vendredi 20 avril 2007, par Furanku
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Abréviations.
Bibliographie.
Chronologie
Introduction.
I. La liberté chrétienne, contre l’autorité ecclésiastique romaine.
I.1. La doctrine dite « du Sacerdoce universel ».
- a) Pas de privilèges divins attachés à la fonction pontificale.
- b) Subordination du pape au pouvoir temporel.
- c) Émancipation de l’empereur par rapport au pape.
- d) Émancipation des évêques par rapport au pape.
- e) Une visée opposée à celle de la réforme grégorienne.
I.2. La condition du salut : la grâce, l’Ecriture, la foi.
I.3. La vraie liberté chrétienne.
Article suivant :
II. Quelle légitimité pour le pouvoir temporel ?
II.1. Un équilibre à trouver entre le respect de l’ordre établi et la rébellion.
II.2. La doctrine des deux règnes.
II.3. De la nécessité du glaive dans le royaume du monde.
II.4. Délimitation de la juridiction temporelle.
II. 5. Le glaive spirituel de la Parole de Dieu, propre des « évêques ».
II.6. Du devoir de « résistance passive ».
III. L’épreuve des faits.
III.1. Un cas limite : la nomination du pasteur
III.2. La révolte des paysans de 1525.
III.3. La question de la résistance à l’Empereur.
Conclusion.
Nous utiliserons les abréviations suivantes pour désigner les oeuvres de Luther :
Ass : Qu’une assemblée ou communauté chrétienne a le droit et pouvoir de juger toutes les doctrines, d’appeler, d’installer et de destituer des prédicateurs.
Aut : De l’autorité temporelle et des limites de l’obéissance qu’on lui doit.
Exh : Exhortation à la paix à propos des Douze articles de la Paysannerie Souabe.
Lib : Le Traité de la Liberté Chrétienne de Martin Luther.
Nob : A la Noblesse Chrétienne de la Nation Allemande sur l’Amendement de l’Etat Chrétien.
Oeuvres de Luther.
Martin Luther - A la Noblesse Chrétienne de la Nation Allemande sur l’Amendement de l’Etat Chrétien - Trad. par M. Gravier - Oeuvres - Labor et Fides - Tome II - 1966
Martin Luther - Le Traité de la Liberté Chrétienne de Martin Luther - Trad. par M. Esnault - Oeuvres - Labor et Fides - Tome II - 1966
Martin Luther - De l’autorité temporelle et des limites de l’obéissance qu’on lui doit - Trad. par Franck D.C. Gueutal - Oeuvres - Labor et Fides - Tome IV - 1960
Martin Luther - Qu’une assemblée ou communauté chrétienne a le droit et pouvoir de juger toutes les doctrines, d’appeler, d’installer et de destituer des prédicateurs - Trad. par Franck D.C. Gueutal - Oeuvres - Labor et Fides - Tome IV - 1960
Martin Luther - Exhortation à la paix à propos des Douze articles de la Paysannerie Souabe - Trad. par Franck D.C. Gueutal - Oeuvres - Labor et Fides - Tome IV - 1960
Martin Luther - Contre les hordes et criminelles de paysans - Trad. par Franck D.C. Gueutal - Oeuvres - Labor et Fides - Tome IV - 1960
Martin Luther - Une missive touchant le dur livret contre les paysans - Trad. par Franck D.C. Gueutal - Oeuvres - Labor et Fides - Tome IV - 1960
Martin Luther - Le Grand Catéchisme - Trad. par P. Jundt - Oeuvres - Labor et Fides - Tome VII - 1962
Autres.
Jean Delumeau - Naissance et affirmation de la Réforme - Clio - PUF - 2° édition - 1968
Pierre Mesnard - L’essor de la philosophie politique au Seizième siècle - 1° édition 1935 - 3° édition second tirage - Vrin - 1977 [1]
Quentin Skinner - Les fondements de la pensée politique moderne - Trad. par J. Grossman et J. Y. Pouilloux - Albin Michel - Avril 2001.
1483 : Naissance de Martin Luther.
17 juillet 1505 : Luther entre chez les Ermites de saint Augustin à Erfurt, contre la volonté de son père.
2 juillet 1507 : Luther célèbre sa première messe avec grande inquiétude.
1513 : Turmerlebnis - Expérience de la tour, fondatrice pour Luther [2].
1515 - 1516 : « Commentaire de l’Epître aux Romains »
31 octobre 1517 : Luther aurait affiché quatre-vingt-quinze thèses sur la porte du château de Wittenberg, pour protester contre la campagne d’indulgences prêchée par Tetzel. Cette campagne servait à financer le pallium de l’Archevêque de Mayence ; Frédérique le Sage, Prince électeur de Saxe, dont relève Luther, avait interdit cette campagne sur son territoire.
avril 1518 : Luther comparaît au chapitre général des Ermites de saint Augustin, à Heidelberg.
7 août 1518 : Luther reçoit sa convocation de parution à Rome.
12 janvier 1519 : L’empereur Maximilien meurt.
juillet 1519 : Dispute entre le théologien Jean Eck et Luther à Leipzig. Erasme dira : « Pousser Luther à la révolte, c’était agir en boucher, non en théologien. (...) Forcer est le fait des tyrans [3] ».
26 juin 1520 : « De la Papauté de Rome, contre l’illustre Romaniste de Leipzig », en réponse à Alveld, o.c.d. de Leipzig.
juillet 1520 : Bulle de Léon X, intitulée « Exsurge Domine », qui condamne quarante et une propositions de Luther.
15 août 1520 : « A la Noblesse Chrétienne...
octobre 1520 : « Le Traité de Liberté...
1521 : La Diète de Worms, convoquée par le nouvel Empereur Charles V, bannit Luther de l’Empire. Luther y a paru le 16 avril 1521, escorté de cent cavaliers chargés de faire valoir son sauf-conduit - il s’agissait d’éviter à Luther la triste mésaventure de Jean Hus [4] au concile de Constance de 1415 -. Luther est mis en sûreté au château de Wartburg, sous le nom du chevalier Georges, jusqu’au 6 mars 1522.
1522 : Traduction du Nouveau Testament en allemand.
mars 1522 : Luther quitte la Wartburg pour Wittenberg, afin d’expulser le « Schwärmer », - c’est-à-dire l’échauffé -, Carlstadt.
1522 : Certains monarques allemands interdisent les traductions du Nouveau Testament de Luther sur leur territoire.
début 1523 : « De l’autorité temporelle..
entre Pâques et Pentecôte 1523 : « Qu’une assemblée...
1525 : Le duc Jean le Constant de Saxe succède à son frère, le Prince Electeur Frédéric III le Sage.
15 au 20 avril 1525 : « Exhortation...
mai 1525 : « Contre les hordes...
15 mai 1525 : Défaite de Müntzer et des paysans révoltés.
15 mai 1525 : « Une missive...
Noël 1524 : Le Chapitre de la Collégiale de Wittenberg est interdit de messe.
1525 : Mariage avec Catherine von Bora.
décembre 1525 : « Du Serf Arbitre », en réponse à Erasme (1467 - † 1536).
1526 : La Diète de Spire refuse d’appliquer l’édit de Worms de 1521.
1528 : Inspection des paroisses du Grand Electeur de Saxe, suite à la demande de Luther en 1527.
avril 1529 : « Le Grand Catéchisme...
1529 : A la Diète de Spire, six princes et quatorze villes allemands « protestent » contre une disposition demandant de tolérer les messes en territoire réformé.
1534 : Traduction de la Bible en allemand.
1535 : Munster, conquise par les Anabaptistes, est reprise par l’évêque.
18 février 1546 : Mort de Luther. « Dieu a donné au monde un rude médecin », dira Mélanchton, citant Erasme.
1555 : Paix de religion d’Augsbourg, conclue avec Ferdinand de Habsbourg, qui entérine le principe d’un territoire avec une confession unique, celle de son Prince : principe du « cujus regio, ejus religio », que vient compléter le droit d’émigration pour les sujets de confession différente (jus emigrandi).
L’Eglise de ce début du seizième siècle pouvait-elle se réformer de l’intérieur ? L’appareil ecclésiastique a continué sur sa lancée centralisatrice et bureaucratique, sans réellement tenir compte des nombreux appels à la réforme qui n’ont cessé de se faire entendre depuis le quatorzième siècle [5] ; le Grand Schisme de 1378 - 1410 a montré l’incapacité de l’appareil à se réformer de l’intérieur, et il a fallu l’intervention de l’autorité temporelle, savoir l’empereur, pour que cesse le scandale. Aussi la réforme se fera-t-elle en dehors de l’Eglise, sinon contre elle. Il faudra désormais parler d’églises au pluriel dans l’occident chrétien
[Le mot Réforme]signifiait (...) surtout les transformations dans le sens de la pauvreté et de la sainteté qu’on attendait de l’Eglise. Mais à partir de Luther, le mot Réforme désignera la rénovation de l’Eglise commencée en 1517 en dehors de Rome, voire contre elle (Delumeau op. cit. p.1)
Il s’agit ici de partir de la théologie de Luther, et d’en montrer les conséquences théologico-politiques.
1) Notre thèse vise à montrer comment Luther met définitivement à bas une doctrine théologico-politique [6] élaborée à partir du pape Grégoire VII (pape de 1073 à 1085), et qui visait à rétablir la libertas ecclesiae, la liberté de l’Eglise ; pour ce faire, Luther va élaborer une doctrine du salut et de l’église qui s’oppose radicalement au principe de la primauté pontificale.
2) Confronté au débordement sur sa « gauche » d’éléments radicaux, les « Schwärmer », confronté aussi à la nécessité d’organiser la vie quotidienne des communautés « évangéliques », Luther va articuler sa doctrine politique dite « des deux règnes », avec la conséquence que l’église du lieu passe sous le contrôle du pouvoir temporel.
A l’Eglise sous le chef unique du Pape, héritier de saint Pierre, à cette Eglise unique et universelle, vont se succéder les multiples églises locales, soumises à l’autorité du lieu, en terre allemande du moins. Le pape Grégoire VII ne voulait pas d’un pape chapelain de l’Empereur, la révolution luthérienne aboutit à un clergé de fonctionnaires au service de l’Etat princier.
Notre thèse présente la doctrine de Luther comme à la fois déterminant les évènements mais aussi déterminée par eux ; quand Martin Luther bâtit sa doctrine, il obéit certes à son intuition mystique, mais à cette logique interne s’ajoute la réaction de défense de Luther face à ses ennemis, la papauté et ses alliés d’abord, puis ensuite les « Schwärmer ».
L’influence des évènements sur Luther se perçoit nettement dans l’inflexion qu’il fait subir à la notion de « liberté chrétienne », comme nous le verrons plus bas :
« Après la révolte des paysans, le Réformateur acquit la certitude de son incompétence politique. Surtout, il perdit confiance dans le peuple organisé en communauté. Il eut désormais tendance à demander aux princes d’institutionnaliser le culte réformé. Au Luther de la ‘ Liberté chrétienne ‘ succède le Luther de ‘ l’Eglise d’Etat ’ ». (Delumeau - op. cit. - p. 99).
Pierre Mesnard parle de l’heure luthérienne comme de « celle de la liberté chrétienne hostile à la papauté et résignée à l’ordre temporel » (op. cit. p. 270).
En ces années 1520, Luther s’est affronté durement aux théologiens missionnés par Rome. Il n’a dû sa sauvegarde qu’à la protection de son Prince Electeur, qui a refusé de le livrer à la juridiction papale. En effet, Frédérique le Sage a exigé que la condamnation pour hérésie d’un de ses sujets soit prononcée par une université allemande, après une discussion publique. En 1520, les jeux sont faits, et la rupture consommée entre Luther et Rome. Luther va s’attaquer de front à ce qu’il perçoit comme la forteresse romaine. La doctrine qu’il élabore alors invalide radicalement le soubassement idéologique de la primauté pontificale [7]. Pour le dire avec Maurice Gravier, traducteur du manifeste « A la Noblesse Allemande » :
Ainsi s’effondrait définitivement la chrétienté du moyen âge théoriquement unie sous le double pouvoir du pape et de l’empereur. Luther avait porté le coup de grâce à l’édifice déjà vermoulu et chancelant. L’écrit de Luther qui s’appuie sur des documents officiels tels que les Gravamina est sans doute la dernière pièce que l’on puisse verser au dossier de la querelle du sacerdoce et de l’empire. Le pouvoir temporel a remporté la victoire ; bien plus, il est sollicité par un clerc d’intervenir pour mettre un terme aux abus ecclésiastiques. Il saura profiter de l’occasion : la publication du manifeste n’est que la première étape d’une évolution qui mène au césaropapisme [8].
I.1. La doctrine dite « du Sacerdoce universel ».
Luther refuse la distinction entre l’état ecclésiastique et l’état séculier, au motif que le corps du Christ est un :
Le Christ n’a pas deux corps ni deux espèces de corps, l’un laïque et l’autre ecclésiastique. Il est une tête et il a un corps. (Nob. p. 87).
Le pape, l’évêque, le prêtre se distinguent dans ce corps uniquement par leur fonction, non par leur état :
(...) tous les Chrétiens appartiennent vraiment à l’état ecclésiastique : il n’existe entre eux aucune différence, si ce n’est celle de la fonction, comme le montre Paul en disant (1 Cor 12,12 sq.) que nous sommes tous un seul corps, mais que chaque membre a sa fonction propre, par laquelle il sert les autres, ce qui provient de ce que nous avons un même baptême, un même Evangile et la foi qui seuls forment l’état ecclésiastique et le peuple chrétien. Nob. p. 85(..) tous appartiennent à l’état ecclésiastique ; ils sont vraiment prêtres, Evêques et Papes, mais tous n’ont pas la même sorte de tâche à remplir, comme parmi les prêtres non plus, tous ne se voient pas confier la même sorte de tâche. (Nob. p. 86)
L’ecclésiastique accomplit seulement une fonction dans le corps du Christ qui est l’Eglise, il reçoit cette charge pour un temps, il peut en être relevé ordinairement ou extraordinairement. La charge peut être confiée à n’importe quel chrétien, marié ou non.
Selon l’ordre institué par le Christ et les Apôtres, chaque ville doit avoir un curé ou un évêque, ainsi que Paul l’écrit clairement (Tite 1), et ce curé ne doit pas être mis en demeure de vivre sans femme légitime, mais il peut en avoir une, comme Saint Paul l’écrit (1 Tim III et Tite I) (...) Mais les Evêques, tels qu’ils existent aujourd’hui, l’Ecriture les ignore, ils ont été créés par une disposition générale de la Chrétienté pour que l’un d’entre eux gouverne un grand nombre de curés.
Ainsi l’Apôtre nous enseigne clairement que dans la Chrétienté chaque ville doit choisir, au sein de la communauté, un citoyen pieux et instruit, lui confier la fonction de curé, le nourrir au frais de la commune et lui laisser entière liberté de se marier ou de ne pas se marier ; Nob. p. 122.
Luther veut bien d’un état ecclésiastique, mais il ne le fait pas dériver du sacrement d’ordination, qu’il ne reconnaît pas, et surtout, il attribue l’état ecclésiastique à tous les chrétiens.
Cette doctrine, dite « du sacerdoce universel », vient subvertir le sens du mot « Eglise » : le schéma n’est plus celui d’un corps - le peuple des fidèles laïques - dirigé par une tête - la hiérarchie ecclésiastique dont la fine pointe est le Pape - , mais le corps du peuple des baptisés, dirigé par la tête unique qui est celle du Christ. Il se trouve qu’à l’intérieur du peuple des baptisés, des chrétiens accomplissent les tâches liées à la religion, comme « fonctionnaires » : ils répondent aux besoins de la « communauté » en matière de sacrement et de prédication, et c’est la communauté qui les institue, qui les contrôle et les destitue.
Car du fait que nous sommes tous également prêtres, nul ne doit se mettre lui-même en évidence, ni entreprendre, sans avoir été autorisé ni choisi par nous, de faire ce dont tous nous possédons également le pouvoir. Car ce qui est en commun, nul ne doit le faire sien, sans le consentement et l’investiture de la communauté. (...) C’est pourquoi une classe sacerdotale ne devrait être rien d’autre dans la Chrétienté que ce qu’est un fonctionnaire : tant qu’il est en fonction, il a le pas sur les autres ; une fois destitué, il est un paysan ou un bourgeois, comme les autres. Ainsi, en vérité, un prêtre n’est plus prêtre, une fois qu’il est destitué. Nob. p. 86.
a) Pas de privilèges divins attachés à la fonction pontificale.
Luther refuse à la « classe sacerdotale » un quelconque privilège divin. Aussi s’attaque-t-il à la prétention pontificale de ne jamais errer, prétention qui se veut soutenue par l’Ecriture.
Le Pape n’a-t-il pas maintes fois été dans l’erreur ? Qui voudrait aider la Chrétienté quand le Pape se trompe, si on ne pouvait accorder à un autre plus de crédit qu’au Pape, alors que cet autre aurait pour lui l’Ecriture ? Nob. p. 90.
Nous pouvons lire ici l’abîme qui sépare Luther de la conception grégorienne, telle qu’elle s’exprime dans l’article 22 des Dictatus Papae : « L’Eglise romaine n’a jamais erré, et, comme l’atteste l’Ecriture, elle ne pourra jamais errer ».
Pour Grégoire VII, l’Eglise ne peut être que représentée par le Pape qui est à Rome, et la garantie donnée par le Christ à Pierre s’étend aux successeurs de Pierre, les Papes : les mérites pétriniens valent pour les Papes, comme le dit l’article 23 des susdits Dictatus Papae :
« L’évêque de Rome, s’il a été ordonné canoniquement, devient indubitablement saint par les mérites de saint Pierre, sur la foi de saint Ennodius, évêque de Pavie, d’accord en cela avec de nombreux Pères, comme on peut le voir dans les décrets du bienheureux pape Symmaque ».
Face à cela, Luther répond :
Et lorsqu’ils [les romanistes] prétendent que ce pouvoir [d’interprétation infaillible des Ecritures] fut donné à saint Pierre en même temps que lui furent données les clés, il est tout à fait évident que les clés ne furent pas données au seul saint Pierre, mais à toute la communauté. Nob. p. 90
Autrement dit, la « communauté » est la dépositaire de tout pouvoir, qu’il vienne des hommes ou de Dieu. Les mérites pétriniens lui reviennent, ils ne sont pas l’apanage des papes, qui ne sont pas les héritiers « naturels » de saint Pierre. Le pape, comme d’ailleurs n’importe quel prêtre, ne tire sa légitimité que de la communauté et il ne peut s’appuyer sur aucune autre autorité que celle-ci. Luther écrira ainsi à Léon X :
Garde toi, ô Léon, mon Père, de prêter l’oreille à ces sirènes qui font de toi quelque chose de plus qu’un homme ordinaire ; (..) Ne te laisse pas séduire par ceux qui font de toi le maître du monde, qui n’admettent pas que personne puisse être chrétien sans ton approbation et dont le vain bavardage te prête quelque pouvoir dans le ciel, l’enfer et le purgatoire. (...) Ils errent, ceux qui t’exaltent au dessus du concile et de l’Eglise universelle. Ils errent, ceux qui ne reconnaissent qu’à ta seule charge le droit d’interpréter l’Ecriture. Lettre de Luther à Léon X, pontife romain in Martin Luther - Oeuvres - T. II pp. 272-273.
b) Subordination du pape au pouvoir temporel.
Par conséquent, le pape, homme ordinaire, chrétien parmi tous les autres chrétiens, sans aucun privilège divin lié à sa fonction, peut avoir à répondre de ses actes devant l’autorité temporelle, comme n’importe quel chrétien.
C’est pourquoi il faut laisser le pouvoir temporel chrétien agir librement et sans entraves, et ne pas considérer s’il s’en prend au Pape, aux Evêques, aux prêtres ; que celui qui est coupable pâtisse : ce que le droit canon dit à l’encontre de ceci n’est que pure invention et arrogance romaine, car Saint Paul parle ainsi à tous les Chrétiens : « Toute âme (je pense : aussi celle du Pape) doit être soumise à l’autorité, car celle-ci ne porte pas en vain l’épée, c’est par là qu’elle sert Dieu, pour la punition des méchants et la gloire des bons ». (Rom 13,1 sq). Nob. p. 88
Luther récuse donc le droit ecclésiastique, qui permettait au prêtre d’échapper à la juridiction temporelle. Pour lui, un « ecclésiastique », c’est un chrétien : il n’y a donc pas de régime spécial à instaurer pour le prêtre, seul vaut le régime institué par l’autorité temporelle, qui s’applique également à tout chrétien.
On est à l’opposé des Dictatus Papae [9] qui énonçaient le pape comme le recours judiciaire ultime et inattaquable :
Luther tranche dans le vif la question du rapport de l’appareil ecclésiastique avec l’autorité temporelle, au détriment de la liberté de l’Eglise, entendue comme liberté « de l’appareil ecclésiastique » : ce dernier doit rendre compte au temporel, et il n’est pas question que le glaive spirituel puisse jouer en matière temporelle, laquelle revient au pouvoir temporel sans partage.
... pourquoi faudrait-il que, malgré son propre exemple et celui du monde entier, malgré la pratique et la doctrine de l’Ecriture, [le Pape] s’élevât au-dessus du pouvoir séculier ou de l’Empire, pour la seule raison qu’il couronne ou consacre l’Empereur ? Il suffit qu’il soit supérieur dans les choses divines, c’est-à-dire dans la prédication, l’enseignement, l’administration des sacrements, fonctions dans laquelle chaque Evêque et chaque prêtre est supérieur à qui que ce soit (...). Aussi, faites que l’Empereur allemand soit vraiment et pleinement Empereur et que sa puissance et son glaive ne soient point rabaissés par les allégations absurdes des cagots du Pape selon lesquelles, par une exception unique, ils auraient seuls le droit de gouverner toutes choses, par dessus même le glaive temporel. Nob pp. 150-151.
c) Emancipation de l’empereur par rapport au pape.
A cette fin, Luther détache l’empereur de toute dépendance vis-à-vis du pape dans l’ordre du pouvoir temporel : l’empereur ne reçoit pas sa charge du pape, et il ne lui doit aucune obéissance, contrairement aux dires des articles 8,9 et 12 des Dictatus papae [10]. Luther écrira :
Neuvièmement, il faut que le Pape n’ait sur l’Empereur aucun pouvoir si ce n’est qu’il l’oigne et le couronne à l’autel, comme un Evêque couronne un Roi, et il ne faut plus tolérer la diabolique arrogance qui commande que l’Empereur baise les pieds du Pape ou s’asseye à ses pieds (...) et moins encore qu’il jure foi, hommage et entière soumission au Pape, ainsi que les Papes ont impudemment entrepris de l’exiger comme s’ils en avaient le droit. Nob pp. 113-114.
d) Emancipation des évêques par rapport au pape.
Luther va plus loin en déniant au Siège Pontifical tout pouvoir interne sur l’appareil ecclésiastique local. Ainsi, Luther détache les évêques de l’autorité pontificale, revenant ainsi explicitement sur la Querelle des Investitures :
Troisièmement, il faut que soit publié un édit impérial interdisant qu’on aille désormais chercher à Rome aucun manteau d’Evêque [ le pallium] ni la confirmation d’aucune dignité mais prescrivant au contraire que soit remise en vigueur l’ordonnance du très saint et très illustre Concile de Nicée dans laquelle il est posé en principe qu’un Evêque doit être confirmé dans sa charge par deux Evêques les plus voisins ou par l’Archevêque. Nob. p. 108
(...) Huitièmement, il faut supprimer les graves et horribles serments que les Evêques sont contraints de prêter au Pape au mépris de tout droit (...) Ils mettent aussi en captivité la personne, sa fonction et son emploi, de plus encore l’investiture qui jadis appartenait aux Empereurs allemands, comme elle appartient encore aux Rois en France et dans quelques royaumes.(...) Puisque ainsi cette décision [l’investiture des Evêques par le Pape] purement arbitraire et cet acte de brigandage font obstacle au pouvoir ordinaire des Evêques et portent tort aux malheureuses âmes, l’Empereur ainsi que sa Noblesse ont pour devoir d’empêcher et de châtier semblable tyrannie. Nob. p. 113.
Luther encourage les princes à interdire la fiscalité pontificale sur leur territoire : ni annates, ni bénéfices, ni réservations (cf. Nob. pp. 107 et séq.) ne doivent plus être tolérés par les princes. Luther va jusqu’à recommander de « faire cesser les pèlerinages de Rome » (Nob. p. 117), au motif du mauvais exemple que la ville romaine offre au chrétien. Ne pense-t-il pas aussi aux bénéfices financiers qu’en tire la cour pontificale ?
e) Une visée opposée à celle de la réforme grégorienne.
Finalement, Luther inverse les visées de la réforme grégorienne :
celle-ci n’avait de cesse d’arracher l’institution ecclésiastique à la « société civile », en sortant le prêtre de la condition temporelle et en le séparant d’elle par une « régularisation » de sa vie, au point de vouloir en faire un « religieux » ; la réforme luthérienne, au contraire, accentue la condition « ordinaire » du prêtre, homme ordinaire de la communauté, qu’elle se choisit pour accomplir une tâche, une fonction temporaires. En particulier, Luther considère qu’il est indifférent que le prêtre soit marié ou non.
La politique pontificale visait à bâtir un appareil ecclésiastique universel, centralisé et hiérarchisé, avec à sa tête le pape ; l’Eglise s’avérait alors une institution supra-territoriale, les évêques ne rendant compte qu’au pape. Luther renforce au contraire l’enracinement local de l’Eglise, avec un recrutement local du curé, une investiture locale de l’évêque, et aussi avec le refus de satisfaire au fisc pontifical, romain et étranger. [11]
Ce « nivellement » à l’intérieur du peuple de Dieu rend caduque le conflit entre le sacerdoce et l’empire, puisqu’il n’y plus qu’une autorité à s’exercer sur la société chrétienne, dans l’ordre temporel, et c’est l’autorité temporelle.
Pour Luther, cela implique que la terrible bataille théorique qui a fait rage au Moyen Âge entre partisans du royaume et du sacerdotalium prend brusquement fin. L’idée du pape et de l’empereur comme pouvoirs universels disparaît, et les juridictions indépendantes du sacerdotalium sont remises aux autorités séculières. (Q. Skinner - op. cit. p. 389).
A qui pense Luther quand il parle de l’autorité temporelle ? Est-ce celle de la communauté ? Mais qu’est ce que la communauté ? Est-ce la communauté locale ? La Principauté ? L’Empire ? Se situe-t-on dans le corps mystique du Christ ? ou dans l’ordre temporel, délimité géographiquement, administrativement, culturellement ? Autant d’ambiguïtés que Luther devra lever, les évènements venant le contraindre à préciser sa pensée.
I.2. La condition du salut : la grâce, l’Ecriture, la foi.
Luther critique vivement une conception qui fait dépendre le salut des œuvres que l’homme peut pratiquer [12]. Pour lui, ces œuvres ne produisent pas leur effet, pire elles peuvent amener à l’exact opposé, à la damnation, dans la mesure où l’on en attend la justification.
En effet, si les oeuvres sont accomplies en vue d’acquérir la justice et que, par la faute d’une clause additionnelle qui en pervertit l’enseignement, l’on soit faussement et présomptueusement persuadé, en les faisant, que l’on est justifié par elles, on en impose alors la nécessité et l’on abolit la liberté en même temps que la foi. Ainsi, cette clause additionnelle fait que ce ne sont plus de bonnes oeuvres, mais qu’elles sont vraiment damnables. Car elles ne sont plus libres et elles font ainsi outrage à la grâce de Dieu, à qui seul il appartient de justifier et de sauver par la foi. Les oeuvres ne tendent pas d’elles-mêmes à cela mais c’est notre folie qui leur en prête la présomption impie, ce qui fait qu’elles constituent une entreprise violente contre l’œuvre de la grâce et contre la gloire qui revient à cette oeuvre. Lib. p 293.
Luther, en cela héritier de la tradition nominaliste, accentue la toute puissance divine, comme puissance absolue, c’est-à-dire liée par rien. Attribuer à une œuvre humaine le pouvoir de justifier devant Dieu, c’est vouloir lier Dieu et lui imposer ses vues humaines, c’est attenter à sa dignité. Luther rappelle que Dieu justifie par grâce, autrement dit dans la libéralité de son bon vouloir, et qu’il n’y est tenu par rien, et certainement pas par les mérites que l’homme pourrait acquérir au moyen de bonnes œuvres.
A cet égard, Luther reprend le pessimisme foncier d’Augustin envers la nature humaine : celle-ci, déchue après la faute originelle, ne peut rien produire dans son ordre qui ait une quelconque valeur aux yeux de Dieu, et cela du fait de la volonté humaine, fondamentalement viciée par la « concupiscence charnelle ». Pour Augustin, et ensuite pour la devotio moderna qui a influencé Luther [13], l’homme dépend pour son salut de la grâce divine ; la devotio moderna insistera sur la pure passivité de l’âme humaine, qui doit tout attendre de Dieu et ne rien attendre d’elle-même.
Luther emprunte aussi à la via moderna [14], en ce que, pour lui, la raison laissée à elle-même ne peut rien connaître de ce qui relève de l’ordre divin, au contraire, elle ne peut produire que des superstitions (comme objet) et de l’idolâtrie (comme attitude).
Mais d’elles-mêmes, la nature et la raison humaines sont superstitieuses et promptes à penser que toutes les lois et toutes les oeuvres qu’on propose permettront de parvenir à la justice. (...) Il faut prier, afin que ce soit le Seigneur qui nous entraîne, que ce soit sa Parole qui nous instruise, que nous soyons obéissants à Dieu et que selon sa promesse, il inscrive lui-même sa loi dans nos cœurs, faute de quoi c’en est fait de nous. S’il n’enseigne pas lui-même dans nos cœurs cette sagesse mystérieuse et cachée, notre raison naturelle ne peut que la condamner et la tenir pour hérétique, car elle en est scandalisée et elle n’y aperçoit que de la folie. Lib. pP. 305-306.
La raison humaine ne peut pas entendre le message de la croix, sauf à ce que Dieu lui-même le lui enseigne ; laissée à elle-même, la raison humaine préférera s’attacher aux enseignements « légalistes », enseignements d’hommes qu’elle peut accepter, à l’encontre de la folie que constitue la croix aux yeux des hommes.
Si l’homme peut recevoir la Parole de Dieu, qui est le message de la croix, c’est seulement à la condition que ce soit Dieu qui l’enseigne, et que l’homme reçoive cette parole dans la foi. Seule la grâce de Dieu justifie, et elle se donne dans la foi, entendue comme attitude d’attachement au Christ ressuscité (fides qua) et comme adhésion à l’Ecriture (fides quae), et en particulier au Nouveau Testament, qui annonce la Bonne Nouvelle du Christ ressuscité.
Tu demanderas peut-être quelle est cette parole ... ? Je réponds en te renvoyant à l’explication de Paul, en Romains I : c’est, dit-il, l’Evangile de Dieu qui annonce son Fils né dans la chair, qui a souffert, qui est ressuscité et qui a été glorifié par l’Esprit sanctifiant. (...) Car, à l’exclusion des œuvres, c ‘est la foi seule qui peut accueillir et honorer la Parole de Dieu. Il est donc évident que l’âme n’a besoin que de la seule Parole pour accéder à la vie et à la justice, et qu’ainsi elle est justifiée par la foi seule et non par des œuvres. Lib p. 278.
Sola gratia, sola scriptura, sola fide : seulement par la grâce, seulement par l’Ecriture, seulement par la foi, voilà les trois conditions du salut selon Luther.
Voici alors la seconde partie de l’Ecriture [c.à.d. le Nouveau Testament]. Ce sont les promesses de Dieu, qui annoncent la gloire de Dieu et qui te disent : « Si tu veux accomplir la loi [c.à.d. l’Ancien Testament]et ne pas convoiter, comme elle l’exige, eh bien, toi, crois en Christ en qui te sont promis la grâce, la justice, la paix, la liberté et toutes choses. Si tu crois, elles seront à toi ; si tu ne crois pas, tu en seras privé. » Car ce que toutes les œuvres de la loi, si nombreuses et pourtant inutiles, ne te permettent pas de faire, tu l’accompliras facilement en prenant le raccourci qu’est le chemin de la foi. Car Dieu le Père a tout mis dans la foi pour qui quiconque a la foi possède toutes choses et que celui qui ne l’a pas ne possède rien. Lib p. 280.
Luther attribue trois grâces à la foi en Christ :
Voilà bien la vie authentiquement chrétienne : ici, la foi est vraiment agissante par amour ; ici, dans la joie et dans l’amour, la foi se manifeste par les œuvres qui sont celles du service le plus libre qui soit, qui se déploie en faveur des autres, gratuitement et spontanément, car la vie chrétienne est elle-même déjà rassasiée de la plénitude et de la richesse de la foi. Lib p. 295
Mais voici une troisième grâce incomparable qui appartient à la foi : elle unit l’âme à Christ comme l’épouse est unie à l’époux. Par ce mystère, dit l’apôtre, Christ et l’âme deviennent une seule chair[(Ep 5,30 seq..]Une seule chair : s’il en est ainsi et s’il s’agit entre eux d’un vrai mariage, et plus encore, d’un mariage consommé infiniment plus parfait que tous les autres - les mariages entre humains ne sont que de pâles images de cet exemple unique - il s’ensuit que tout ce qui leur appartient constitue désormais une possession commune, tant les biens que les maux. (...) Christ est plénitude de grâce, de vie et de salut : l’âme ne possède que ses péchés, la mort et la condamnation [15]. Qu’intervienne la foi et voici, Christ prend à lui les péchés, la mort et l’enfer ; à l’âme, en revanche, la grâce, la vie et le salut. Lib p. 282.
La première grâce a une portée politique importante pour Luther : la liberté chrétienne rend intolérables les « oeuvres » imposées par l’Eglise romaine au nom de sa prétendue suprématie. Le chrétien est - pour paraphraser Augustin - celui qui croit et qui fait ce qu’il veut.
I.3. La vraie liberté chrétienne.
S’agit-il pour autant de faire tout ce que l’on veut ? De manière prémonitoire, Luther prévient une attitude que l’on trouvera chez les anabaptistes de Münster :
Ils sont très nombreux ceux qui, entendant prêcher cette liberté attachée à la foi, s’en feront bientôt une occasion de licence charnelle. Ils penseront que tout leur est aussitôt permis, ne retenant que l’apparence de la liberté et de la condition chrétienne, en se contentant de mépriser et de blâmer les cérémonies, les traditions, les lois faites par des hommes, etc.. Lib p. 301.
Luther rappelle que l’homme est encore en chemin sur cette terre (homo viator), et qu’il n’est pas entré encore dans l’héritage promis ; l’homme extérieur, qui se sert du corps pour se rebeller contre l’esprit, existe toujours ; il convient donc que le chrétien veille à maîtriser son corps, et il n’est pas question de se laisser aller à la « licence charnelle » [16]. Le chrétien va donc accomplir des œuvres pour maîtriser les élans de concupiscence de son corps, mais en veillant à ne pas leur attribuer une quelconque valeur salvifique en elles-mêmes. Si ces œuvres ascétiques servent, c’est pour une autre œuvre, qui est le service du prochain.
Car l’homme ne vit pas pour lui seul, enfermé dans son corps mortel et bornant là son activité : il vit pour tous les hommes sur la terre. Bien plus, il ne vit que pour les autres, loin de vivre pour soi. S’il soumet son corps, c’est pour être en mesure de servir les autres plus entièrement et plus librement. [cf. Rom 14,7 séq., cité par Luther] Lib p. 294.
Tel est le caractère paradoxal de la liberté chrétienne chez Luther. Libre au for interne, le chrétien tire parti de cette liberté intérieure, spirituelle, pour « extérieurement » s’assujettir au service des hommes, dans les « œuvres » mettant en jeu le corps du croyant - mais pour Luther, toute œuvre est nécessairement corporelle, « extérieure ».
Le chrétien est l’homme le plus libre ; maître de toutes choses, il n’est assujetti à personne. L’homme chrétien est en toutes choses le plus serviable des serviteurs ; il est assujetti à tous. Lib p. 275.
Comme nous l’allons voir, cette position d’équilibriste va poser problème.
[1] Certains jugements de l’auteur nous semblent verser dans l’outrance : cf. pp. 222 ; 233.
[2] cf. Q. Skinner - op. cit. - p. 379.
[3] in Delumeau - op. cit. - p. 100.
[4] Luther rappelle cette mésaventure en Nob. p. 137.
[5] Voir, entre autres, l’appel à la réforme de l’évêque de Mende, Guillaume Durand, en 1314 (cf. Paul Christophe - L’Eglise dans l’histoire des hommes - Des origines au quinzième siècle - Droguet Ardent - 1984 p. 462).
[6] classiquement appelée « augustinisme politique », cette doctrine distingue entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel, mais en subordonnant le temporel au spirituel : évêques et rois servent un seul ordre, l’ordre chrétien ; dans ce schéma, l’ordre spirituel - représenté sur terre par l’appareil ecclésiastique - donne au pouvoir temporel son origine, c’est-à-dire sa légitimité, et sa fin - H.X. Arquillière parle d’une absorption du droit naturel de l’Etat dans celui de l’Eglise (cf. « L’Augustinisme politique » VRIN 1972 2° édition p. 143). Le pouvoir temporel, à l’opposé, ne peut revendiquer aucun droit sur l’appareil ecclésiastique : le clergé dispose de sa justice, de sa fiscalité et de son mode de recrutement propres.
[7] nous reprendrons la théorie de la primauté pontificale à travers la Charte des vingt-sept Dictatus papae de Grégoire VII.
[8] Martin Luther - Oeuvres - Tome II p. 76.
[9] Pour mémoire :
[10] 8. Seul [l’évêque de Rome] peut porter des insignes impériaux ; 9. Le pape est le seul dont les princes baisent les pieds ; 12. Il peut déposer des empereurs.
[11] Notons que cela vaut aussi au niveau temporel : « Il est bon , à mon avis, qu’on accorde la préférence au droit et aux coutumes du pays, plutôt qu’aux règles juridiques communes à tout l’Empire et qu’on n’applique ces dernières qu’en cas de nécessité ». Nob. p. 144.
La logique locale s’impose à Luther y compris dans l’ordre civil. Il est évident que cette position va dans le sens des Princes, désireux de préserver et d’accroître leur autonomie par rapport à l’Empereur.
[12] - par « œuvres », Luther entend les diverses observances comme le jeûne, les prières canoniales, les vœux de chasteté, etc..
[13] Cf. Quentin Skinner - op. cit. - p. 404.
[14] Cf. Quentin Skinner - op. cit. - ibid.
[15] Signalons à nouveau chez Luther ce pessimisme très augustinien concernant la nature humaine.
[16] cf. Lib pp. 288-289