lundi 5 mars 2012, par Furanku
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Voir aussi Évangile de Luc 6,36-38 - See also Gospel by Lukas 6,36-38
| Chers frères et sœurs, en ce lundi de deuxième semaine de carême (5/3/2012), nous voici à nouveau confrontés à la parole du maître. | Dear brothers and sisters, today (2012/3/5), Monday of the second week of Lent, we are facing once again the master’s word. |
| « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugé ». | « Don’t judge so as not to be judged ». |
| Comme souvent, cette parole nous déplace, nous déstabilise. Mais enfin, qu’est-ce que le maître veut dire ? Quand cessera-t-il de dire des choses qui heurtent le sens commun ? | As usual, his words make us feel uneasy. Once and for all, what does the master mean ? Can’t he stop telling us things which don’t make sense. |
| Comment une société pourrait-elle vivre sans jugements ? Comment puis-je agir sans juger, y compris des personnes ? Il faut bien neutraliser les prédateurs qui oppriment les faibles. | How can a society exist without judgement ? How can I act without judging people ? Predators have to be stopped if we want to protect the weak. |
| Que faire de cette tension ? | How to deal with this uneasiness ? |
| Plusieurs stratégies sont possibles, que je classerai en fonction de leur valeur croissante : je peux neutraliser l’acidité du propos du maître sous des couches de mayonnaise, ce qui me permet d’afficher une adhésion au maître plus formelle que réelle. Je peux aussi percevoir que je ne suis pas en état d’entrer dans le propos, et le garder en réserve pour plus tard. Je peux enfin endurer la tension dans un combat qui ressemble à celui de Jacob avec l’ange au gué de Yabboq, jusqu’à ce que la lumière de l’aube émerge [1]. | I suggest three ways, from poor to good. I can neutralize the acidity of the master’s word by dressing it in layers of mayonnaise. In this way I look as if I agree with the master – on a formal more than a real level. I can realize I am in no condition to enter into what the master means for the time being and set it aside for better days. Then I can bear the tension, the uneasiness, thus enduring a fight which looks like the one of Jacob against the angel at the ford of Jabboq until the break of day [2]. |
| Chers frères, chères sœurs, je vais vous dire comment ce combat s’est passé pour moi. | Dear brothers and sisters, I am going to tell you how was the struggle for me. |
| Je me suis dit : cette parole m’énerve, qu’est ce que le maître a bien voulu dire ? Et je me suis dit aussi : à chaque fois qu’il parle, il faut courir pour trouver une explication. Et on accumule des kilomètres de gloses sur chacune de ses phrases. | I told myself : this sentence makes me angry, what the heck does the master mean by this ? And I told also myself : that is the same thing every time the master speaks, we have to run for explanations and explanations, and then we pile up miles and miles of books. |
| Est-ce qu’il n’y aurait pas quelque chose de fondamental qui court tout au long de ses propos ? Un fil conducteur, qui permettrait de comprendre et de relier tout ce qu’il dit. | Isn’t there something more fundamental running through all his says ? A red thread which could help us understand and tie together all what he says ? |
| Et j’ai trouvé la chose suivante, que je vous propose : le maître ne dit jamais qu’une seule chose dans toutes ses paroles : « convertissez vous car le royaume de Dieu s’approche » [3]. | And I found the following thing that I propose here to you : in all his words, the master nevers speaks but one word : « Convert for the kingdom of heaven is coming near » [4] |
| Et c’est comme cela que j’ai compris la parole : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugé ». | That is how I understood the word : « Don’t judge, so as not to be judged ». |
| Soyons concrets et prenons un exemple. Un frère en religion rentre au couvent à 11 h 30 du soir le lundi, à minuit le mardi, et encore à minuit le mercredi. Et quelque chose en moi dit : « voilà comment ce frère observe la vie commune ! ». | Let us be factual. Let us illustrate this sentence. A religious brother comes back to the convent at 11:300 p.m. on Monday, at midnight on Tuesday and again at midnight onw Wednesday. Then something in me says : « this is the way this brother is observing the religious life ». |
| Mais qu’est ce que j’en sais ? Le problème, c’est pourquoi je pense cela, pourquoi je juge comme cela. Et pourquoi je ne lui demande pas directement, au lieu de supputer dans son dos de mauvaises choses ? | But what makes me think in this way ? Why do I prefer inferring bad things to asking him directly about the whereabouts of his coming home late ? This is the real problem. |
| Il y a quelque chose en moi qui juge le frère avec un regard mauvais, et c’est là qu’il faut entendre la parole du maître : « ne jugez pas et vous ne serez pas jugé ». Mon jugement avère mon cœur tordu, habité par la jalousie, la haine, l’arrogance, et cela me vaut un jugement contre moi. | There is something in me which makes me look at my brother with a nasty eye and this is the point of the master’s saying : « don’t judge and you won’t be judged ». My judgement puts into light my crooked heart inhabited by jealousy, hatred, haughtiness, and it is worth being sentenced against me. |
| Évidemment, si le frère rentre systématiquement tard, il me faudra bien le signaler au prieur. Peut-être le frère vit-il quelque chose de dur qui remet en question son choix de vie ? Le prieur aura alors à discuter avec le frère, et peut-être porter un jugement par rapport à la communauté et au frère. Mais ce qui s’exprime alors, ce n’est pas la méchanceté mais le souci, la sollicitude. | Of course, if the brother goes on coming home late, I’ll have to report to the prior. Maybe the brother is facing up a difficult period in his life which makes him doubt about his religious choice ? Then the prior will have to discuss with the brother and maybe judge the situation according to the community and the brother. But what is speaking here is not wickedness but care . |
| Ma conclusion. | My conclusion. |
| Fondamentalement, le maître nous dit : « convertissez-vous car le Royaume de Dieu s’est approché ». Mais là encore, cela génère de la tension en moi. Comment lutter contre ce qui s’oppose à la venue du royaume, et qui est inscrit si profondément en moi ? Est ce que le maître ne demande pas des choses trop difficiles ? | All in all, the master says but one thing : « convert for the kingdom of God has come near ». But once again, I feel uneasy with it. How can we fight against deep things in us which oppose the kingdom ? Isn’t the master asking for too difficult things ? |
| « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ». Mais comment faire quand j’ai un coeur de pierre, quand je suis une peau de vache ? | « Be merciful as your Father is merciful ». But how to realize this when my heart is made of stones ? |
| Endurons à nouveau la tension, et écoutons bien. Le maître ne dit pas « soyez miséricordieux », il dit : « soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ». Le maître ne dit pas : « Convertissez-vous », il dit « Convertissez-vous car le royaume des cieux s’approche ». | Let us endure the tension and let us listen carefully. The master doesn’t say : « be merciful », he says : « be merciful as your Father is merciful ». The master doesn’t say : « Convert », he says : « convert because the kingdom of heaven is coming near ». |
| Autrement dit, ce qui me donnera le désir et la force de développer ma miséricorde, c’est de voir que Dieu est miséricordieux. Ce qui me donnera le désir et la force de me convertir, c’est de voir le Royaume de Dieu qui s’approche. | That is to say, I will derive the desire and the strength to become merciful from seeing God’s mercifulness. I will derive the desire and the strength to convert because I see the kingdom of God coming. |
| Chers frères et chères sœurs, il s’agit de réfléchir, de méditer, de contempler. Et contemplant, d’être changé(e) par ce que l’on contemple. [5] | Dear brothers and sisters, it deals with pondering, meditating, contemplating. And when contemplating, it deals with being changed by what we are contemplating [6]. |
[1] Genèse 32,25-31)
[2] Genesis 32,25-31)
[3] Matthieu 3,2 ; 4,17 ; Marc 1,15
[4] Matthew 3,2 ; 4,17 ; Mark 1,15.
[5] la vision transformante ultime : « Nous savons que, lorsqu’il paraîtra, nous lui serons semblables, puisque nous le verrons tel qu’il est » (première lettre de Jean 3,2b) ».
[6] the ultimate transforming vision : « we know that, when he shall appear, we shall be like him ; for we shall see him as he is. » 1st letter of John, 3,2b