Jalons pour Quarante jours au désert

mercredi 5 mars 2025
popularité : 32%

Vous appréciez la présence de notre site sur le Web : vous pouvez faire un don à la communauté dans laquelle je vis (cliquer ici pour voir comment procéder)


Considérations générales

1. Pendant le Carême, les chrétiens essaient de suivre plus fidèlement le Christ, de coller au plus près de sa marche vers sa Passion, afin d’avoir part eux aussi à la puissance de sa résurrection. Ils pratiquent pendant les quarante jours une ascèse, du grec « exercice » :

  • 2.l’athlète du stade « exerce » son corps pour le rendre fort, endurant, efficace, afin que lors de l’épreuve sportive, il l’emporte sur ses adversaires (visée négative) et il monte sur la première place du podium et obtienne ainsi gloire et louanges (visée positive) ; il va devoir se priver de gâteaux et privilégier les sucres lents, il va devoir secouer sa fatigue pour se lever le matin et aller courir avant le petit-déjeuner en n’écoutant son corps qui voudrait bien se reposer, etc…
  • 3.le chrétien est lui aussi une sorte d’athlète : il veut monter au ciel, il veut entendre les acclamations de ses proches déjà arrivés avant lui, il veut voir les anges voler en farandole autour de lui avec admiration car, à la différence des anges, il a dû combattre en étant encombré par son corps - il veut voir Dieu lui sourire, il veut l’entendre lui dire : « tu t’es bien battu, entre dans la joie de ton maître » - il veut voir son être corruptible, fait de sang, d’os, de chair, de fluides divers, transformé en un corps resplendissant de lumière, un corps étanche à la maladie et à la mort, un corps subtil. Alors l’athlète spirituel s’exerce à subordonner ses désirs afin qu’ils servent son projet de mettre l’amour en premier : l’amour de Dieu et l’amour du prochain comme soi-même.

4. Le Carême est l’occasion de travailler non pas sur notre corps comme le sportif, mais sur notre psyche, sur notre âme, avec sa tripartition classique : l’intelligence (la tête), le volonté (le cœur), l’affectivité (les tripes).

5. Pourquoi devons-nous faire des efforts, pourquoi s’imposer cette ascèse ? parce que notre volonté est faussée, notre entendement voilé, notre affectivité déréglée : la Bible en rend compte par le récit étiologique de la faute originelle, c’est une façon de donner une explication au fait que notre être dans toutes ses dimensions, psychiques comme somatiques, n’est plus capable d’obéir totalement et spontanément à Dieu, - obéir, c’est-à-dire écouter ce que Dieu veut et l’exécuter.

6. Nous avons besoin d’un modèle à imiter, il nous faut quelqu’un à suivre qui obéit sans réserve à Dieu, même quand cela lui demande de renoncer aux plaisirs légitimes de la table, du lit, du commerce amical avec le prochain – même quand cela demande de mourir nu sur une croix, moqué par la foule, abandonné par ses amis, incompris de tous, blessé dans son âme comme dans son corps par la violence des hommes.

7. Ce modèle à suivre, à imiter, c’est le Fils bien aimé du Père qui s’est fait homme pour nous, c’est Jésus de Nazareth qui prie son Père : « Père, que la coupe [du martyr] s’éloigne de moi ; cependant, non pas ma volonté, mais ta volonté. »

8. Nous avons à nous entraîner avant la grande épreuve, à la suite de notre Maître qui s’est exercé quarante jours au désert avant de se lancer dans une carrière publique qui l’a mené à la mort. Épreuve de la faim, épreuve du pouvoir, épreuve du doute : qu’est-ce qui est premier pour toi ? L’amour de toi-même jusqu’à oublier Dieu, ou l’amour de Dieu jusqu’à t’oublier toi-même ?

9. C’est l’ascèse qui permettra de vérifier, de consolider notre orientation fondamentale : aimer Dieu et le servir de toutes nos forces, de toute notre âme, de toute notre intelligence. Le Carême est ce temps donné à tous les chrétiens pour s’entraîner et être prêt le moment venu.


2. Considérations pratiques

10. Nous rencontrons une tentation : un bien est là, qui s’offre à nous, mais s’en saisir serait violer une promesse de jeûne, d’abstinence sexuelle, de silence.
Je recommande de la reconnaître comme une tentation, de ne pas entretenir les suggestions de plaisir qui montent dans notre imagination, mais au contraire d’occuper celle-ci à se représenter le Christ marchant devant soi, peinant sous le poids du jour, sous le poids de l’incompréhension et de la haine, sous le poids de la croix, et s’imaginer marchant à ses côtés, en cherchant à l’aider.

11. Avons-nous résisté victorieusement ? Oui, la tentation s’est évanouie aussi vite qu’elle est apparue, tel un fantôme qui disparaît sans laisser de trace à la levée du jour.
Nous nous sentons libérés d’un poids, une légitime fierté nous habite et peut-être même Dieu vient nous confirmer dans notre ascèse en infusant dans notre âme de doux sentiments. Le corps lui-même est content d’avoir échappé à la tyrannie du besoin
Il conviendra de rester humble en rendant grâce à Dieu qui nous a assistés dans le combat et sans qui nous n’aurions pas pu vaincre ; ne croyons pas que nous y sommes arrivés tous seuls, ne croyons pas non plus que nous sommes arrivés : nous ne n’avons pas encore franchi la ligne d’arrivée, nous aurons à recommencer le combat chaque jour car chaque jour la tentation renaîtra.

12. Mais peut-être avons-nous cédé à la tentation, contrevenant ainsi à notre engagement de Carême. Nous sommes tristes abattus, nous voyons nos efforts accumulés pendant des jours balayés en un instant, nous nous sentons honteux et dégoûtés de nous-mêmes.
Les spirituels disent qu’il ne faut pas se décourager et renoncer, au contraire il faut se relever et continuer d’avancer sur le chemin. Nous pouvons tomber mille fois, nous nous relèverons et la mille-et-unième fois, nous réussirons : voilà ce que doit croire l’athlète de Dieu.

13. Dieu ne nous laisse pas tomber, il voit nos efforts, sans que nous nous en rendions compte il nous inspire la force de nous relever – au bout de mille déconvenues, il nous prendra dans ses bras et nous nous retrouverons de l’autre côté de la ligne d’arrivée sans savoir comment. Béni soit Dieu à jamais. Amen.


© fr. Franck Guyen op, mars 2022
© Fr. Franck Guyen op, février 2025


Bienvenue sur le site