aspiration for the highest, perfect Enlightenment. 唯然世尊。我發無上正覺之心。
I beseech you to explain the Dharma to me fully,0267b21 :願佛爲我廣宣經法。
so that I can perform practices for the establishment of a pure Buddha-land adorned with infinite excellent qualities.
0267b22 :我當修行攝取佛國清淨莊嚴無量妙土。
So please teach me how to attain Enlightenment quickly and to remove the roots of afflictions of birth-and-death for all.’"令我於世速成正覺。
0267b23 :拔諸生死勤苦之本。

(..)

3§ "Then the Buddha Lokeshvararaja explained in detail the greater and lesser aspects of two hundred and ten kotis of Buddha-lands, together with the good and evil natures of heavenly and human beings living there. He revealed them all to the Bhiksu just as he had requested.0267c03 :於是世自在王佛。
0267c04 :即爲廣説二百一十億諸佛刹土天人之善惡國土之粗妙。
0267c05 :應其心願悉現與之。
4§ Then the Bhiksu, having heard the Buddha’s exposition of the glorious pure land and also having seen all of them, resolved upon his supreme, unsurpassed vows. 0267c06 :時彼比丘聞佛所説嚴淨國土。皆悉覩見超發無上殊勝之願。
His mind being serene and his aspirations free of attachment, he was unexcelled throughout the world.0267c07 :其心寂靜志無所著。一切世間無能及者。
5§ For five full kalpas he contemplated the vows, and then chose the pure practices for the establishment of his Buddha-land."0267c08 :具足五劫。思惟攝取莊嚴佛國清淨之行。
Ananda asked the Buddha [Sakyamuni], "How long was the life-span of beings in the land of the Buddha Lokeshvararaja ?" The Buddha replied, "The length of life of that Buddha was forty-two kalpas." He continued, "0267c09 :阿難白佛。彼佛國土壽量幾何。佛言。
0267c10 :其佛壽命四十二劫。
After that Dharmakara Bodhisattva [?] adopted the pure practices which had led to the establishment of the excellent lands of two hundred and ten kotis of Buddhas. 時法藏比丘。
0267c11 :攝取二百一十億諸佛妙土清淨之行。
6§ When he had finished this task, he went to the Buddha, knelt down at his feet, walked round him three times, joined his palms in worship and sat down. He then said to the Buddha, 如是修已詣彼佛所。
0267c12 :稽首禮足遶佛三匝合掌而住。白言世尊。
’I have adopted the pure practices for the establishment of a glorious Buddha-land.’ 0267c13 :我已攝取莊嚴佛土清淨之行。
7§ The Buddha said to him, ’You should proclaim this. Know that now is the right time. Encourage and delight the entire assembly. Hearing this, other bodhisattvas will practice this Dharma and so fulfill their innumerable great vows.’ 佛告比丘。
0267c14 :汝今可説宜知是時。發起悦可一切大衆。
0267c15 :菩薩聞已修行此法。縁致滿足無量大願。
8§ The Bhiksu replied, ’I beg you to grant me your attention. Now I will fully proclaim my vows.’比丘白佛。
0267c16 :唯垂聽察。如我所願當具説之

17§ Les points importants sont les suivants :

  • Le Sutra Long provient de la bouche même du Buddha Sakyamuni, qui ne ment pas. Ce sutra dit donc vrai concernant le Buddha Amida ;
  • Le Buddha Amida était d’abord un roi, Trésor-de-la-Loi Dharmakara 法藏, il y a de cela un temps inimaginable ; sa rencontre avec un Bouddha l’a fait renoncer au trône et devenir bhiksu 比丘, moine ; Dharmakara a ensuite produit la pensée /désir de la Suprême Illumination, couplée à la pensée / désir de produire une Terre Pure comme moyen pour aider les êtres : nous reconnaissons là le vœu des Bodhisattva, avec sa tension entre sagesse de la vacuité et sagesse des moyens habiles, entre sagesse prajna et compassion karuna ;
    Les bodhisattva diffèrent entre eux par la qualité de leur vœu ; le Sutra Long dit la qualité exceptionnelle de la réalisation de Dharmakara en le montrant étudiant les meilleures pratiques best practices d’un nombre inimaginable de Buddhas ; nous savons déjà que sa Terre Pure l’emportera en excellence sur toutes celles qu’il aura étudiées ;
  • Notons aussi l’étape cruciale pendant laquelle un Buddha confirme à l’avance la bonne fin d’une carrière de Bodhisattva : Dharmakara reçoit confirmation de la bouche du Buddha Lokeshvararaja ;
    Cette confirmation l’autorise à exposer son (ses) vœux. Dharmaraka va énoncer 48 vœux dans la version qui nous occupe ; nous allons décrire uniquement le 19° vœu qui concerne les défunts.

Texte n°2 - Sutra Long - Le 19° vœu dans le Sutra Long : la promesse d’apparaître au défunt

Jean EracleHisao InagakiOriginal chinois
(T.0360 vol.12, p.268b)
Si, moi devenu bouddha,
les êtres vivants des dix quartiers produisent le Désir de l’Illumination, cultivent toutes les vertus et,
en formulant leur voeu d’un coeur sincère, expriment le désir de renaître en mon Pays,
et que, au moment de leur mort,
je n’apparaisse pas devant eux entouré par une grande foule d’assistants,
je ne veux pas la parfaite Illumination
If, when I attain Buddhahood, sentient beings in the lands of the ten quarters, who awaken aspiration for Enlightenment, do various meritorious deeds and sincerely desire to be born in my land, should not, at their death, see me appear before them surrounded by a multitude of sages, may I not attain perfect Enlightenment.設我得佛。
十方衆生發菩提心修諸功徳。
至心發願欲生我國。
臨壽終時。
假令不與大衆圍遶現其人前者。
不取正覺。

18§ La structure est la même pour les 48 vœux : « si, moi devenu Buddha » - une proposition sous forme négative concernant l’aide aux êtres sensibles – « je ne veux pas la parfaite illumination  ».
19§ Nous retrouvons le trait fondamental et constitutif des bodhisattvas, le désir de l’Illumination indissociable du désir d’aider les êtres. Ici, le bhiksu Dharmakara fait dépendre son entrée dans l’Illumination à la réalisation des 48 vœux, dont le 19e que nous venons de lire.
20§ Le bhiksu Dharmakara promet que tout être qui désire renaître sincèrement dans sa Terre Pure 生我國verra apparaître à sa mort Dharmakara devenu Buddha, avec sa suite : en japonais, on parle ici de 來迎raigô, de descente pour accueillir – l’expression raigô ne figure pas dans le Sutra Long, elle se trouve dans le sutra de la Contemplation que nous étudierons plus bas. Il va de soi que cette descente est accompagnée d’une remontée – vers la Terre Pure du Buddha Amida.

21§ L’être humain formé par la critique posera la question de la légitimité au bouddhiste de la Terre Pure :

  • comment est-ce que vous pouvez être sûr que le Buddha Amida vous apparaîtra à votre mort si vous désirez sincèrement y naître ?
  • mais voyons, Dharmakara est devenu un Bouddha il y a de cela un temps inimaginable, donc ses vœux se sont réalisés, et en particulier le dix-neuvième qui concerne les défunts !

22§ Le critique s’en va. Le lendemain, il revient avec une autre question :

  • comment est-ce que vous pouvez être sûr(e) que Dharmakara est devenu un Buddha ?
  • (haussement d’épaule du bouddhiste de la Terre Pure) mais voyons, c’est le Buddha Sakayamuni qui l’a dit.

23§ La légitimité du Sutra long repose sur son auteur, le Buddha Sakyamuni, censé avoir énoncé le vaipulya sutra, le sutra développé lors d’une assemblée « mystique » réservée aux adeptes du Grand Véhicule [10].

II. le Sutra de la Contemplation illustré par le Taima Mandala

24§Les bouddhologues s’accordent généralement pour attribuer au Sutra de la Contemplation une origine extra-indienne, du fait qu’aucun manuscrit sanscrit n’a été retrouvé ; par ailleurs, la division en 9 classes de naissance semble s’inspirer d’une règle administrative de l’administration chinoise [11].

25§Nous nous appuierons sur des extraits du Sutra de la Contemplation et sur sa représentation picturale dans le Taima mandala.

26§ Ce mandala [12]se trouve au temple de Taima, d’où son nom. Sa structure est la suivante :

  • Au centre, imposante, la triade Amida – Kannon – Seishi trônant sur la Terre Pure d’Amida ;
  • A gauche, l’histoire de la reine Vaidehi tirée du Sutra de la Contemplation, en 11 vignettes ;
  • A droite et dans le bandeau du bas, les 16 contemplations du Sutra de la Contemplation, avec les 13 premières contemplations dans le bandeau de droite et les trois dernières contemplations dans le bandeau horizontal du bas.
  • Pour information, le cartouche dans le bandeau du bas raconte l’origine légendaire du Taima mandala, qui aurait été tissé miraculeusement par un être céleste à partir de fibres de lotus [13].

27§La copie dont nous disposons a été faite à partir d’une peinture du XVI e siècle. Le modèle original, copié abondamment à partir du XII e siècle, était une tapisserie, maintenant pratiquement illisible.

28§La science penche vers l’hypothèse d’une origine chinoise de la tapisserie, vers le VIIIe siècle. Elle aurait été tissée avec de la soie, et proviendrait du fond commun qui s’est inspiré du Commentaire du Sutra de la Contemplation de Shandao pour réaliser certaines fresques dans les grottes de Dunghuan.

Nous allons maintenant étudier chacun des bandeaux correspondant au Sutra de la Contemplation.

a) L’histoire tragique de la reine Vaidehi dans le bandeau de gauche
29§La reine Vaidehi endure une épreuve cruelle : son fils l’a fait enfermée et il a condamné son père (l’époux de la reine), à mourir de faim. Vaidehi accepte cette épreuve qui, selon ses dires, résulte des mauvaises actions de ses existences passées.

30§ Elle aspire alors à échapper à ce monde Saha et renaître dans une terre pure. Tel est le souhait qu’elle exprime au Buddha Sakyamuni apparu miraculeusement. 31§Celui-ci lui montre alors une multitude de Terres Pures de Buddha (cf. illustration). Parmi toutes celles-ci, laquelle va-t-elle choisir ? Elle choisira bien sûr la Terre Pure du Buddha Amida (nous ajoutons « bien sûr » parce que nous nous souvenons que cette Terre Pure résulte de la carrière exceptionnelle du bodhisattva Dharmakara, qui s’est inspiré des best practices d’une infinité de Buddha).



32§ Elle demande alors au Buddha Sakyamuni de lui révéler comment aller dans la Terre Pure du Buddha Amida. Le Buddha Sakyamuni la félicite pour sa question : grâce à elle, il va donner la méthode pour aller dans cette Terre excellente, Ananda étant chargé de la prendre en note pour le profit de tous les êtres.

Cette méthode consiste en seize contemplations, nous dit le Sutra de la Contemplation. Voyons en quelques unes.

b) Les 13 premières contemplations dans le bandeau de droite

33§Eu égard au temps imparti, nous ne traiterons qu’une seule des contemplations, la 12e. Elle est intéressante car elle fait écho au powa à faire de son vivant. En effet, ici comme là, il s’agit de se préparer par la méditation ( autre traduction possible : « contemplation » ou « visualisation ») à aller naître dans la Terre Pure du Buddha Amida : ici comme là, il est question de naitre d’une fleur de lotus, autrement dit de manière apparitionnelle et non par la « matrice » (voir les six modes de naissance dans notre Part I).

Texte n°3 - Sutra de la Contemplation – La douzième contemplation – Visualiser sa propre naissance dans la Terre Pure du Buddha Amida

Eracle, p. 165 - 166 [14]Hisao Inagaki344b
1. « Quand vous avez vu ces choses, vous devez susciter cette pensée dans votre coeur : vous vous voyez vous-mêmes comme nés dans le monde occidental du Suprême Bonheur et assis, les jambes croisées, à l’intérieur d’une fleur de lotus.
The Buddha said to Ananda and Vaidehi, "After you have contemplated thus, next visualize yourself as born in the Western Land of Utmost Bliss sitting cross-legged upon a lotus-flower. 佛告阿難及韋提希。
15見此事時當起想作心自見生於西方極樂世界。
16 於蓮華中結伽趺坐。
2. Imaginez que cette fleur de lotus est fermée, puis imaginez que cette fleur de lotus s’ouvre.
Quand cette fleur de lotus est ouverte, imaginez qu’une lumière de cinq cents couleurs vient éclairer votre corps.
Visualize this lotus-flower as closed ; as it opens, five hundred rays of colored light illuminate your body ; 作蓮華合想。作蓮華開想。
17 蓮華開時。有五百色光來照身想。
3. Imaginez que vos yeux s’ouvrent et que vous voyez des bouddhas et des bodhisattvas remplissant l’espace. Les eaux, les oiseaux, les arbres et les forêts émettent des sons qui tous répandent largement la Loi merveilleuse, en accord avec les douze divisions des Ecritures. then your eyes are open and you see Buddhas and bodhisattvas filling the sky and hear the sounds of the water, birds and trees, and the voices of the Buddhas all expounding the wonderful Dharma in accord with the twelve divisions of the scriptures. 18 眼目開想。見佛菩薩滿虚空中。
19 水鳥樹林及與諸佛。所出音聲皆演妙法。與十二部經合。
4. Quand vous êtes sortis de ce recueillement, vous en avez le souvenir et ne l’oubliez plus. When you rise from meditation, keep those things in mind and do not forget them. 20 若出定時憶持不失見此事已。
Avoir vu ces choses, c’est avoir vu le monde du Suprême Bonheur du Bouddha de la Vie infinie. Voilà donc la méditation universelle, qu’on appelle “Douzième Contemplation”.Seeing them thus is called the visualization of the Land of Utmost Bliss of the Buddha Amitayus . This is the comprehensive visualization, and is known as the twelfth contemplation.
21 名見無量壽佛極樂世界。是爲普觀想。名第十二觀。
5. Les corps d’apparition sans nombre du Bouddha de la Vie infinie, d’Avalokitechvara et de Mahâsthâmaprâpta viennent constamment vers celui qui pratique de la sorte. »"Innumerable transformed bodies of Amitayus , together with those of Avalokiteshvara and Mahasthamaprapta, will always accompany those who contemplate thus. 22 無量壽佛化身無數。與觀世音大勢至
23 常來至此行人之所。
6. Contempler de la sorte s’appelle “la contemplation correcte”. Contempler d’une autre manière s’appelle “la contemplation erronée”. »To practice in this way is called the correct contemplation, and to practice otherwise is incorrect."作是觀者名爲正觀。
24 若他觀者名爲邪觀

34§ La description de la Terre Pure insiste sur sa capacité à imprégner l’adepte du message du Bouddha, du Dharma : arbres, oiseaux, eaux et forêts chantent la Loi, tandis que les habitants sont tous des Buddha ou des Bodhisattva, autrement dit des êtres qui vous encourageront sur la Voie, sans vous en détourner.

35§ Le Sutra de la Contemplation affirme que le pratiquant voit les effets de cette méditation continuer en cette vie-même, alors qu’il est sorti de sa méditation : le goût, le souvenir de la Terre Pure demeure en lui ; les deux acolytes du Buddha Amida, Avalokitesvara et Mahasthamaprta – 觀世音Kanseon (plus connue sous le nom abrégé de 觀音 Kannon) et 大勢至 Seishi en japonais – viennent l’assister dans ce monde-ci sous forme de corps apparitionnels – nirmanakaya 化身 [15].

36§ Incidemment, notons que le Sutra de la Contemplation utilise ici la traduction chinoise du sens du nom Amitayus, soit « Vie infinie » : 無量壽.

37§ Avant de passer au bandeau inférieur, nous voudrions rappeler l’avertissement déjà formulé dans la Part II : l’exercice de visualisation du Sutra de la Contemplation met en branle les ressources psychiques de l’imagination. Une personne fragile psychologiquement peut alors perdre le sens de la réalité, à la suite d’une pratique non régulée. Il nous semble important de rappeler que la pratique bouddhiste de la méditation doit être encadrée par une personne expérimentée qui rappellera par exemple qu’au sortir de la méditation, personne n’est allé nulle part et personne n’a rencontré personne [16].

Pour le dire sous forme imagée, l’imagination est comme une voiture : bien utilisée, la voiture permet de se transporter avec sa famille d’un endroit à l’autre ; mal utilisée, elle peut aller heurter un arbre. Ne prenons donc pas la voiture tant que nous n’avons pas appris à conduire auprès d’un moniteur.


c) Les 3 contemplations dans le bandeau du bas
38§ Le Sutra de la Contemplation comporte 16 contemplations ; le Taima Mandala choisit de les représenter avec les treize premières séparées des trois suivantes, dans deux bandeaux : le bandeau vertical de droite pour les 13 contemplations, le bandeau horizontal du bas pour les trois dernières [17].

39§ Ces trois contemplations décrivent trois classes de renaissance, chacune étant encore subdivisée en 3 degrés de renaissance (dans la Terre Pure du Buddha Amida), ce qui fait en tout neuf degrés de renaissance.

Tableau des neuf degrés de naissance dans le Sutra de la Contemplation

ContemplationClasseSous-classeDegré de naissance
14° contemplationClasse supérieure 上品 (jôbon en japonais)Degré supérieur (上生 jôshô en japonais)Classe supérieure Degré supérieur上品上生jôbon jôshô
Degré Intermédiaire中生chûshô en japonais上品中生
Degré inférieur下生 (geshô en japonais)上品下生
15° contemplationClasse intermédiaire中品
(chûbon en japonais)
Degré supérieur 上生 中品上生
Degré Intermédiaire中生中品中生
Degré inférieur下生 中品下生
16° contemplationClasse inférieure 下品 gebon en japonais Degré supérieur 上生 下品上生
Degré Intermédiaire中生下品中生
Degré inférieur下生 下品下生

40§ Les neuf degrés correspondent aux différentes façons dont le Buddha Amida va venir chercher le défunt pour l’emmener dans sa Terre Pure. Selon les mérites du défunt, le cortège qui vient le chercher sera plus ou moins étoffé. Dans la représentation classique, le Buddha Amida vient accompagné en particulier de Kannon et Seichi ; Kannon présente au défunt un trône de lotus sur lequel il monte pour être emmené dans la Terre Pure – où il naîtra à partir d’une fleur de lotus.

41§ Plus nous descendons dans les degrés, et moins le cortège est fourni, disions-nous. De plus, à partir du 6° degré, celui de la classe intermédiaire degré inférieur 中品下生, le cortège ne peut pas atteindre le défunt tant que celui-ci n’a pas rencontré un ami de bien善知識 zenshiki en japonais, qui lui conseille de s’en remettre au Buddha Amida. Cet intermédiaire devient nécessaire à partir de ce degré, jusqu’au dernier degré (le neuvième degré de la classe inférieure degré inférieur下品下生).

42§ Notons que cet ami de bien parle au défunt des « quarante huit vœux du moine Trésor de la Loi [18] », ce qui montre que le Sutra de la Contemplation s’appuie sur le Sutra Long – ou sur une source inconnue commune au Sutra Long et au Sutra de la Contemplation.

43§ Dans la seizième contemplation, pour la classe inférieure, les vignettes comportent le feu, signe que le défunt est menacé par des destinées mauvaises. En particulier, le huitième degré montre les flammes des enfers獄衆火 , auxquelles le défunt échappe de justesse. 44§ L’invocation au Buddha Amida joue ici un rôle primordial : c’est elle qui efface les fautes des criminels les plus terribles au neuvième degré, ceux qui ont commis les cinq offenses capitales, celles qui entraînent la naissance dans les enfers immédiatement après la mort [19].

  • « Révérence au Buddha sans mesure »,
  • ’Homage to Amitayus Buddha’ [ Na-mo-o-mi-t’o-fo].
  • 南無阿彌陀佛。 [20]

45§ Ici, il s’agit non pas d’une contemplation 觀, mais d’une invocation 稱 : le 念佛nembutsu, d’abord identifié à une pratique méditative de commémoration smriti, finira par êre identifié à cette invocation qui, en japonais, se dit : « namo amida butsu ».
On peut expliquer cette évolution par l’urgence qu’il y a à sauver le défunt des flammes de l’enfer, alors qu’il n’a pas pratiqué la méditation de son vivant : le « nembutsu jaculatoire », par sa concision et sa simplicté, permet d’agir en urgence.

46§ Trop facile, diront certains. Mais n’oublions pas que, dans l’optique de la Terre Pure, nous nous trouvons dans la période de la Décadence de la Loi où aucune pratique n’est plus possible, où il est impossible de mériter. Par ailleurs, le défunt doit prononcer l’invocation du Buddha Amida avec sincérité, dit le Sutra de la Contemplation : l’effet n’est donc pas mécanique.

d) La cour centrale : la naissance dans la Terre Pure
47§ La destination des 9 degrés de naissance se trouve dans le carré central, où les défunts naissent dans des fleurs de lotus. Dans le détail reproduit ci-dessous, nous voyons les différents degrés affichés par des pancartes à côté des lotus où naissent les défunts. Nous avons entouré en noir les trois pancartes de la classe inférieure, en jaune celles de la classe intérmédiaire et en bleu celles de la classe supérieure.

48§ La hiérarchie des naissances est indiquée par la plus ou moins grande proximité à la triade Seishi – Amida – Kannon : ainsi les défunts du premier degré naissent directement aux pieds du Buddha Amida, en dehors de l’étang.
Par ailleurs, les lotus des deux derniers degrés sont fermés, et on y voit par transparence les défunts nus, alors que ceux des degrés supérieurs sont vêtus. Les artistes représentent de manière plastique le manque de maturité des degrés inférieurs, qui devront mûrir avant que le lotus puisse s’ouvrir et qu’ils puissent voir le Buddha Amida. 49§ Notons la représentation imposante de la triade d’Amida - Amida sanzon 阿弥陀三尊 - au centre du Taima mandala. Le Buddha Amida est représenté dans le geste mudra de l’enseignement [21]. Un autre exemple de mudra du Buddha Amida - quand il vient chercher le défunt

Conclusion générale – en quoi est ce important pour vous ?

50§ Nous voici arrivés en haut de la montagne, cher lecteur, chère lectrice. Asseyons-nous en cercle, soufflons un peu et admirons le paysage.

51§Le guide, votre humble serviteur, vous propose de rendre compte du chemin parcouru à partir d’une problématique qui lui a semblé déterminante dans l’évolution du bouddhisme. Ce faisant, nous ne reprendrons pas les questions critiques de premier niveau : « d’où parlez vous ? » et « comment le défunt va-t-il quelque part et ou ? », qui demandent peu d’effort. Nous nous attacherons plutôt à la question critique finale, plus complexe : « en quoi est-ce que votre discours sur le destin des défunts est important pour vous ? ».

52§ La problématique selon nous est la suivante : comment rendre accessible aux êtres ordinaires – et même aux pires criminels - le salut du Buddha dès cette vie-ci ? Ou, à tout le moins pour leur éviter les destinations infernales ?

53§ On voit l’enjeu de cette problématique, à savoir l’angoisse du destin des défunts, qu’il s’agisse de sa propre personne ou celle de ses proches. Or la Voie du bouddhisme originel apparaît comme ardue et longue, elle suppose de « quitter la famille » pour les meilleur(e)s, ce qui décourage les volontés un peu faibles. Elle apparaît comme d’autant plus ardue que le Buddha Sakyamuni a disparu, laissant des disciples manifestement désemparés sinon désespérés. Des disciples désespérés à la mort du Buddha Sakyamuni.

54§ Le Grand Véhicule comme le Véhicule du Diamant répondent à cette angoisse en palliant la faiblesse des êtres ordinaires par la puissance des Eveillés Buddha et des Êtres pour l’Eveil Bodhisattva : leur détermination sans faille à sauver les êtres va compenser la faiblesse des êtres ordinaires. Le salut [22] du défunt ne se fera pas par ses seules forces, mais grâce à l’aide d’un autre : salut par l’écoute du bardo thödol, salut par l’invocation du Buddha Amida dans le nembutsu jaculatoire. Dans les deux cas, la méditation n’est pas exigée, alors qu’elle faisait partie de l’Octuple Sentier, la Quatrième Noble Vérité du « bouddhisme originel » : libération sans la méditation, dit le bardo thôdol, nembutsu non méditatif dit le Sutra de la Contemplation.

55§ Il faut noter alors le déplacement de l’équilibre : il s’agit pour les êtres ordinaires (et les grands criminels) de faire confiance à un autre, de s’en remettre à un autre, de pratiquer la dévotion bhakti, aussi bien dans le bouddhisme tibétain que dans la Terre Pure.
Le registre n’est donc plus celui de la sagesse ou de l’ascèse, mais celui de la confiance, de la foi.

56§ Il convient cependant de compléter immédiatement cette affirmation en rappelant qu’elle se situe dans le registre de la vérité conventionnelle : lorsque le processus de salut, de délivrance atteint son « seuil critique », la vérité absolue apparaît, ou plutôt la vérité conventionnelle s’efface – la vérité absolue échappant à toute détermination, elle est non née, non conditionnée. Quelle est cette vérité absolue ? Il n’y a pas de différence entre le défunt et celui qu’il invoque, le Buddha est la propre nature du défunt, dans le Grand Véhicule comme dans le Véhicule du Diamant. 57§ Nous retrouvons ici le concept de la nature universelle de Buddha, qui peut s’illustrer par les photographies suivantes, que nous avons prises à Tôkyô, au temple des 500 arhats 五百羅漢寺gohyaku rakanji en 2006.
On discerne dans la poitrine de l’arhat un Buddha assis en lotus : la statue illustre le fait que nous sommes tous de la nature de Buddha, selon le Mahayana.

58§ Notre proposition fonctionne sur le registre explicatif et non causal : autrement dit, il s’agit d’un modèle heuristique qui ne vaut que par sa capacité à rendre compte d’un ensemble de faits aussi grand que possible. Un certain nombre de faits peuvent lui échapper, ou le contredire. Nous laissons le soin au lecteur ou à la lectrice de proposer un modèle plus simple et plus exhaustif.

Merci de votre attention.


© esperer-isshoni.fr, mars 2009


Bibliographie

Nous tenons à remercier l’association TENRI 天理 Paris
qui nous a donné libre accès à sa bibliothèque.

Internet et vidéo


Textes canoniques de la Terre Pure au Japon

  • Trois Soûtras et un Traité de la Terre Pure, Aux sources du bouddhisme mahâyâna, Introduction et traduction par Jean Eracle, Sagesses, Point, [1984, éditions Aquarius] 2008, p.148.

Images de la Terre Pure

  • FOSSATI, G., Chine, traduit et adaptée par Elisabeth de Lavigne et André Versini, [Arnoldo Mondari, 1982, 1980 Kodansha], Fernand Nathan, 1983, 191 p.
  • Chine, Fresques du désert de Gobi, La Route de la Soie au Jardin des Plantess, Catalogue rédigé par R. Tang-Loaëc et P. Colombel daprès les textes chinois de l’Institut de Recherches de Dunhuang préparés par : Fan Jingshi, Si Pingding, Liu Yuquan et les artistes cités ci-dessus, Photos : Institut de Recherches de Dunhuang, Editions du CNRS, 1983
  • Seiroku, Noma, The Arts of Japan, Ancient and Medieval, Kodansha International Ltd., translated and adapted by John Rosenfiled, photographs by Takahashi Bin, first deluxe edition 1966, first standard edition 1978, 305 p

et aussi en langue japonaise :

  • 日本の美術 9 平等院と中尊寺 福山敏男, 平凡社版, 160 p., 1964
  • 日本の美術 11運慶と鎌倉彫刻手利久, 平凡社版, 1964, 160 p.
  • 日本絵捲き物全集西行物話絵巻。当麻曼荼羅縁起1977

Iconologie de la Terre Pure

  • GROTENHUIS (ten),Elizabeth,Japanese Mandalas,Representations of Sacred Geography,University of Hawai’i Press,1999,227 p
  • Jôji Okazaki, Pure Land Buddhist Painting, trad. en anglais par Elizabeth ten Grotenhuis, Kodansha International Ltd. and Shibundo, 1977. (traduction de Jôdo kyôga 浄土教画, Nihon no bijutsu日本の美術, vol.43, Shubundo, Tôkyô, 1969)
  • Archives of Asian Art, tome XXXVI/1983, The Asia Society, Inc., USA, 1983
    • GROTENHUIS (ten),Elizabeth, Rebirth of an Icon : The Taima Mandala in Medieval Japan,p. 59-87
  • Kaminishi, Ikumi, Explaining pictures, Buddhist Propaganda and Etoki Storytelling in Japan, University of Hawai’i Press, 2006, 246 p.
    • voir une critique dans : KIMBROUGH, R. Keller Reviews, p.191-194, Japanese Journal of Religious Studies, 33/1 (2006) (disponible sur Internet).

Bouddhologie

  • Approaching the Land of Bliss,Religious Praxis in the Cult of Amitâbha, Edited by,Richard K. Payne and Kenneth K. Tanaka,University of Hawai’i Press, 2003,304 p.
    • Stone, Jacqueline I., “By the Power of One’s Last Nenbutsu, Deathbed practices in Early Medieval Japan, p.77-119
    • Glassman, Hank, “show Me the Place Where My Mother Is :”, Chûjôhime, Preaching, and Relics in Late Medieval and Early Modern Japan, p.139-168
  • J.C. Dobbins, Jōdo Shinshū, Shin Buddhism in Medieval Japan, Published by Indiana University Press, 1989, Paperback edition published by University of Hawai’i Press books, 2002
  • PAS, Julian F.,Visions of Sukhavati : Shan-Tao’s Commentary on the Kuan Wu-Liang Shou-Fo Ching (Suny Series in Buddhist Studies)" ; Paperback ; 1995, 452 p
  • DUCOR, Jérôme, L’objet fondamental de vénération dans le Jôdô shinshû, dans Le vase de Béryl, Etudes sur le Japon et la Chine en hommage à Bernard Frank ; J. Pigeot et Hartmut O. Rotermund (dir.), Éditions Philippe Picquier,1997
  • DUCOR, Jérôme, Shinran, Un réformateur bouddhiste dans le Japon médiéval , Infolio éditions, CH, 2008, 206 p.
  • GIRA, Dennis, « Une mystique bouddhique des pauvres », dans Chemins de dialogue n°6, octobre 1995, p.109-127
  • GIRA, Dennis, “ Faith and Practice in ” Pure Land Buddhism” Thought. A Catholic Reaction” – dans Le christianisme vis-à-vis des religions, III. À LA RENCONTRE DU BOUDDHISME, Publications de l’Académie internationale des Sciences religieuses, dir. J. Doré , Cerf, 2000

© esperer-isshoni.fr, mars 2009

Portfolio

Notes

[1] pour mémoire, le terme de salut en bouddhisme fait sens en vérité relative, sachant qu’en vérité absolue personne n’est sauvé car il n’y a personne à sauver – il n’y a personne du tout, la personne s’entendant ici comme l’individu « conventionnel ».

[2] Voir le Sutra du Lotus qui explicite cette conception. Notre site comporte plusieurs articles sur ce sutra développé vaipulya sutra.

[3] Voir l’étape délicate de la septième des dix étapes de la carrière du bodhisattva.

[4] On peut s’étonner de ce que la Loi soit soumise à dégradation. En fait, en tant qu’elle est manifestée dans ce triple monde manifesté par l’impermanence, sa manifestation perd de son efficacité au cours du temps, jusqu’à même disparaître. Il faudra alors qu’un autre Buddha apparaisse pour remettre en vigueur le Triple Joyau (Buddha, Dharma, Sangha). Il est évident que dans le dharmakaya, la Loi échappe à l’impermanence.

[5] Le lecteur (la lectrice) doit comprendre ces termes qui ont été explicités dans la première partie.

[6] Hymnes de vénération de la naissance dans la Terre Pure 往生禮讃 (ôjôraisange jap., T. 47, 1980), à partir de sa reprise par Shinran dans le Kyogyoshinshu au n°25 dans la traduction d’Hisao Inagaki.

[7] dans la deuxième partie, nous avions vu que le Bardo thödol utilisait l’expression « Terre de Félicité », dewachen, pour la Terre Pure du Buddha Amida ; il appelait Amitabha le Buddha Amida ; nous avons vu aussi que le transfert de conscience powa permettait de se préparer à cette renaissance dans la Terre Pure du Buddha Amitabha. Concernant le nom d’Amida, signalons que le Vajrayana distingue le Buddha Amitayus du Buddha Amitabha, le premier relevant plutôt du sambhogakya tandis que le second ressort plutôt du dharmakaya. L’Ecole de la Terre Pure ne semble pas avoir repris cette distinction fonctionnelle entre les deux appelations. Par ailleurs, le nom le plus utilisé pratiquement en Terre Pure, « Amida », représente le plus petit commun dénominateur des deux noms, ce qui montre qu’en fait la distinction entre Amitayus et Amitabha n’est pas significative en Terre Pure, selon nous. Pour terminier sur l’histoire complexe de l’étymologie d’Amida, signalons que le chinois a traduit le sanscrit de deux manères : soit par traduction du sens soit par translittération (dernière ligne du tableau ci-dessous)..

SanscritChinoisTraduction française
Amitayus無量壽 Mu ryô ju en japonaisVie infinie
Amitabha無量光 Mu ryô kô en japonaisLumière infinie
Amita阿彌陀 (phonétique)Amida

[8] Nous ne reprenons pas la traduction de Jean Eracle, qui est défectueuse ici : en effet, Eracle ne précise pas que ce sont les rayons qui atteignent les adeptes ; par ailleurs, il traduit nen par « penser » : or il faut garder l’indétermination de ce terme, qui a été interprété comme « commémoration », comme « médiation », mais aussi comme « invocation » : c’est ce que fait Hisao Inagaki dans sa traduction anglaise. Pour mémoire, une nouvelle traduction en français devrait sortir sous la plume de Jérôme Ducor.

[9] La typographie et les numéros de paragraphe sont de notre fait.

[10] On peut se demander si le Buddha Sakyamuni n’est pas eclipsé par le Buddha Amida auquel il renvoie dans le Sutra Long : cette question ne sera pas débattue ici.

[11] Rappelons que les patriarches de la Terre Pure (dans la filiation que nous avons retenue) appréciaient différemment ce sutre : le chinois Shandao en a écrit un commentaire célèbre qui a inspiré le japonais Hônen, le fondateur de l’école de la Terre Pure Jôdo shû ; Shinran minorait l’importance du sutra de la contemplation par rapport au Sutra Long.

[12] Le terme « mandala » est ici utilisé dans un sens large. Il s’agit ici d’une représentation en langage plastique d’une doctrine, un hensô en japonais, et non d’un mandala au sens technique du terme, tel que l’entend le bouddhisme ésotérique, dont le bouddhisme tibétain.

[13] Pour plus de détails sur l’origine du Taima Mandala, se reporter aux ouvrages d’Elisabeth Ten Grotenhuis cités en bibliographie. Ils sont en anglais : il faut bien reconnaître que la bouddhologie francophone reste en deçà de la production anglophone, du moins en ce qui concerne les études du bouddhisme de la Terre Pure (nous constatons, sans émettre de jugement de valeur).

[14] La typographie et les numéros de paragraphe sont de notre fait.

[15] Voir le Triple Corps trikaya dans Part II

[16] cf. Traité de la Grande Vertu de Sagesse, mahaprajnaparamitasastra attribué à Nagarjuna : « Sorti de concentration, le Bodhisattva fait la réflexion suivante « Les Buddha d’où viennent-ils, alors que moi- même je ne suis allé nulle part ? ». A ce moment précis, il sait que les Buddha ne viennent de nulle part et que lui-même n’est allé nulle part ». Dans Le traité de la Grande Vertu de Sagesse de Nāgārjuna (mahâprajñâpâramitâsastra), É. Lamotte, Tome IV, Université de Louvain, 1976, p.1930. Lamotte traduit le chinois : b08 :從三昧起作是念言。佛從何所來。我身亦不去。 b09 :即時便知諸佛無所從來。我亦無所去。(T.1509 vol.,25 page 276)

[17] Une grotte de Dunhuang contient une fresque avec cette division. La division en 13 + 3 contemplations est propre au Commmentaire du Sutra de la Contemplation de Shandao, ce qui a fait dire que ce type de représentation a été inspiré par Shandao. Voir Ten Grotenhuis sur ce point.

[18] Eracle, p. 172. Inagaki traduit : “the Forty-eight Great Vows of the Bhiksu Dharmakara”, correspondant au chinois : 亦説法藏 比丘 四十八大願 (T.365 volume 12, p. 345c4)

[19] Le lecteur (la lectrice) doit les connaître par cœur. Nous les avons citées dans un article précédent.s

[20] Eracle, p.175 ; Inagaki ; chinois dans T.365, 12,346a19

[21] A chacun des degrés est associé un mudra avec lequel le Buddha Amida accueille le défunt. Voir Frédéric, Louis, Les Dieux du Bouddhisme, Guide iconographique, Flammarion, 1992, 359 p. 123-125

[22] Avons-nous besoin de rappeler que nous nous exprimons dans le registre de la vérité conventionnelle ?

[23] En particulier, il y a une conférence avec animation et son, et aussi le mémoire sur la Terre Pure à l’I.S.T.R. de l’I.C.P. « La naissance dans la Terre Pure du Buddha Amida - La saisie par un autre ou la sortie du régime de la nécessité :


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