mercredi 11 novembre 2009, par Furanku
Ci-joint quelques extraits de textes du Magistère romain qui nous semblent particulièrement significatifs.
Bien noter :
1. "La dialectique de cet exercice de pensée et de patience [le dialogue] nous fera découvrir des éléments de vérité également dans les opinions des autres." (Encyclique "Ecclesiam suam" du pape Paul VI du 6 août 1964, §86)
"L’Eglise doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit et duquel elle est faite. L’Eglise se fait parole ; l’Eglise se fait message ; l’Eglise se fait conversation." (Ecclesiam suam, §67)
« par devoir de loyauté, nous devons manifester notre conviction que la vraie religion est unique et que c’est la religion chrétienne, et nourrir l’espoir de la voir reconnue comme telle par tous ceux qui cherchent et adorent Dieu » (Ecclesiam suam, § 111)
" la forme exempte d’erreur, parfaite et définitive, sous laquelle il veut être connu, aimé et servi ». (ibid.)
16. Les non-chrétiens
Enfin, pour ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile, sous des formes diverses, eux aussi sont ordonnés au Peuple de Dieu [1] et, en premier lieu, ce peuple qui reçut les alliances et les promesses, et dont le Christ est issu selon la chair (cf. Rm 9, 4-5), peuple très aimé du point de vue de l’élection, à cause des Pères, car Dieu ne regrette rien de ses dons ni de son appel (cf. Rm 11, 28-29). Mais le dessein de salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui, professant avoir la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour. Et même des autres, qui cherchent encore dans les ombres et sous des images un Dieu qu’ils ignorent, de ceux-là mêmes Dieu n’est pas loin, puisque c’est lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses (cf. Ac 17, 25-28), et puisqu’il veut, comme Sauveur, amener tous les hommes au salut (cf. 1 Tm 2, 4). En effet, ceux qui, sans qu’il y ait de leur faute, ignorent l’Évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent, sous l’influence de sa grâce, d’agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, eux aussi peuvent arriver au salut éternel [2]. À ceux-là mêmes qui, sans faute de leur part, ne sont pas encore parvenus à une connaissance expresse de Dieu, mais travaillent, non sans la grâce divine, à avoir une vie droite, la divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires à leur salut. En effet, tout ce qui, chez eux, peut se trouver de bon et de vrai, l’Église le considère comme une préparation évangélique [3] et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie. Bien souvent, malheureusement, les hommes, trompés par le démon, se sont égarés dans leurs raisonnements, ils ont délaissé le vrai Dieu pour des êtres de mensonge, servi la créature au lieu du Créateur (cf. Rm 1, 21.25) 21.25) ou bien, vivant et mourant sans Dieu dans ce monde, ils sont exposés aux extrémités du désespoir. C’est pourquoi l’Église, soucieuse de la gloire de Dieu et du salut de tous ces hommes, se souvenant du commandement du Seigneur : « Prêchez l’Évangile à toutes créatures » (Mc 16, 16), met tout son soin à encourager et soutenir les missions.
17. Le caractère missionnaire de l’Église En effet, le Fils, comme il a été envoyé par le Père, a lui-même envoyé les Apôtres (cf. Jn 20, 21) en disant : "Allez donc, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé. Et voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à ta fin du monde" (Mt. 28, 19-20). Et ce mandat solennel d’annoncer la vérité qui sauve, l’Eglise l’a reçu des Apôtres pour qu’elle l’accomplisse jusqu’aux extrémités de la terre (cf. Act. 1, 8). Dès lors, elle fait siennes les paroles de l’Apôtre : "Malheur....à moi, si je n’évangélise pas" (I Cor. 9, 16) et elle continue sans répit à envoyer des missionnaires jusqu’à ce que les nouvelles Eglises soient pleinement établies et qu’elles poursuivent à leur tour l’oeuvre de l’évangélisation.
En effet l’Esprit-Saint la pousse à travailler à la pleine réalisation du dessein de Dieu, qui a établi le Christ comme principe de salut pour le monde entier. En prêchant l’Evangile, l’Eglise attire à la foi ceux qui l’écoutent, elle les incite à professer cette foi, elle les dispose au baptême, les arrache à l’esclavage de l’erreur et les incorpore au Christ, afin que par la charité ils croissent en lui jusqu’à la plénitude.
Par son activité, elle fait en sorte que toute trace de bien, quelle qu’elle soit, présente dans le cœur et la pensée des hommes, dans leurs rites et leurs cultures, non seulement ne périsse pas, mais soit, au contraire, purifiée, élevée et portée à la perfection pour la gloire de Dieu, la confusion du démon et le bonheur de l’homme.
A chacun des disciples du Christ incombe, pour sa part, la charge de jeter la semence de la foi [4]. Mais si tout croyant peut baptiser, il appartient cependant au prêtre de parfaire l’édification du Corps par le sacrifice eucharistique, accomplissant ainsi ce que Dieu a dit par le prophète : "Du levant au couchant mon nom est grand parmi .les Nations et en tout lieu un sacrifice et une offrande pure sont offerts à mon nom" [5] (Mal. 1, 11).
C’est ainsi que l’Eglise prie et travaille tout ensemble, afin que le monde tout entier devienne le Peuple de Dieu, le Corps du Seigneur et le Temple de l’Esprit-Saint ; et que dans le Christ, Chef de tous les êtres, tout honneur et toute gloire soient rendus au Créateur et Père de toutes choses.
Constitution dogmatique Lumen gentium : l’Église, peuple de Dieu du 21/11/1964 au n°17 [ajout du 13 avril 2010] [n°16 ajouté le 16 avil 2010]
2. « L’Eglise catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions [dont le bouddhisme, explicitement cité]. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu’elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la Vérité qui illumine tous les hommes ».
« Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d’annoncer sans cesse, le Christ qui est " la voie, la vérité et la vie " (Jean 14, 6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s’est réconcilié toutes choses. » déclaration conciliaire Nostra Aetate, 3. 28 octobre 1965
2bis. "22 § 1. En réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe Incarné. (...) § 2 (..) par son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni Lui-même à tout homme. § 3 En souffrant pour nous, Il ne nous a pas simplement donné l’exemple, afin que nous marchions sur ses pas, mais Il a ouvert une route nouvelle : si nous la suivons, la vie et la mort deviennent saintes et acquièrent un sens nouveau. § 4 (...) associé au mystère pascal, devenant conforme au Christ dans la mort, fortifié par l’espérance, il [le chrétien] va au-devant de la résurrection. § 5. Et cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour tous les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit-Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal" (Constitution Gaudium et Spes - Sur l’Église dans le monde de ce temps du 28 octobre 1965). [ajouté le 16 novembre 2009]
" Il faut que l’Eglise soit présente dans ces groupements par ses enfants, qui y vivent ou sont envoyés vers eux. Car chrétiens, partout où ils vivent, sont tenus de manifester de telle manière, par l’exemple de leur vie et le témoignage de leur parole l’homme nouveau qu’ils ont revêtu par le baptême, et la force du Saint-Esprit qui les a fortifiés au moyen de la confirmation, que les autres, réfléchissant à leurs bonnes œuvres, glorifient le Père (Mt. 5, 16), et perçoivent plus pleinement le sens authentique de la vie humaine et le lien universel de communion des hommes.
Pour qu’ils puissent donner avec fruit ce témoignage du Christ, ils doivent se joindre à ces hommes par l’estime et la charité, se reconnaître comme des membres du groupement humain dans lequel ils vivent, avoir une part dans la vie culturelle et sociale au moyen des divers échanges et des diverses affaires humaines ; ils doivent être familiers avec leurs traditions nationales et religieuses ; découvrir avec joie et respect les semences du Verbe qui s’y trouvent cachées ; ils doivent en même temps faire attention à la transformation profonde qui s’opère parmi les nations, et travailler à ce que les hommes de notre temps, trop attentifs à la science et à la technique du monde moderne, ne soient pas détournés des choses divines ; bien au contraire, à ce qu’ils soient éveillés à un désir plus ardent de la vérité et de la charité révélées par Dieu. Le Christ lui-même a scruté le cœur des hommes, et les a amenés par un dialogue vraiment humain à la lumière divine ; de même ses disciples, profondément pénétrés de l’Esprit du Christ, doivent connaître les hommes au milieu desquels ils vivent, engager conversation avec eux, afin qu’eux aussi apprennent dans un dialogue sincère et patient, quelles richesses Dieu, dans sa munificence, a dispensées aux nations ; ils doivent en même temps s’efforcer d’éclairer ces richesses de la lumière évangélique, de les libérer, de les ramener sous l’autorité du Dieu Sauveur."
Décret Ad Gentes Sur l’activité missionnaire de l’Église au n°11 [ajouté le 13 avril 2010]
3. « La vérité doit être cherchée selon la manière propre à la personne humaine et à sa nature sociale, à savoir par une libre recherche , par le moyen de l’enseignement ou de l’éducation, de l’échange et du dialogue par lesquels les uns exposent aux autres la vérité , qu’ils ont trouvée ou pensent avoir trouvée, afin de s’aider mutuellement dans la quête de la vérité ; la vérité une fois connue, c’est par un assentiment personnel qu’il faut y adhérer fermement » (déclaration conciliaire Dignitatis Humanae de décembre 1965 :n° 3)
Elle [l’évangélisation] s’adresse aussi à d’immenses portions d’humanité qui pratiquent des religions non chrétiennes que l’Eglise respecte et estime, car elles sont l’expression vivante de l’âme de vastes groupes humains. Elles portent en elles l’écho de millénaires de recherche de Dieu, recherche incomplète mais réalisée souvent avec sincérité et droiture de cœur. Elles possèdent un patrimoine impressionnant de textes profondément religieux. Elles ont appris à des générations de personnes à prier. Elles sont toutes parsemées d’innombrables semences du Verbe [6] et peuvent constituer une authentique préparation évangélique [7], pour reprendre un mot heureux du Concile Vatican II emprunté à Eusèbe de Césarée.
Une telle situation suscite, certes, des questions complexes et délicates, qu’il convient d’étudier à la lumière de la Tradition chrétienne et du Magistère de l’Eglise pour offrir aux missionnaires d’aujourd’hui et de demain de nouveaux horizons dans leurs contacts avec les religions non chrétiennes. Nous voulons relever surtout aujourd’hui que ni le respect et l’estime envers ces religions, ni la complexité des questions soulevées ne sont pour l’Eglise une invitation à taire devant les non chrétiens l’annonce de Jésus-Christ. Au contraire, elle pense que ces multitudes ont le droit de connaître la richesse du mystère du Christ [8] dans laquelle nous croyons que toute l’humanité peut trouver, dans une plénitude insoupçonnable, tout ce qu’elle cherche à tâtons au sujet de Dieu, de l’homme et de son destin, de la vie et de la mort, de la vérité. Même devant les expressions religieuses naturelles les plus dignes d’estime, l’Eglise s’appuie donc sur le fait que la religion de Jésus, qu’elle annonce à travers l’évangélisation, met objectivement l’homme en rapport avec le plan de Dieu, avec sa présence vivante, avec son action ; elle fait rencontrer ainsi le mystère de la Paternité divine qui se penche vers l’humanité ; en d’autres termes, notre religion instaure effectivement avec Dieu un rapport authentique et vivant que les autres religions ne réussissent pas à établir, bien qu’elles tiennent pour ainsi dire leurs bras tendus vers le ciel.
8/12/1975 : Exhortation apostolique « Evangelii Nuntiandi », sur l’évangélisation dans le monde moderne, de Paul VI au n°53 [ajouté le 13 avril 2010]
4. « L’homme, dans la pleine vérité de son existence, de son être personnel et en même temps de son être communautaire et social - dans le cercle de sa famille, à l’intérieur de sociétés et de contextes très divers, dans le cadre de sa nation ou de son peuple (et peut-être plus encore de son clan ou de sa tribu), même dans le cadre de toute l’humanité -, cet homme est la première route que l‘Église doit parcourir en accomplissant sa mission [nous soulignons] : il est la première route et la route fondamentale de l‘Église, route tracée par le Christ lui-même, route qui, de façon immuable, invariablement passe par le mystère de l’Incarnation et de la Rédemption. » Encyclique Redemptor hominis du pape Jean-Paul II du 4 mars 1979, n°14
5. "La parité , condition du dialogue, signifie égale dignité personnelle des parties , non pas égalité des doctrines et encore moins égalité entre Jésus-Christ — Dieu lui-même fait homme — et les fondateurs des autres religions." déclaration Dominus Iesus - Congrégation pour la Doctrine de la Foi , §22)
[1] 32 cf. Saint Thomas, Somme théologique III, q. 8, a. 3, ad 1.
[2] 33 : Cf. Lettre de la Sacrée Congrégation du Saint-Office à l’archevêque de Boston. : Denz. 3869-72
[3] 34 : Cf. Eusèbe de Césarée, Praeparatio Evangelica, 1, 1 : PG 21, 28 AB.
[4] n.21 : Cf. Benedictus XV, Epist. Apost. Maximum illud : AAS 11 (1919) p. 440, spécialement p. 451 ss. Pius XI, Litt. Encycl. Rerum Ecclesiae : AAS 18 (1926) p. 68-69. Plus XII, Litt. Encycl. Fidei Donum, 21 avr. 1957 : AAS 49 (1957) pp. 236-237.
[5] n.22 : Cf. Didachè, 14 : ed. Funk, I, p. 32. S. Iustinus, Dial. 41 : PG 6, 564. S. Irenaeus, Adv. Haer. IV, 17, 5 ; PG 7, 1023 ; Harvey, 2, p. 199 s. Cone. Trial. Sess.22. cap. 1 : Denz. 939 (1742).
[6] n.74 : Cf. S Justin, I Apologia, 46, 1-4 ; II Apologia 7 (8), 1-4 ; 10 1-3 ; 13, 3-4 ; Florilegium Patristicum II, Bonn 19112, pp. 81, 125, 129, 133 ; Clément d’Alexandrie, Stromata I, 19, 91, 94 : S Ch 30, pp. 117-118 ; 119-120 ; Concile oecuménique Vatican II, Décret sur l’activité missionnaire de l’Eglise Ad gentes, n. 11 : AAS 58 (1966), p. 960 ; Constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen gentium, n. 17. AAS 57 (1965), p. 20.
[7] n.75 : Eusèbe de Césarée, Praeparatio Evangelica, I, 1 : PG 21, 26-28 ; cf. Concile oecuménique Vatican II, Constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen gentium, n. 16 : AAS 57 (1965), p. 20.
[8] n. 76 : Cf. Ep 3, 8.