À propos de la césure entre le Christ et les autorités religieuses juives de son temps
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Libres propos inspirés par le livre riche mais exigeant de Christian Duquoc (décédé en 2008) intitulé « L’unique Christ – La symphonie différée » publié aux éditions du Cerf en 2002
1. La césure
1§ Duquoc cherche à rendre compte de la césure entre le christianisme et le judaïsme à partir de la rupture entre Jésus et les pharisiens.
2§ Si nous avons bien lu Duquoc, les opposants religieux juifs de Jésus se situaient sur le registre de l’identité communautaire, menacée par le monde païen hostile au monothéisme juif. Ils inscrivaient cette identité juive à l’intérieur du cadre des prescriptions de la Torah et de l’appareil rituel du Temple à Jérusalem.
3§ Jésus travaillait, lui, au niveau de la personne considérée en elle-même et pour elle-même, antérieurement à toute appartenance de genre, de classe sociale, de religion d’ethnie, en tant qu’elle fait l’objet de la proposition de salut inconditionnelle de Dieu .
4§ Cette différence de registre est sans doute à l’origine de la rupture entre Jésus et ses opposants.
2. La radicalité du propos de Jésus
5§ Les évangiles nous rapportent comment Jésus refuse de se laisser entraîner dans des logiques collectives de pouvoir ou d’avoir, préférant ramener ses interlocuteurs à l’exigence plus fondamentale de la conversion du cœur.
6§ Ainsi, quand un homme lui demande d’établir son droit à sa part d’héritage captée par son frère. Jésus lui répond qu’il n’est pas venu pour interpréter la jurisprudence juive mais, dirions-nous, pour rétablir dans le cœur humain la priorité de la fraternité sur les questions de droit et d’avoir.
7§ Ailleurs, des experts de la Loi lui soumettent un cas de jurisprudence : « un homme est-il autorisé par la Torah à se séparer de sa femme ? ».
Jésus y répond en dépassant le cadre de la Loi : remontant plus haut que l’évènement du don de la loi au Sinaî, il transporte ses interlocuteurs jusqu’au moment premier de la création du couple : alors il n’était pas question pour Adam de se séparer de celle qui provoquait son émerveillement.
8§ Jésus invite les scribes et les pharisiens à revenir à cet état fondamental par la conversion du cœur, et il en fraie le chemin : c’est dans la foi en la puissance de la résurrection du Crucifié que l’homme retrouvera la pureté et la simplicité des origines.
3. La puissance de la Croix
9§ L’événement de la croix interdit au chrétien de réduire le monde à ses jeux de pouvoirs et d’avoirs : dans la vision chrétienne, ce monde, en apparence clos sur lui-même, se détache en fait sur l’horizon ouvert d’un Dieu qui se tient à son origine et à son terme.
10§ Cette vision, Jésus l’avait, lui qui était habité par la confiance totale en son Père. Le croyant chrétien à sa suite entre dans cette vision grâce à l’Esprit du Ressuscité qui lui fait voir plus loin, qui lui fait voir le monde comme Dieu le voit.
11§ Alors , le disciple du Christ voit dans la personne condamnée, méprisée, exclue, plus que ses conditionnements biologiques, sociologiques, économiques, il voit la personne de bien qu’elle peut devenir avec la grâce du Christ.
4. Un peu d’histoire
12§ Si nous comprenions bien Duquoc, les autorités de l’Église ont repris au cours de l’histoire la posture des autorités juives du temps de Jésus en se situant elles aussi sur le plan communautaire, identitaire, juridique au lieu de mettre au centre la personne humaine.
13§ Ces autorités ecclésiastiques tenaient en substance le propos suivant : nous sommes le Royaume de Dieu, Dieu nous a confié à nous seuls la Loi divine complète et définitive, et c’est nous qui allons instaurer cette Loi sur la terre, en éliminant les dissidences.
Historiquement, cela a pu aboutir au sein de la construction politico-religieuse moyenâgeuse de la « Chrétienté » à brutaliser les minorités religieuses.
14§ Les autorités religieuses chrétiennes de l’époque avaient sans doute oublié la leçon de leur Maître : Dieu n’accepte pas de passer la brebis égarée par pertes et profit et un troupeau de 99 brebis bien protégées dans leur enclos ne lui suffit pas s’il en manque ne serait-ce qu’une.
15§ Avant de prononcer des sentences de condamnation, ces autorités auraient dû se rappeler que le Père a envoyé son Fils chercher la brebis égarée sans se demander si elle avait mérité son sort en enfreignant les consignes. Et elles auraient aussi dû se rappeler que, pour obéir à son Père, dans sa quête de la brebis perdue, le Fils s’est déchiré les chairs sur une colline de ronces lors d’une nuit de ténèbres.
© fr. Franck Guyen op, juin 2021
