Les Actes des Apôtres - considérations inspirées par les chapitres 1 à 2
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Voir aussi :
| Considérations inspirées par | les chapitres 1 à 2 | les chapitres 3 à 7 | les chapitres 8 à 12 | les chapitres 13 à 20 | les chapitres 21 à 27 |
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Table des matières
- Préambule : découpage et résumé
- 1. Le lien entre l’Ancien et le Nouveau Testament
- 2. Le passage à l’universel
- 3. La rapidité de la diffusion du message chrétien
- 4. Une Personne divine mise en valeur
- 5. La communauté apostolique idéale
- 6. La disparition du fondateur et la question de la légitimité
Préambule
Le découpage du livre des ACTES DES APÔTRES
- De Jérusalem… - chap. 1 à 7
- la naissance de l’Église à la Pentecôte - chap. 1 à 2
- l’Église des judéo- et des hélleno- chrétiens - chap. 3 à 7
- …à Antioche… - chap. 8 à 20
- le passage de témoin de Pierre à Paul pour les pagano-chrétiens - chap. 8 à 12
- les voyages missionnaires de Paul - chap. 13 à 20
- et jusqu’à Rome - chap. 21 à 28
- la Passion de Paul - chap. 21 à 28
Le résumé des chapitres 1 (26 versets) et 2 (47 versets)
| chap. 1 | Jésus monte au ciel en demandant à ses disciples d’attendre la force venue d’en haut ; à l’initiative de Pierre, la communauté reçoit Matthias comme douzième apôtre à la place de Judas l’Iscariote. |
| chap. 2 | l’Esprit se répand sur les disciples à la Pentecôte ; Pierre proclame la Bonne Nouvelle aux pèlerins juifs ; trois mille d’entre eux rejoignent la communauté croyante. |
1. Le lien entre l’Ancien et le Nouveau Testament
1§ D’après les Pères de l’Église, l’Ancien Testament préfigure le Nouveau Testament, ou encore que l’Ancien Testament annonce de manière prophétique les événement du Nouveau Testament.
Augustin, s’appuyant sur les consonnances des mots latins, a écrit que l’Ancien Testament contient de manière latente ce qui est devenu patent dans le Nouveau Testament.
Mais déjà, dès le début comme on le voit dans les Actes des Apôtres à la suite des Évangiles, les premiers chrétiens ont considéré que ce qui était devenu pour eux l’Ancien Testament trouvait sa clé d’interprétation dans le Christ.
2§ Si l’on se met à la place des premiers chrétiens, on peut comprendre qu’ils aient relu ce qu’ils avaient vécu avec le rabbi de Galilée à partir de ce qui était disponible immédiatement pour eux, leur foi juive : la Torah, les Prophètes et les Psaumes dans les Écrits.
3§ Jésus lui-même a vécu sa foi au Père dans, à travers et sous la religion juive : Jésus est circoncis, il reçoit un prénom juif, il participe aux célébrations juives au Temple à Jérusalem et aussi dans la synagogue de son village, et il ne fait pas de différence entre celui qu’il appelle son Père et le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.
4§ C’est à partir de cette foi juive que Jésus va proposer une nouvelle façon de vivre avec Dieu : son message s’exprime dans, à travers et sous les catégories de la foi juive, même si c’est pour les dépasser, les transcender – et ce geste de dépassement entraînera son rejet et sa mise à mort : les autorités juives ont reçu comme un blasphème sa revendication d’être le Fils de Dieu, et même son Fils unique.
2. Le passage à l’universel
5§ Les apôtres et la première communauté chrétienne ont été surpris par un événement imprévu qui constitue le ressort des ACTES DES APÔTRES à mon avis : la Bonne Nouvelle s’adresse non seulement à la nation juive, mais aussi aux nations du monde entier.
6§ Ce passage a demandé aux disciples juifs du Christ de se dépouiller de leurs certitudes religieuses du temps : les apôtres ont dû comprendre ce que signifiait réellement la résurrection et comment elle débordait les cadres de la foi juive. Ce travail a été source de tensions à l’intérieur de la communauté primitive comme on le vérifiera dans la suite de notre lecture des Actes.
7§ L’ Église catholique se veut universelle, comme l’indique l’étymologie du mot : kath « selon », olos « le tout, l’entier » : je suis convaincu que la foi chrétienne rejoint tout l’homme, - l’homme entier dans sa dimension affective, pulsionnelle, obscure, comme dans sa dimension intellective, lumineuse – mais aussi tous les hommes façonnés par leur culture, anglo-saxonne, latine, africaine, asiatique.
8§ Je crois en la capacité universelle du Christ à reprendre toutes les cultures, en passant par une nécessaire purification qui peut provoquer des réactions violentes de rejet : le message chrétien remet en cause les tendances mortifères de repli sur soi, d’identité meurtrière, de mondanité fermée à Dieu, tout en reprenant et exhaussant ce que les cultures ont de plus noble.
3. La rapidité de la diffusion du message chrétien
9§ Cette rapidité peut s’expliquer par le maillage de routes de l’Empire Romain sur le bassin méditerranéen sécurisé par la Pax Romana.
Paul bénéficiera aussi du réseau des synagogues de la diaspora juive (entre 2 et trois millions au premier siècle semble-t-il) sur tout le bassin méditerranéen. Au début, Paul ira de synagogue en synagogue jusqu’à ce que le réseau se ferme petit à petit, les autorités juives en venant à considérer que cette « secte nazaréenne » n’est pas orthodoxe.
10§ [Il faudrait aussi étudier en quoi la civilisation romaine était prête spirituellement et intellectuellement à accueillir le message provenant de ses marges orientales. Nous ne le ferons pas ici]
11§ Nous pouvons aussi être frappés par la ferveur de la première communauté, de son ardeur à vivre l’Évangile et à le proclamer par la parole et par l’exemple - verbo et exemplo -, et aussi par les baptêmes de foule relatés par les ACTES DES APÔTRES.
Notre époque semble plus tiède en comparaison, du moins en Occident, et cela sans doute pour de multiples raisons :
- les difficultés ne sont plus les mêmes, les oppositions ne sont plus aussi frontales qu’à l’époque de Paul qui a subi la bastonnade et le fouet à plusieurs reprises, et
- nous héritons de deux mille ans de constructions intellectuelles et matérielles, de malentendus et de compromis avec les sociétés du temps, richesses qui peuvent devenir des fardeaux.
12§ Nos ancêtres des premiers temps ne portaient pas sur leurs épaules cette épaisseur historique, et sans doute les chrétiens occidentaux ont-ils à retrouver cette source vive des temps originels, qui est toujours là puisque le Christ ressuscité est toujours avec nous comme il l’a promis, et son Esprit saint continue de nous inspirer les œuvres du Père.
13§ Pour mémoire, au treizième siècle, les étudiants venaient frapper en masse à la porte de l’Ordre des prêcheurs parce que les frères dominicains avaient en quelque sorte redécouvert la force du message évangélique.
Actuellement, la province dominicaine de France accueille bon an mal an en moyenne trois novices chaque année : à nous de retrouver comme nos ancêtres le feu que le message évangélique n’a jamais cessé d’être, et comme eux, laissons-nous laisser brûler par la Parole de Dieu.
4. Une Personne divine mise en valeur dans les Actes
14§ Dans les Actes des Apôtres, l’Esprit saint accompagnait les apôtres et ratifiait leur propos. Deux mille ans plus tard, la spiritualité pentecôtiste, qui dépasse les frontières de la confession protestante éponyme, invite à redécouvrir la source qui permet de bien parler de Dieu, l’Esprit saint dispensateur de dons, de « charismes » en grec.
Retrouvons ces charismes qui nous sont donnés gratuitement, refaisons l’expérience de l’effusion de l’Esprit à la Pentecôte, nous dit le pentecôtisme.
15§ Sauf erreur de ma part, les pentecôtistes de confession protestante considèrent que l’effusion de l’Esprit doit précéder le baptême d’eau, ce pourquoi ils ne reconnaissent pas le baptême des enfants ni le baptême des autres confessions.
La confession catholique ne procède pas ainsi, mais je crois que nous gagnerons à entendre leur insistance sur l’effusion de l’Esprit comme étape inévitable dans la vie d’un disciple du Christ, en sachant que l’Église catholique, suivant ainsi l’exemple de Paul dans ses lettres aux Corinthiens, demande que ces expériences dans l’Esprit acceptent un regard ecclésial sur elles.
16§ L’Église catholique a ainsi intégré au seizième siècle un certain Ignace de Loyola qui proposait une méthode de discernement des motions de l’Esprit.
5. La communauté apostolique idéale
17§ Le propos des frères dominicains à la suite de leur fondateur, Dominique Guzman, est d’imiter les apôtres, à la différence des frères franciscains qui entendent imiter Jésus.
Les frères dominicains trouvaient l’inspiration dans la description de la vie communautaire des origines, caractérisée par la prière fervente, l’unanimité de cœur et la mise en commun des biens – ce tableau idyllique devant être nuancé comme le montrera la suite des Actes.
Dominique voudra réaliser ce programme idéal en proposant aux frères une vie où les biens sont mis en commun et où le vœu religieux d’obéissance unit la communauté dans son action apostolique.
6. La disparition du fondateur et la question de la légitimité
18§ Tout nouveau mouvement religieux rencontre une crise au moment de la disparition du fondateur.
Tant que le fondateur est présent, il indique comment organiser la communauté, il désigne ses lieutenants, il dit le droit pour sa communauté, ce qu’il est juste de faire, de dire, de penser par rapport à l’intuition de départ.
19§ À sa disparition, le mouvement doit disposer d’autorités légitimes habilitées à interpréter le message du fondateur et à présenter de nouvelles solutions face à des circonstances nouvelles.
20§ Le christianisme n’a pas échappé à cette loi sociologique : les ACTES DES APÔTRES nous montrent comment l’Église a surmonté l’absence du Jésus historique : ainsi Jésus n ’a pas désigné de son vivant Matthias comme apôtre, il n’a pas demandé de pourvoir au poste occupé par Judas l’Iscariote.
21§ Pierre a pu prendre légitimement cette décision dans la mesure où Jésus de son vivant l’avait officiellement intronisé comme la pierre sur laquelle il bâtirait son Église.
Le résultat de l’élection a été d’autant plus difficile à récuser, qu’outre la légitimité de Pierre, la communauté a vu dans le un tirage au sort final pour départager les deux noms possibles la main de Dieu.
22§ Le problème s’est posé de manière plus pressante pour Paul. Paul revendique le statut d’apôtre alors qu’à la différence de Matthias, il n’a sans doute pas fait partie des disciples du Jésus historique, et peut-être même ne l’a-t-il jamais rencontré de son vivant. Quelle est alors sa légitimité comme apôtre ? Nous verrons cela plus bas dans les Actes.
23§ En tout cas, j’en tire la conclusion que l’Église peut prendre des décisions nouvelles au nom de Jésus.
L’Esprit saint garantit la légitimité de l’Église à parler et décider au nom de Jésus comme on le voit dans le début de la lettre envoyée aux chrétiens d’Antioche lors de ce qu’on appelle « le premier concile de Jérusalem » : « Nous et l’Esprit saint avons décidé que… ». Autrement dit, l’Église de Jérusalem revendique d’écrire au nom de Jésus qui est toujours vivant et actif dans l’histoire des hommes par l’Esprit Saint qu’il a envoyé sur son Église lors de la Pentecôte.
24§ Puisque nous abordons la question de la légitimité, parlons aussi des normes régulant l’activité de l’Église.
- La norme fondamentale, la norma normans, la « norme normative », est l’Écriture sainte avec en son centre les quatre Évangiles relatant la geste du fondateur.
- Dans l’ecclésiologie catholique, les décisions prises par l’Église, qui ensemble constituent la Tradition, servent elles aussi de normes régulatrices, mais subordonnées à la norme normative de l’Écriture : la Tradition est une norma normata, une « norme normée » de niveau d’autorité moindre que l’Écriture certes, mais une norme tout de même, instituée par le corps « humano-divin » de l’Église assistée par l’Esprit saint.
- Le troisième niveau d’autorité dans l’Église catholique est celui du Magistère, à savoir le Pape et les organes de la Curie romaine.
© fr. Franck Guyen op, mai 2020
