La relation contrastée entre foi et doute

samedi 30 octobre 2021
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Cet article fait suite à un échange Cheese & wine dans l’aumônerie d’une école de commerce


1. La spirale vertueuse du doute à la foi

Pour le croyant, le doute est ambivalent.
D’un côté, il faut surmonter le doute sinon il paralyse la foi et empêche l’action au service du Royaume, il fait sombrer dans la mer, symbole de la mort [1].
D’un autre côté, il fait partie du chemin de sanctification du disciple du Christ : lorsque le doute se dissipe, la foi en ressort renforcée [2]

Rappel
La théologie distingue deux modalités de la foi :

  • la foi comme contenu, ce que je crois, fides quae en latin : le credo de l’Eglise que nous proclamons à chaque eucharistie dominicaine. Dans le credo littéralement « je crois », le peuple de Dieu confesse dans un « je » à la fois personnel et communautaire son expérience du Dieu trinitaire, Père, Fils et Esprit saint, qui s’est révélé totalement dans l’événement du Christ, Incarnation, Passion et Résurrection.
  • la foi comme attitude, moi qui donne ma confiance à Celui qui, le premier, est venu vers moi, fides qua en latin

Gardons cette distinction en mémoire, sachant que la foi conjoint les deux dimensions.

Rappelons aussi que, dans la théologie chrétienne, la foi est une vertu théologale, autrement dit elle est une grâce venant de Dieu. Notre part est de la garder, de la protéger, de la faire fructifier – mais il ne nous appartient pas de la créer. [3]

Je décrirais l’alternance entre doute et foi en quatre étapes :

  • la foi fait avancer sur le chemin vers le Royaume, vers la sanctification, vers la communion plénière avec le Dieu trine
  • l’épreuve survient, faisant douter de la puissance de Dieu, de la vérité de sa promesse – ou de la capacité du disciple à répondre à l’appel de Dieu
  • le disciple maintient sa foi alors qu’il est « dans le noir » selon l’expression populaire, alors qu’il est travaillé par le doute et qu’il n’éprouve aucune « consolation »
  • et à un moment donné, une phrase d’Evangile, une rencontre, une parole entendue provoque un déclic : le doute s’évapore tel un brouillard dissipé par le soleil, et le disciple repart, plus fort dans sa foi.

Le processus, bien vécu, ressemble à une spirale vertueuse, où chaque épreuve de la foi surmontée permet de s’en remettre toujours plus à Dieu, de lui faire toujours plus confiance pour réaliser la vie bonne, la vie heureuse, celle avec Lui.


2. L’épreuve de la foi d’une (très) grande sainte

Le doute vient de notre manque de foi, de notre difficulté à croire qu’à Dieu tout est possible ; le doute peut aussi provenir d’une personne qui a vécu dans un milieu où elle a été protégée et qui n’a pas fait l’épreuve de la dureté de la vie : la foi lui semble quelque chose d’évident. L’épreuve teste le métal dont elle est faite sa foi, elle la purifie de ses illusions et elle lui donne une plus grande compréhension de la réalité travaillée par la grâce certes, mais aussi par le péché.

10§ Je pense à la grande sainte Thérèse de Lisieux (1872-1888). Elle s’émerveillait de sa vie de carmélite, où abondaient les jubilations, où elle se sentait aimée de Dieu en permanence. Une nuit, elle était tellement dans l’émerveillement de son intimité avec Dieu qu’elle s’est demandée comment il était possible de ne pas croire en lui.

11§ Le lendemain, elle s’est retrouvée plongée dans la nuit de la foi, sans plus aucun sentiment de chaleur quand elle pensait à Dieu, quand elle le priait : il ne lui répondait plus, l’évidence de sa Présence s’était envolée et elle ne sentait plus rien. Et, pendant des mois, elle a été tourmentée par le doute, en se demandant si la science n’allait pas démontrer l’inanité de la foi chrétienne - n’oublions pas qu’à son époque, les progrès de la science faisaient croire qu’elle allait tout expliquer et tout résoudre.

12§ Malgré cela, Thérèse a maintenu sa foi jusqu’au bout, elle a continué sur le chemin, elle a traversé la nuit et elle est devenue la grande sainte vénérée par le monde entier.

13§ Mes amis, cela veut dire qu’il faut tirer partie le plus possible des moments de foi, de lumière, pour avancer aussi vite que possible sur le chemin qui mène au Royaume. Il faut aussi garder ces moments précieusement en mémoire. Ainsi, quand le doute survient, même s’il obscurcit tout, on pourra continuer de croire, on maintiendra le cap, en attendant la prochaine éclaircie dans le ciel où l’on pourra refaire le point et vérifier qu’on se dirige bien vers le bon port de la vie éternelle.

14§ Et l’expérience de sainte Thérèse confirme aussi que la foi (comme attitude) est une réalité vivante dont on n’est pas le propriétaire, seulement le gérant et le gardien : la foi est bien une grâce, un don de Dieu, une « vertu théologale » dans le vocabulaire scolastique.


3.L’option de foi fondamentale : croire que Dieu est bon et qu’il ne ment pas

15§ Adam et Ève ont laissé s’insinuer en eux le doute instillé par le serpent : ils ont douté de la bonté de Dieu, de la vérité de sa parole :

16§ Le serpent diffamait Dieu : « non, Dieu ment quand il dit que vous mourrez si vous mangez du fruit interdit » ; « non, Dieu n’est pas bon, il ne veut pas que vous deveniez comme des dieux car il est jaloux de sa divinité ». Et le premier couple n’a rien trouvé à redire.

17§ À l’autre bout de l’histoire, Marie n’a pas douté de la parole de Dieu. L’ange Gabriel lui avait dit que son fils serait roi pour toujours à l’Annonciation, et à la Passion elle voit ce fils bafoué, abandonné de tous, mourant d’une mort honteuse réservée aux esclaves. Elle avait des raisons de douter, et pourtant elle est restée debout, elle a maintenu sa foi en la promesse divine, alors qu’à vue humaine tout était perdu. Elle ne savait pas comment, mais elle a continué de croire en la promesse. Oui, heureuse celle qui a cru.

18§ Son fils Jésus non plus n’a pas douté : il a continué de croire en son Père, et quand il a crié : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », il se glissait dans la peau du psalmiste entouré de bêtes féroces qui appelle au secours son Dieu – et qui fait l’expérience d’être sauvé dans la suite du psaume 22.

19§ Dans l’évangile de Jean, Jésus savait que la foi des disciples était fragile, quoi qu’ils en disent, et surtout Simon – Pierre si fanfaron, il savait qu’ils l’abandonneraient à la Passion mais il savait aussi que son Père, lui, ne l’abandonnerait pas :

[Les disciples :] « ..nous croyons que tu es sorti de Dieu. »
Jésus leur répondit : « Croyez-vous, à présent ? Voici que l’heure vient, et maintenant elle est là, où vous serez dispersés, chacun allant de son côté, et vous me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul, le Père est avec moi. Je vous ai dit cela pour qu’en moi vous ayez la paix. En ce monde vous êtes dans la détresse, mais prenez courage, j’ai vaincu le monde ! »
Jean 16,30b-33


Conclusion : le oui attendu par toute la création

20§ Humainement, nous sommes amenés à répondre à une question fondamentale : « Croyez vous que le bon l’emporte sur le mal, la vie sur la mort, l’amour sur la haine ? »
La réponse est binaire : oui ou non, et rien entre les deux – un peu comme la question : « est-ce que tu m’aimes ? ».

21§ Répondre non, c’est prendre la voie facile, avec une vie en pente douce un peu grise. Répondre oui, c’est prendre une voie plus difficile, plus riche aussi en couleurs, en rebondissements.

22§ Comme chrétiens, comme croyants de la Bible, nous croyons que le mal est second par rapport au bien, il vient après – et nous croyons que le bien aura le dernier mot à la fin de l’histoire, parce que Dieu est bon, et qu’il a voulu sa création bonne. Et aucune créature ne pourra empêcher la réalisation de son projet.

Mes amis, il est bon de se rappeler une chose : le mal a besoin du bien pour exister. Pas le bien.

23§ Alors nous chrétiens, nous répondons oui à la question fondamentale posée à tout être humain – un oui qui repose sur une réalité qui n’est pas de ce monde. Et sans doute c’est ce oui que l’humanité veut entendre – l’humanité et avec elle toute la création.


© fr. Franck Guyen op, octobre 2021


[1Voir Simon-Pierre qui doute et s’enfonce dans l’eau dans l’évangile de Matthieu

Vers la fin de la nuit, il vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent affolés : « C’est un fantôme », disaient-ils, et, de peur, ils poussèrent des cris. Mais aussitôt, Jésus leur parla : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! »
S’adressant à lui, Pierre lui dit : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » - « Viens », dit-il. Et Pierre, descendu de la barque, marcha sur les eaux et alla vers Jésus.
Mais, en voyant le vent, il eut peur et, commençant à couler, il s’écria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt, Jésus, tendant la main, le saisit en lui disant : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »
Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui et lui dirent : « Vraiment, tu es Fils de Dieu ! »
Matthieu 14,25-33

[2Voir l’apôtre Thomas dans l’évangile de Jean et sa magnifique confession de foi

Cependant Thomas, l’un des Douze, celui qu’on appelle Didyme, n’était pas avec eux lorsque Jésus vint. Les autres disciples lui dirent donc : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur répondit : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je n’enfonce pas mon doigt à la place des clous et si je n’enfonce pas ma main dans son côté, je ne croirai pas ! » Or huit jours plus tard, les disciples étaient à nouveau réunis dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vint, toutes portes verrouillées, il se tint au milieu d’eux et leur dit : « La paix soit avec vous. » Ensuite il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici et regarde mes mains ; avance ta main et enfonce-la dans mon côté, cesse d’être incrédule et deviens un homme de foi. » Thomas lui répondit : « Mon Seigneur et mon Dieu. » Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu as cru ; bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru. » Jésus a opéré sous les yeux de ses disciples bien d’autres signes qui ne sont pas rapportés dans ce livre. Ceux-ci l’ont été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom.
Jean 20,24-31

[3dans ce sens :

C’est pourquoi je vous le déclare : personne, parlant sous l’inspiration de l’Esprit de Dieu, ne dit : « Maudit soit Jésus », et nul ne peut dire : « Jésus est Seigneur », si ce n’est par l’Esprit Saint.
1 Cor 12,3


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