Un Dieu aimant qui veut un vrai partenaire en face de lui (Genèse 1-2)

dimanche 23 juin 2024
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Le livre de la Genèse, nous proposent deux récits de création où celle-ci se tient en face de Dieu avec une réelle autonomie nous semble-t-il.


Le premier récit au chapitre 1 de Genèse

Dans le premier récit de Genèse, l’acte créateur divin commence par la création de la lumière qui fait réagir Dieu : «  Dieu vit que la lumière était bonne  ».

Cette réaction, répétée ensuite cinq fois sous la forme litanique : « Dieu vit que cela était bon », ponctue le développement de l’acte créateur dans le temps et l’espace.

Au sixième jour, l’expression devient récapitulative : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait. Voilà, c’était très bon » [1]

Mais comment Dieu peut-il recevoir une information nouvelle qui le fait changer s’il sait tout du passé, du présent et du futur ? Comment peut-il découvrir quelque chose, être surpris par quelque chose ?

Sauf à dire que Dieu veut en face de lui une création agissant selon son ordre propre, étant entendu qu’elle reçoit cet ordre de lui.
Cette autonomie la rend capable de produire des choses nouvelles pour Dieu : il reçoit dans l’ordre du créé l’expression de la bonté créée qu’il a instillée en elle et qui renvoie à la bonté incréée à l’intérieur de Dieu.


Le second récit au chapitre 2 de Genèse

Le second récit de de Genèse contient le verset suivant :

Le SEIGNEUR Dieu modela du sol toute bête des champs et tout oiseau du ciel qu’il amena à l’homme pour voir comment il les désignerait [2]

Le verbe « voir » se retrouve ici avec l’idée que Dieu ne sait pas à l’avance comment l’homme va désigner les animaux, il le découvre lorsque ce dernier les nomme : l’homme crée du neuf, comme Dieu tout en n’étant pas Dieu [3]

Dieu, en créant l’homme, s’est suscité un partenaire co-créateur avec lui, et capable de le surprendre. Dans ce partenariat asymétrique, l’homme est un véritable partenaire de Dieu dans la mesure où il ne se réduit pas à une marionnette actionnée mécaniquement mais qu’il est doté d’une autonomie le rendant capable de répondre de ses actes devant Dieu : l’homme est responsable, au sens propre du terme, devant Dieu.


Conclusion

Dans le second récit, Dieu se suscite en l’homme un partenaire doté d’une réelle autonomie qui le rend capable de décider et d’agir par lui-même. L’homme se tient en face de Dieu comme un partenaire avec lequel ce dernier peut dialoguer véritablement – mais si l’homme est responsable devant Dieu, autrement dit s’il est capable de répondre par lui-même, cela entraînera qu’il sera en mesure aussi de répondre « non » à Dieu.

10§ Dieu, en créant l’homme, introduit ainsi du jeu dans sa création, pour le meilleur comme pour le pire : corruptio optimi pessima, « la corruption du meilleur donne le pire », disaient les Anciens.

10§ Le premier récit élargit la perspective à la création tout entière. Dieu crée par la médiation de sa parole qui fait advenir les choses, autrement dit celles-ci ne sont pas une partie de lui mais elles se tiennent en face de lui avec leur consistance propre et leur autonomie, étant entendu que ces dernières sont voulues par ce Dieu bon qui a fait toute chose par débordement gracieux de son amour, se suscitant en face de lui une altérité devant laquelle il pourra s’extasier : « Que tu es belle ! ».


© fr. Franck Guyen op, janvier 2020


[1C’est la création entière qui est très bonne, et non pas seulement la dernière créature, la créature humaine : comme la clé de voûte parachève la voûte sans pouvoir s’en dissocier, de même l’être humain constitue le point culminant de l’œuvre créatrice mais il ne trouve son sens que dans son intégration au sein de cette dernière.

[2Gen 219 - nous soulignons en italiques

[3Notons que l’acte créateur humain s’exerce dans l’ordre symbolique puisqu’il s’agit de nommer, autrement dit de parler le monde : l’homme est cette créature qui cultive le monde, au sens propre comme figuré.


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