Aux fraternités laïques dominicaines - Une proposition d’orientation générale

mardi 3 septembre 2019
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Table des matière


[Notes en vrac très générales, à adapter et compléter]


Introduction

Chers amis,

1§ Votre engagement dans la fraternité laïque dominicaine ressort du chemin de sanctification que vous avez à parcourir et qui a commencé avec le baptême et ses promesses. Ce chemin, c’est à vous de le parcourir comme laïcs, personnellement et collectivement. Les frères religieux vous accompagnent – mais ce n’est pas à eux d’y marcher.

2§ Chemin de sanctification, de divinisation, de filiation divine que vous aurez à découvrir et vous le découvrirez en marchant. Il vous faudra faire confiance à ceux qui vous ont précédé et qui sont en situation de responsabilité par rapport à vous : eux et la tradition qu’ils portent avec vous, une tradition riche, cristallisée dans des traditions qu’il faut respecter car elles traduisent en langage juridique une réelle sagesse qui a été éprouvée. Confiance qu’en suivant vos responsables, vos institutions qui les encadrent et vous encadrent, vous faites la volonté de Dieu pour vous.

Confiance, patience aussi : il vous faudra attendre pour comprendre plus tard ce que vous êtes en train de faire.

3§ Ce chemin de sanctification que vous avez choisi, c’est celui ouvert par saint Dominique. Il y en a d’autres : en prenant le chemin dominicain, vous découvrirez un mode de respiration, un art de vivre qui n’est ni celui des franciscains ni des bénédictins ni des jésuites.
Il pourra vous irriter par certains côtés, mais normalement, vous y serez heureux parce qu’il convient à votre sensibilité, votre tempérament.
Et vous aurez à vous positionner par rapport aux autres formes de la vie dominicaine, sœurs contemplatives, frères, sœurs apostoliques : comme laïcs, avec vos engagements de laïcs qui normalement seront rehaussés par votre engagement dominicain.

Avant d’aborder l’image du tabouret avec ses trois pieds et son assise, rappelons le propos de l’ordre des prêcheurs, propos porté collectivement et personnellement : la prédication ordonnée au salut des âmes.


Pied n°1. L’étude

Ce que nous appelons l’étude est subordonné à ce propos. Notre étude vise à faire du bien à autrui et non simplement à satisfaire une vaine curiosité ou un désir de briller dans les salons : c’est une ascèse qui demande à savoir mettre entre parenthèses ses certitudes personnelles et son idiosyncrasie pour pouvoir entendre des choses nouvelles.

Contemplari et aliis contemplata tradere  : contempler et transmettre aux autres ce qu’on a contemplé des réalités divines, du projet de Dieu pour nous. Contempler suppose une certaine passivité, un certain évidement de soi pour que l’autre puisse se révéler dans l’espace qu’on aura creusé en soi pour l’accueillir.
Dans tout ce que nous lisons et étudions, nous cherchons le salut des âmes dans la prédication par la parole et par l’exemple, et notre prédication inversement est informée par nos lectures et nos recherches en commun. L’étude personnelle puis communautaire vous prépare à prêcher – au sens large du terme et non pas technique -. Et n’oubliez pas : celui qui prêche les réalités divines est le premier prêché : la contemplation nous transforme, de même que l’acte de prêcher.

7§ « Ce n’est pas de savoir beaucoup qui rassasie l’âme mais de goûter et de sentir » [1]. Nous avons intérêt à garder aussi cet avertissement d’Ignace de Loyola quand nous étudions : l’étude peut déboucher sur une quête où on accumule savoir sur savoir, lecture sur lecture, mais où l’on risque de perdre cœur. L’étude est ordonnée à la prédication et au salut des âmes – dont la vôtre.

8§ L’avertissement d’Ignace nous rappelle aussi que le projet de salut de Dieu concerne tout l’homme : « catholique » du grec kath olon, « selon le tout ». Il y a l’intellectuel, il y a aussi l’affectif, et les deux registres doivent être respectés : pas l’un sans l’autre et pas l’autre sans l’un. Et je rappelle si besoin est que ce qui passe dans l’éternité, c’est l’amour, pas le savoir ni la sagesse qui sont provisoires [cf. hymne à l’amour de Paul].


Pied n°2. La communion fraternelle

Et la fraternité ? Un grand mot dans lequel on peut mettre beaucoup de choses. La fraternité fondamentale dont nous parlons ici résulte à mon avis de la reconnaissance que j’ai un Père qui est aux Cieux et qu’il m’a donné un Frère : en recevant ce Frère qui est son Fils, je deviens moi aussi frère de Jésus et fils de ce Père – et frère d’une multitude d’autres frères et sœurs, à savoir les chrétiens vivants et morts, que je reçois avec lui.

10§ Il y a la façon que vous avez de vivre la fraternité comme laïcs, qui n’est pas celle des frères et des sœurs de l’Ordre. Il s’agit de trouver le bon équilibre où chacun porte le souci des autres parce que tout simplement vous êtes ensemble à avancer sur le chemin et que le groupe avance au pas du plus lent.
11§ La diversité est source d’enrichissements comme d’irritations : je pense souvent à des cailloux hérissés d’aspérités qui sont mis ensemble dans un sac. Les heurts entre eux les polissent et les ébarbent. C’est une image pour vous dire que les irritations peuvent vous aider à vous grandir mutuellement.
12§ Une aide pour résister au démon de la division : se dire que le frère qui m’irrite lui aussi porte le propos de l’Ordre, que lui aussi fait ce qu’il peut pour marcher sur le chemin de Dominique, comme moi.

Attention à la mentalité individualiste : on peut imaginer un pèlerin du Rosaire qui dirait : je fais MON pèlerinage, je profite des infrastructures du Rosaire pour le faire mais je n’en ai rien à faire des autres. Eh bien il rate SON pèlerinage parce qu’il n’a pas compris que le pèlerinage se fait ensemble. Nous sommes catholiques, cela veut dire que nous sommes sensibles à la dimension communautaire du salut : Dieu nous sauve personnellement ET communautairement. Le salut nous prend dans tout ce que nous sommes, y compris dans nos relations, nos solidarités, nos appartenances communautaires. Toujours ce kath olon, « selon le tout » : Dieu veut sauver tout l’homme et tous les hommes (sauvés ensemble). Dieu ne se satisfait pas des 99 brebis, il veut les 100.

13§ Il y a quelque chose de joyeux quand on voit un frère qui bouge ne serait-ce que d’un millimètre, un frère qui accepte de céder sur quelque chose parce qu’il est libéré d’un enfermement sur soi, d’un conditionnement, au moins à ce moment-là. C’est beau de voir des frères grandir sous le soleil de Dieu : çà n’est pas forcément spectaculaire, çà se voit dans la durée, dans des petites choses, mais on en est tout content. Et l’on peut espérer que ce l’on constate chez les autres, les autres le constatent chez vous aussi : cela veut dire que vous bougez ensemble.
Et le témoignage qui résulte d’une communauté fraternelle marque les gens. Jésus l’a dit dans Jean : «  c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on vous reconnaîtra comme mes disciples  » (jn 13,35).


Pied n°3. La prière

14§ Concernant la prière, Jésus a dit que nous devions prier sans cesse : alors on apprend à prier jusqu’à ce que çà devienne naturel comme de respirer. Il faut de la technique et puis à un moment donné on s’affranchit de la technique comme le nageur s’affranchit de ses flotteurs quand il sait nager. Alors travaillez bien les offices et le chant.


L’assise. La prédication

15§ Concernant l’apostolat, je vous rappelle aussi qu’il s’agit d’être-avec avant de de faire. Être avec Jésus. Ensuite on l’annonce et puis on revient vers lui pour lui dire ce qu’on a réalisé. Çà rejoint le contemplari et aliis contemplata tradere : intériorité ET extériorité à conjoindre. Ce qui est premier, c’est la fréquentation du Christ, vient ensuite l’envoi en mission, l’apostolat, et cela tout naturellement.

16§ L’apostolat en mode dominicain consiste essentiellement à prêcher. Pour reprendre l’image du tabouret, les trois pieds, étude, prière et fraternité, servent à supporter l’assise de la prédication. Une assise doit être horizontale, aussi faudra-t-il veiller à ce que les trois pieds soient équilibrés entre eux et aucun ne devra être surdimensionné par rapport aux autres : ni la prière (sinon la fraternité devient un groupe de prière) ni la vie fraternelle (sinon la fraternité devient un groupe de soutien psychologique ou un club) ni l’étude (sinon la fraternité devient un groupe de réflexion).

17§ Si aucun des pieds ne doit être surdimensionné, il convient cependant de rappeler le caractère premier de l’étude, faute de quoi nous nous éloignons de l’intuition fondatrice de saint Dominique.

Fraternellement en saint Dominique.
Frère Franck Guyen op


esperer-isshoni.info, juin 2014
© Fr. Franck Guyen op, janvier 2025


[1Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, traduit par François Courel, 3e édition, Desclée de Brouwer, 1963, 261 p : p.14-15


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