Articuler l’histoire universelle du salut et l’événement de Jésus-Christ - la tentative de Jacques Dupuis, s.j.

mercredi 4 mai 2022
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Table des matières


Biographie et ouvrages de Jacques Dupuis s.j.

1923 : Naissance
1948 -1984 : Carrière en Inde, enseignant à la Faculté de théologie de Delhi (Inde)
1984 : Professeur à l’Université grégorienne de Rome, Directeur de la revue « Gregorianum ». Consulteur auprès du Conseil pontifical pour le dialogue Interreligieux
1997 : Publication de «  Vers une théologie chrétienne du pluralisme religieux  » [1]
10/1998 : La Congrégation pour la doctrine de la foi notifie à J. Dupuis que son ouvrage fait l’objet d’une investigation
27/02/2001 : La Congrégation pour la doctrine de la foi publie dans l’Osservatore Romano une notification intitulée : « sur le livre du P. Jacques DUPUIS, S.J.,‘Vers une théologie chrétienne du pluralisme religieux’ Paris, Cerf 1997 »
05/09/2001 : La Congrégation pour la doctrine de la foi publie Dominus Iesus
28/12/2004 : décès de Jacques Dupuis à Rome

Ouvrages de Jacques DUPUIS, s.j.

  • Jésus-Christ à la rencontre des religions, "Jésus et Jésus-Christ" n° 39. Paris, Desclée, 1989 p. 151-160
  • Toward a Christian Theology of Religious Pluralism, Maryknoll. NY, Orbis Books, 1997
  • Vers une théologie chrétienne du pluralisme religieux, Traduit de l’anglais par Olindo Parachini, Cogitatio Fidei n° 200. Paris, Cerf, 1997 p. 97-105
  • "Christianity and Religions. From Confrontation and Encounter », in : Jacques Haers and Peter De Mey (eds.), Theology and Conversation. Towards a Relational Theology, Leuven University Press, 2003, pp. 457-473.


Introduction

[1.] Nous analysons ici l’article :
"Christianity and Religions. From Confrontation and Encounter », in : Jacques Haers and Peter De Mey (eds.), Theology and Conversation. Towards a Relational Theology, Leuven University Press, 2003, pp. 457-473.

Dans cet article, Dupuis fait le point sur les relations entre le christianisme [2] et les religions. Comme l’indique le titre « De la confrontation à la rencontre [3] », il s’agit d’un parcours historique de ce rapport, parcours qui montre le progrès de cette relation, jadis polémique et désormais plus pacifique.

[2.] L’article commence par un survol historique [4]. Dupuis conclut ce survol par la problématique qui occupe tout l’article : la fondation théorique d’un pluralisme religieux « de jure », et non pas seulement « de facto », pluralisme décliné en deux propositions :

  • les traditions religieuses ont une signification positive dans le plan éternel de Dieu en faveur de l’humanité ;
  • elles sont pour leurs adeptes des voies, des moyens et des canaux de salut, voulus et conçus par Dieu pour leurs adeptes [5]

Dupuis s’accorde avec la Congrégation pour la doctrine de la foi pour rejeter une théorie du pluralisme qui, sous prétexte d’une rencontre sincère avec les autres religions, abandonne la foi en l’unicité de Jésus Christ comme Sauveur universel. D’accord avec la Congrégation, Dupuis rejette ce paradigme pluraliste comme « relativiste » [6].

[3.] Dupuis expose dans la deuxième partie de l’article une fondation possible du pluralisme religieux de jure. Cette exposition, intitulée « en recherche d’un modèle », constitue le corps de l’article [7].
Dupuis parle de son modèle comme d’une « christologie trinitaire et pneumatique » :

Cette expression signifie que les relations interpersonnelles à l’intérieur du mystère de Dieu entre le Fils et le Père d’un côté, entre le Fils et l’Esprit de l’autre, doivent être considérées comme intrinsèques au mystère de Jésus Christ [8]

.

Dupuis traite successivement :

  • de la christologie trinitaire [9] (la relation interpersonnelle entre le Fils et le Père comme intrinsèque au mystère de Jésus Christ),
  • puis de la christologie pneumatique [10] (la relation interpersonnelle entre le Fils et l’Esprit comme intrinsèque au mystère de Jésus Christ).

[4.] Dupuis conclut son article [11] en rappelant que Dieu a l’initiative, et non les êtres humains :

  • Dieu a été le premier « à chercher à rencontrer peuple et peuples » tout au long de l’histoire de l’humanité,
  • dans cette quête, il a été le premier « à tracer les voies [c’est-à-dire les religions] sur lesquelles [les êtres humains] pourraient le trouver ». [12]

Par conséquent, à nous chrétiens, êtres humains parmi les êtres humains, d’effectuer un « bond qualitatif » dans notre théologie des religions. Le renouvellement du message chrétien est à ce prix, dans un monde pluriel de facto.

[5] Dupuis a-t-il évité l’écueil du relativisme, et sa proposition de fondation théorique du pluralisme fait-elle suffisamment droit à l’unicité de l’évènement du salut en Jésus Christ dans le plan de salut universel de Dieu ?

[6.] C’est ce que nous allons voir en nous attachant plus spécifiquement à la « christologie trinitaire » [13] de Dupuis.
Dupuis entend par là l’articulation entre :

  • une histoire universelle entendue comme déploiement de l’automanifestation du Dieu Père, Fils et Esprit saint [14] – et plus précisément, du Père par « ses deux mains » [15] le Verbe et l’Esprit - d’une part,
  • et l’évènement-Christ [16] à l’intérieur de cette même histoire, d’autre part.

[7.] Dupuis entend articuler l’évènement-Christ dans cette histoire universelle, en continuité (dans la mesure où l’évènement vient continuer l’histoire, pour l’accomplir par exemple) et en rupture (dans la mesure où l’évènement apporte du nouveau).

  • Dans un premier temps [17], Dupuis montre que les évènements de salut précédents (les trois alliances d’Adam, de Noé et de Moïse chez Irénée) valaient avant l’évènement Christ (la quatrième alliance d’Irénée) et qu’ils continuent de valoir après ;
  • Dans un deuxième temps [18], Dupuis s’attache à fonder christologiquement cette valorisation des autres alliances : il distinguera entre le pouvoir de manifestation du Verbe dans l’histoire universelle, avant et après l’évènement Christ, et celui du Verbe-fait-homme-en Jésus de l’évènement Christ.

[8.] Selon nous, Dupuis met en jeu l’unicité de l’évènement :

  • s’agit-il du plus grand évènement parmi tous les évènements de salut, dans l’histoire de salut – le plus grand mais non le seul évènement à jouer, d’autres jouant aussi avec lui, tout en étant avant lui ou après lui ? et peut-être même jouent-ils sans lui ?
    La différence entre l’évènement Christ et les autres évènements de salut serait quantitative » et non qualitative [19]
  • ou s’agit-il d’un évènement sans équivalent, comparable à rien, qui infléchit radicalement le cours de l’histoire ?
    On parlera alors de changement ontologique cosmique instauré par l’évènement Christ, distingué « qualitativement » d’autres possibles évènements de salut [20].


1) Le modèle des quatre alliances d’Irénée relu par Dupuis

La théologie de l’histoire d’Irénée
Pour plus de détails sur la théologie d’Irenée, voir La nouveauté de l’événement Jésus-Christ chez Irénée de Lyon (130-202 e.c.)

[9.] Dupuis s’appuie sur la théologie de l’histoire d’Irénée.
Rappelons le texte d’Irénée, cité par Dupuis [21] :

Et c’est pourquoi quatre alliances katholikai diathekai furent données à l’humanité :

  • la première, avant le déluge, au temps d’Adam ;
  • la seconde, après le déluge, au temps de Noé ;
  • la troisième, qui est le don de la Loi, au temps de Moïse ;
  • la quatrième enfin, qui renouvelle l’homme et récapitule tout en elle, celle qui, par l’Évangile, élève les hommes et leur fait prendre leur envol vers le royaume céleste [22].

Irénée parle des kaqolikai diaqhkai, des « alliances catholiques », des alliances « universelles » : le grec dit déjà les alliances mosaïque et christique comme universelles. Dupuis l’a-t-il assez perçu, lui qui valorise ces alliances comme « spéciales » par rapport aux deux premières

[10.] Pour Irénée, l’histoire universelle est celle du déploiement dans le temps des alliances successives que Dieu conclut avec l’humanité au cours du temps.

Selon Dupuis, il faut dire que ces alliances successives engagent réellement Dieu envers toute l’humanité : l’alliance noachique engage Dieu universellement auprès de toutes les nations, en elle Dieu se révèle « surnaturellement » à toutes les nations [23] et les « traditions religieuses de l’humanité » – y compris extra-bibliques – « en sont les témoins privilégiés » [24].

[11.] Dupuis en conclut à un état d’alliance universelle de Dieu avec tous les hommes, qu’il déduit des alliances adamique et noachique avec toutes les nations [25].

« L’alliance avec Noé prend ainsi une signification qui va très loin dans le cadre d’une théologie des traditions religieuses de peuples appartenant à la tradition ‘extra-biblique’. Eux aussi sont dans un état d’alliance avec Dieu. Eux aussi sont des peuples de l’alliance, eux aussi peuvent être appelés ‘ peuples de Dieu’ . Le Dieu unique est le Dieu de tous les peuples. » [26]

[12.] On entend ici la préoccupation de Dupuis : éviter l’interprétation exclusiviste des troisième et quatrième alliances avec respectivement Moïse et Jésus qui font croire que le salut est restreint au peuple élu, l’Israël de la Loi ou le « Nouvel Israël » de Dieu révélé en Jésus Christ.
Dieu fait alliance avec tous les peuples dans la première et la deuxième alliance qui tous participent au salut divin.

Cela dit, on peut se demander si Dupuis n’oppose pas des alliances universelles (la première et la deuxième) à des alliances « spéciales », « particulières » - limitées -, (les troisième et quatrième) ? Qu’en est il d’une théologie de l’élection où quelques-uns sont effectivement choisis à l’exclusion des autres, mais pour apporter le salut aux autres – pour les inclure dans « leur » salut, ou plutôt pour que le salut voulu par Dieu pour toutes les Nations se réalise dans le salut de cette Nation-là ? Autrement dit, Dupuis fait-il jouer le fait que Dieu peut choisir « spécialement » Israël, ou l’Église, pour atteindre par eux toutes les nations ?

[13.] Notons l’évolution de Dupuis depuis son ouvrage de 1989 : Jésus-Christ à la rencontre des religions [27].
Dupuis y valorisait les anciennes alliances comme « préparations » à l’évènement Jésus-Christ. La révélation mosaïque était dite spéciale dans la mesure où elle préparait directement à l’évènement, alors que la révélation noachique y préparait « indirectement ».
Cette notion de « préparation », de même que celle d’« orientation » qui en résulte, a disparu de l’article de Leuwen de 2003, Dupuis évoluant dans le sens d’une autonomisation des alliances par rapport à la quatrième alliance.

Validité permanente des anciennes alliances
[14.] Selon Dupuis, la succession des alliances ne signifie pas que les anciennes alliances n’aient plus d’efficacité salvifique : en particulier, l’évènement Christ n’annule pas l’alliance mosaïque, et, « par analogie », « mutatis mutandis » [28], l’évènement Christ n’annule pas non plus l’alliance noachique.

« De même que l’alliance avec Moïse n’a pas été supprimée par le fait qu’elle a atteint sa perfection en Jésus Christ, de même l’alliance cosmique établie en Noé avec les nations n’a non plus été annulée par le fait qu’elle a atteint la fin à laquelle elle était destinée par Dieu.
Cela signifie que les autres religions elles aussi conservent une valeur salvifique pour leurs adhérents, quoiqu’elles ne soient pas sans relation avec l’évènement Christ. » [29]

[15.] Comme argument biblique de la pérennité de l’alliance mosaïque après l’évènement Christ, Dupuis s’appuie sur le verset de Rom 11,29, et sur sa reprise par le pape Jean Paul II dans son discours de Mayence (Allemagne) le 17 novembre 1980, lors de sa rencontre avec le Comité central juif en Allemagne et la Conférence rabbinique : « .. les dons de Dieu sont irrévocables ».

[16.] Théologiquement, Dupuis décrit le plan de salut divin comme un plan organique unique en expansion, ce déploiement s’inscrivant dans l’histoire humaine, dans le temps et l’espace des hommes.

« le plan divin de salut a une unité organique, dont l’histoire marque le processus dynamique. Le déploiement de ce processus comporte plusieurs étapes, en relations mutuelles et complémentaires » [30].

Cela signifie que les troisième et quatrième alliances sont les étapes d’un même processus de déploiement :

« L’alliance à travers laquelle le peuple hébreu a obtenu le salut dans le passé et continue d’être sauvé même maintenant, est la même alliance à travers laquelle les Chrétiens sont appelés au salut en Jésus Christ.
Il n’y a pas de substitution d’un « nouveau » peuple de Dieu à un autre, qui en deviendrait alors « ancien », mais l’expansion aux limites du monde d’un seul peuple de Dieu, dont l’élection d’Israël et l’alliance avec Moïse étaient et demeurent la racine et la source, le fondement et la promesse » [31]].

[17.] Dupuis maintient que ce déploiement d’un seul et même plan de salut laisse coexister l’ancien et le nouveau.
Il affirme certes que le nouveau porte à la perfection l’ancien, lequel ancien était orienté vers l’avènement de ce nouveau (cf. citation supra, qui dit Jésus Christ comme terme des alliances mosaïque et noachique), mais l’arrivée à terme (comme accomplissement) des anciennes alliances ne signifie par leur terminaison (elles continuent par ailleurs de porter les promesses divines, d’être opérantes comme porteuses de valeurs positives de salut).

[18.] Ainsi, Dupuis cautionne Lohfink quand ce dernier parle d’un « chemin de salut à deux branches » à propos de la voie des chrétiens et de celle des Juifs [32].

Dupuis ne le formule pas lui-même, mais, en prenant le modèle des quatre alliances d’Irénée, ne faut-il pas en déduire que le chemin de salut comporte quatre branches, - et même plus, dans la mesure où les traditions religieuses peuvent être considérées comme ressortant de l’alliance noachique avec les nations ?

[19.] Revenons sur l’évolution de Dupuis. Dans Jésus-Christ à la rencontre des religions, Dupuis affirmait déjà la permanence des anciennes alliances, mais il la justifiait à partir de la catégorie de « préparation » :

  • les anciennes alliances continuaient de valoir dans la mesure où elles continuaient de « préparer » les nations à l’adhésion à Jésus Christ sauveur : l’annonce de l’Évangile, sa promulgation, était d’abord une « promulgation existentielle », située au registre personnel ;
  • la proclamation de l’Évangile est achevée quand la personne peut en conscience, en exerçant sa capacité de créature douée de raison (vocabulaire scolastique), de poser un choix en donnant ou non sa foi au Christ comme sauveur, ce qui suppose que la proposition de l’Évangile l’ait atteint au niveau de profondeur requis pour pouvoir poser un tel tel choix [33]

L’apax de l’évènement - Christ : un évènement unique
[20.] Mais alors, comment éviter l’accusation de relativisme, la branche des chrétiens apparaissant comme une branche parmi d’autres ?

Dupuis affirme avec force la centralité de l’évènement Christ dans le plan de salut divin :

« Parmi toutes ces manifestations divines de Dieu à travers son Verbe et son Esprit, l’évènement Christ ... en constitue sans aucun doute le point culminant et le sommet. L’automanifestation et l’autodonation de Dieu en Jésus Christ aux êtres humains est le centre de l’histoire et la clé de l’interprétation du processus entier du salut » [34].

[21.] Non seulement les anciennes alliances sont « orientées » vers l’alliance « nouvelle » comme vers leur fin, non seulement l’alliance nouvelle est l’accomplissement des anciennes, mais aussi l’évènement Christ en lui-même se trouve relié avec elles, comme Dupuis le montre maintenant à partir du statut « meta historique », « trans historique » de Jésus ressuscité, statut qui le rend capable d’une présence salvifique universelle :

« Jésus Christ est ‘constitutif’ du salut universel ; il est vraiment le Sauveur du monde. Cela provient de ce que, en étant relevé d’entre les morts par le Père, l’existence humaine de Jésus, le Verbe incarné, est devenu meta-historique ou trans-historique, n’étant plus conditionné par l’espace et le temps... A travers elle [cette transformation], l’évènement Christ , qui constitue le salut de l’homme, est présent inclusivement et demeure agissant à travers l’espace et le temps » [35].

Sans doute est-ce à ce titre que Dupuis présentait son modèle du pluralisme comme un « pluralisme inclusiviste ».

[22.] L’apax de l’évènement Christ consacre l’insertion, la solidarité salvifiques du Verbe de Dieu dans le tissu de la réalité humaine (tout l’homme) et dans l’histoire du monde (tous les hommes).

« A travers le mystère de l’Incarnation, le Verbe de Dieu s’est inséré personnellement, une fois pour toutes, dans la réalité humaine et dans l’histoire du monde [36] ».


2) L’action permanente du Verbe « en tant que tel », distinguée de l’action du Verbe incarné

L’activité du Verbe « comme tel » continue avant et après l’incarnation
[23.] La position de Dupuis semble incontestablement orthodoxe, dans la mesure où il affirme avec force la centralité du Christ dans le plan de salut divin, et qu’il proclame Jésus Christ unique Sauveur universel.
Sa présence inclusive dans le temps et l’espace rend-elle compte alors des valeurs salvifiques des autres religions ? Est-ce cette présence de Jésus Christ, dans sa condition meta et transhistorique, qui rend les autres religions capables de sauver les hommes ?
Il nous semble que Dupuis ne va pas dans ce sens.

[24.] En effet, il oppose l’action du Verbe à l’action du Verbe-incarné-en-Jésus, dans la mesure où ces deux actions ne se recouvrent pas :

  • le Verbe agissait déjà dans les trois premières alliances avant l’Incarnation, si l’on en croit Irénée qui faisait d’elles des logophanies (le Verbe visitait le jardin d’Adam ; Abraham parlait au Verbe au chêne de Mambré ; Moïse conversait avec le Verbe).
  • Dans la lecture de Jn 1,9, Dupuis rejoint l’interprétation de Dufour : selon eux, le Prologue de Jean dit le pouvoir illuminateur du Verbe, venu dans le monde avant même l’Incarnation.

    Le Prologue de l’Evangile selon Jean souligne que Dieu a créé toutes choses par son Verbe, présent avec lui de toute éternité (1,1-3) ; il ajoute que le Verbe de Dieu a été tout au long de l’histoire du salut ‘la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tous les hommes’ (1,9).
    La venue dans le monde du Verbe de Dieu ne renvoie pas ici au mystère de l’incarnation, mais à la venue dans le monde du Verbe comme la Dame Sagesse de la littérature sapientielle du Premier Testament. [37]

[25.] Non seulement le Verbe a manifesté Dieu avant son Incarnation, mais, dit Dupuis avec Dufour, son activité en tant que « Verbe comme tel » continue après l’incarnation.
Renvoyant à Jn 1,9 une nouvelle fois, Dupuis écrit :

Il faut ajouter qu’une telle activité universelle d’illumination et de salut du Verbe comme tel perdure après l’incarnation du Verbe et la résurrection de Jésus Christ . [38]

Après avoir cité Dufour, Dupuis enchaîne :

Il est donc possible de parler d’une activité d’illumination et de salut du Verbe de Dieu comme tel, activité qui continue de durer , et qui est distincte de son activité de salut à travers l’existence ressuscitée de Jésus.
Si, comme saint Léon le Grand le faisait remarquer, le « Verbe de Dieu ne perd pas la gloire qui est la sienne dans l’égalité avec le Père », tout en devenant homme, ce signifie nécessairement qu’il continue d’exercer, en union avec le Père, les actions qui sont de son ressort en raison de son identité propre au sein du mystère divin : la médiation dans la création (Jn 1,3), l’action universelle illuminatrice auprès des êtres humains (Jn 1,9), et même la communication du pouvoir de devenir enfants de Dieu (Jn 1,12) [39].

Il faut noter l’importance de la dernière proposition : il est possible à des hommes de devenir fils de Dieu sans que soit mise en jeu l’activité salvifique de Jésus Christ ressuscité ?

Conséquence de la différence des deux natures dans le Verbe incarné

[26.] Dupuis justifie ses propositions en distinguant – mais sans séparer, dit-il - entre le Verbe, Fils du Père, et l’existence humaine de Jésus ressuscité, en se basant sur la différence de nature :

Sans qu’il soit permis d’admettre aucune séparation entre l’être humain de Jésus et la personne du Verbe de Dieu... ils ne peuvent être identifiés, car les deux natures de Jésus Christ demeurent distinctes dans leur union personnelle même [40].

[27.] De fait, la nature humaine de Jésus Christ fait qu’il est nécessairement situé dans le continuum spatio-temporel, en condition historique, durant son existence ; même sa résurrection (qui lui confère un statut meta-trans historique) est située dans le temps (et dans l’espace).
Par conséquent, son action est elle-même limitée.

Il demeure néanmoins vrai que l’évènement historique de Jésus Christ est nécessairement particulier et circonscrit dans les limites imposées du temps et de l’espace. L’histoire humaine de Jésus appartient à un point précis du temps et de l’espace.
Le mystère de la résurrection lui-même est un évènement inscrit ponctuellement dans l’histoire humaine, même s’il introduit l’être humain de Jésus dans une condition méta-historique. [41]

Or, dit Dupuis, Dieu ne peut pas s’automanifester dans le limité, l’historique, lui qui est inconditionné, absolu :

Jésus Christ ressuscité et glorifié ne remplace pas le Père ; et son existence humaine glorifiée ne prend pas la place du Verbe lui-même, qui n’a jamais pu être entièrement et complètement révélé à travers quelque manifestation historique que ce soit [42].


 Disons le dès maintenant : nous ne comprenons pas ce que Dupuis veut dire ici : jusqu’à plus ample informé, à ce que nous savons, Jésus manifeste entièrement et sans reste Dieu, lui qui dit : « qui me voit voit le Père [43] », et qui dit aussi qu’il fait « les œuvres du Père [44] ».

[28.] De la différence de nature, Dupuis en conclut à la différence d’activité :

L’action divine du Verbe ne peut , par nature, se réduire au mode d’auto expression du Verbe à travers les actions humaines de Jésus. L’action divine du Verbe n’est pas « circonscrite », « épuisée » ou « réduite » à son expression à travers l’être humain de Jésus. L’action salvifique du Verbe incarné à travers son humanité glorifiée n’épuise pas la puissance illuminatrice et vivifiante du Verbe de Dieu.
Cette affirmation, en fait, ne fait que simplement établir que le Verbe de Dieu demeure Dieu tout en devenant home. Et, si le Verbe demeure Dieu, il continue lui aussi d’agir en tant que Dieu, au-delà et par-dessus sa propre action humaine. L’action du Verbe en tant que tel [troisième occurrence de cette expression du « Verbe en tant que tel »] « dépasse » celle du Verbe incarné dans son humanité glorifiée. [45]


 Là encore, nous ne comprenons pas. Nous avons l’impression qu’il y a la personne du Verbe et la personne de Jésus, toutes deux capables de poser des actes de leur côté, et même le faisant, par exemple après la résurrection, en admettant une continuité de l’action du Logos en tant que tel après la glorification de Jésus.

[29.] Dupuis va jusqu’au bout de sa pensée, lorsqu’il dit que l’humanité de Jésus, même glorifiée, entraîne des limites à la capacité opérationnelle du salut en Jésus Christ, si l’on veut bien lire en ce sens la phrase suivante :

L’action du Verbe s’étend au delà des limites imposées à la présence opérante de l’humanité de Jésus, même dans sa condition glorifiée, de la même façon que la personne du Verbe dépasse la nature humaine de Jésus Christ [46].

Cette position nous semble confondre deux grandeurs hétérogènes dans les deux couples en opposition :

  • action du Verbe et présence opérante de l’humanité de Jésus
  • personne du Verbe et nature humaine de Jésus Christ.

Le dernier couple met en parallèle deux concepts différents : la personne d’un côté, la nature de l’autre ; il en va de même du premier, le Verbe (personne) étant mis en parallèle avec l’humanité (nature).


Conclusion - Une relativisation de l’évènement de Jésus Christ sauveur

[30.] Sans doute Dupuis prétend-il avoir maintenu la centralité de l’évènement Christ dans le plan de salut divin. Mais c’est en dissociant à notre avis le Verbe de Jésus-Christ : ce qui est finalement central, c’est le plan divin de Dieu pour toute l’humanité (et l’on retrouve le théocentrisme des pluralismes relativistes, qu’il n’est donc pas étonnant de retrouver au moins sur le plan littéraire, dans la conclusion de Dupuis) et à l’intérieur de ce plan, l’activité du Verbe comme celui qui illumine tous les hommes depuis la création du monde - ce qui est central, c’est le Verbe, mais non le Verbe incarné.

[31.] Pour le dire autrement, quand Jésus Christ dit : « je suis la voie, la vérité et la vie, et nul ne va au Père si ce n’est par moi », Dupuis entend sans doute ici la voix du Verbe, en surplomb du Jésus limité dans l’histoire parce qu’humain.

Pour Dupuis, n’était-ce pas le Verbe qui parlait, et qui continue de parler maintenant encore, dans les Ecritures sacrées hindoues ? Ce Verbe-là n’exigeait pas qu’ils passent par les conditionnements spatio-temporels et culturels de l’évènement Christ.
L’activité illuminatrice du Verbe, en tant que tel, après la résurrection comme avant, à l’intérieur des religions extrabibliques, rendait possible le salut de leurs adhérents.

[32.] Dupuis a voulu fonder de jure le pluralisme en le maintenant dans le cadre de l’affirmation de Jésus Christ sauveur universel. Il l’a fait en sacrifiant nous semble-t-il la particularité historique de l’évènement Jésus Christ, qu’il percevait sans doute comme contradictoire avec l’universalité du plan de salut divin.

Mais ne peut-on pas lever la contradiction ? L’universel ne répugne pas nécessairement au particulier, le particulier peut exprimer l’universel sans reste, - et même l’universel ne l’est vraiment qu’à condition de passer par la particularité si l’on suit le philosophe allemand Hegel.

[33.] La position de Dupuis nous semble d’autant moins tenable qu’elle l’amène sinon à un « théocentrisme », du moins à un « Verbocentrisme » qui transforme l’unicité absolue du salut en Jésus Christ en unicité relative.
Si nous comprenons bien Dupuis, l’évènement Jésus-Christ n’est que la concentration au plus haut degré de l’activité illuminatrice et salvatrice du Verbe :

Cela signifie que l’action salvatrice de Dieu, qui agit et opère toujours dans le cadre de son dessein unique, est une et en même temps multi-facettes . Elle n’est jamais détachée de l’évènement Christ, dans laquelle elle trouve sa densité historique la plus haute [47].

L’évènement Christ apparaît ici comme une des facettes du diamant qu’est le plan de salut divin dans son déploiement – une parmi d’autres.
Dupuis précise que cette facette est unique car elle atteint sa densité historique la plus haute, lorsque le Verbe s’engage à tel point dans l’histoire humaine qu’il va jusqu’à se faire homme – mais Dupuis reste dans l’ordre du quantitatif, et non du qualitatif.

[34.] Cette position quantitative se trouvait déjà dans la proposition suivante de Dupuis :

L’incarnation représente en fait la manière la plus profonde et la plus immanente possible pour Dieu de s’engager en personne dans l’humanité en histoire [48].

La plus profonde, la plus immanente... parmi d’autres. Où est le saut qualitatif qu’induit l’évènement Christ ?


© fr. Franck Guyen op, mai 2022
- cet article reprend un travail de 2006


[1« Toward a Christian Theology of Religious Pluralism »

[2« christianity » en anglais

[3Les traductions en français de l’article sont de notre fait.

[4p.458-460

[5Cf. article p. 457, qui résume le survol historique quant aux trois perspectives de l’évaluation chrétienne des autres religions :
« Aujourd’hui, les théologiens ne se demandent plus simplement si le salut individuel est possible en dehors de l’Église ; ils ne se demandent plus si l’on peut trouver des valeurs positives, naturelles ou même surnaturelles, dans les traditions religieuses. Ils se demandent si la théologie Chrétienne et Catholique peut affirmer que : les traditions religieuses ont une signification positive dans le plan éternel de Dieu en faveur de l’humanité et qu’elles sont pour leurs adeptes des voies, des moyens et des canaux de salut, voulus et conçus par Dieu pour leurs adeptes. C’est la question de la signification du pluralisme religieux actuel dans le propre esprit de Dieu ; pluralisme religieux non seulement ‘de facto’, mais ‘en principe’. »
En anglais : “Theologians today do no longer simply ask whether salvation is possible for individuals outside the Church ; nor whether positive values, either natural or even supernatural, can be found in the religious traditions. They ask whether Christian and Catholic theology can affirm that the religious traditions have in the eternal plan of God for humankind a positive significance and are for their followers ways, means and channels of salvation willed and devised by God for their followers. This is the question of the meaning, in God’s own mind, of the religious pluralism in which we find ourselves in the present world ; religious pluralism, not only "de facto" but "in principle"”p. 458.
Traduction et mise en page de notre fait.

[6p. 460

[7p. 460-471

[8What is meant by the expression is that the interpersonal relationships which exist in the mystery of God between the Son and the Father, on the one hand, and the Son and the Spirit, on the other, must be seen as intrinsic to the mystery of Jesus Christ. p. 461

[9p. 461-468

[10p. 468–471

[11p. 472-473

[12p. 473

[13p. 461-468

[14« L’engagement personnel de Dieu avec ses créatures à travers l’histoire est marqué partout par un rythme trinitaire » .” [p.464]
Cf. en anglais : “The personal involvement of God with his creatures through history is everywhere marked with a Trinitarian rhythm. YHWH (whom Jesus will call Father) reveals himself universally through his Word (the Wisdom of God) and through his Spirit. The Bible, the First Testament as well as the Christian Testament, testify to this Trinitarian structure.” [p.464].
Dupuis reprend ici la position traditionnelle depuis les Pères de l’Eglise : toute action ad extra de Dieu est l’action des Trois Personnes.

[15« A travers l’histoire, depuis le début, Dieu s’est manifesté lui-même à ses créatures humaines dans des paroles et des actes, à travers son Verbe et son Esprit ».
Throughout history, from the beginning, God has manifested himself to his human creatures in words and deeds, through his Word and his Spirit. [p. 461].
Cf. aussi :
“Dieu sauve avec ‘deux mains’, le Verbe et l’Esprit” God saves "with two hands", the Word and the Spirit -Saint Irenaeus wrote in the second century (Adv. Haer. IV, 7, 4) [p. 468 – cf. aussi p.469-470]

[16comprenant le Verbe de Dieu fait homme en Jésus, sa vie, ses paroles et actions et finalement le mystère pascal de sa mort et résurrection
The entire Christ-event, comprising the becoming man of the Word of God in Jesus, his entire life, his words and deeds, and finally the Paschal mystery of his death and resurrection. [p.461]

[17p. 460-464

[18p.464-468

[19unicité du type : 1 parmi n, comme le statut de YHWH dans la monolâtrie – il y a plusieurs dieux, mais Israël doit n’en adorer qu’un, YHWH, le plus grand de tous

[20unicité du type : 1 ou 0, comme le statut de YHWH dans le monothéisme – il y a un seul Dieu, il n’y a pas d’autres dieux que lui.
Il ne s’agit pas ici de l’unicité propre à tout évènement dans sa singularité spatio-temporelle : depuis Héraclite, on sait qu’on ne se baigne jamais dans la même eau d’un fleuve.

[21p. 461

[22Contre les Hérésies, Livre III Tome II, Édition critique par A. ROUSSEAU et L. DOUTRELEAU s.j., Sources Chrétiennes, N°211, Cerf, Paris,1974 - Liv III,11,8 p.169-171

[23Cf. citation de B. STOECKLE p. 461.

[24These elements in the story[of Noah] symbolize a personal commitment of God toward the nations, that is, the universality of the divine intervention in the history of peoples, of which the religious traditions of humanity are the privileged testimonies. [p. 461]

[25Dupuis parle des “alliances que Dieu a conclues avec les autres peuples de la terre, présents symboliquement dans l’histoire d’Adam et plus spécifiquement dans celle de Noé”
– « ... the covenants which God has made with the other peoples of the earth, symbolically present in the story of Adam and more specifically in that of Noah” [p.463]

[26 The covenant with Noah thus takes on a far-reaching significance for a theology of the religious traditions of peoples belonging to the "extra-biblical" tradition. They too are in a state of covenantship with God. They too are covenant peoples and deserve to be called "peoples of God". The one God is the God of all peoples. [p. 461]

[27collection "Jésus et Jésus-Christ" n° 39. Paris, Desclée, 1989 p. 151-160

[28cf. p.463-464

[29Just as the covenant with Moses has not been suppressed by the fact of having reached its perfection in Jesus Christ, in the same way the cosmic covenant established in Noah with the nations has not been cancelled either by the fact of having reached in the Christ-event the end to which it was destined by God. This means that the other religions too keep salvific value for their adherents, though not without being related to the Christ-event. p.463

[30the divine plan of salvation has an organic unity, of which history marks the dynamic process. This unfolding process contains various steps, mutually related and complementary. p.463

[31The covenant through which the Hebrew people obtained salvation in the past and continues to be saved even today is the same covenant through which Christians are called to salvation in Jesus Christ. There is no substitution of a " new " people of God to another, henceforth declared "ancient", but expansion to the boundaries of the world of one people of God, of which the election of Israel and the covenant with Moses were and remain the root and the source, the foundation and the promise. p.463

[32 "From early Christian times Jews and Christians have been on two ways. Because the two ways run their course within the one covenant which makes God’s salvation present in the world, I think that one must speak of a "twofold way of salvation" “ – Lohfink cité par Dupuis p.462

[33cf. p.155 de l’ouvrage Jésus-Christ à la rencontre des religions ; voir aussi p.160

[34Among these divine manifestations of God through his Word and his Spirit, the Christ-event, made up of the entire human life, of the death and resurrection of Jesus Christ, marks undoubtedly the apex and the summit. God’s self-revelation and self-gift to human beings in Jesus Christ is the centre of history and the key for interpreting the entire process of salvation. p.464

[35Jesus Christ is "constitutive" of universal salvation ; he is truly the Saviour of the world. This is due to the fact that, by being raised from the dead by the Father, the human existence of Jesus, the Word incarnate, has become meta-historical or trans-historical, being no longer subject to conditioning by time and space.. Through it the Christ-event, which constitutes human salvation, is inclusively present and remains actual throughout time and space....” p. 464

[36Through the mystery of the Incarnation the Word of God has inserted himself personally, once and for all, in the human reality and in the history of the world. ]p. 464

[37The Prologue of the Gospel according to John insists that God created all things through his Word, present with him from eternity (1,1-3) ; it adds that the Word of God has been throughout salvation history "the true light that, by coming into the world, enlightens all men" (1,9).
The coming into the world of the Word of God does not here refer to the mystery of the Incarnation, but to the coming into the world of the Word as the Lady Wisdom of which the Sapiential literature of the First Testament spoke.
p. 464

[38It must be added that such a universal enlightening and saving activity of the Word as such perdures after the Incarnation of the Word and the resurrection of Jesus Christ. p. 465

[39It is possible, therefore, to speak of an enduring enlightening and saving activity of the Word of God as such, distinct from his saving activity through the risen human existence of Jesus. That, while becoming man, the "Word does not lose the glory which is his in equality with the Father", as St. Leo the Great remarked , must mean that he keeps exercising, in union with the Father, the actions which belong to him by reason of his specific character in the divine mystery : the mediation in creation (John 1,3), the universal enlightening action with regard to human beings (John 1,9), even the communication to them of the power to become children of God (John 1,12). p. 466

[40While no separation can be admitted between the human being of Jesus and the person of the Word of God ... they cannot be identified, for the two natures of Jesus Christ remain distinct in their very personal union. p. 464

[41[It remains, however, true that the historical event of Jesus Christ is necessarily particular and circumscribed by the limits imposed upon it by time and space. The human story of Jesus belongs to a precise point in space and in time. The mystery of the resurrection itself is an event inscribed punctually in human history, even though it introduces the human being of Jesus into a meta-historical condition. p.465

[42Jesus Christ risen and glorified does not substitute for the Father ; nor does his glorified human existence take the place of the Word himself, who could never be fully revealed through any historical manifestation. p. 465

[43Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. » Jésus lui dit : « Je suis avec vous depuis si longtemps, et cependant, Philippe, tu ne m’as pas reconnu ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Pourquoi dis-tu : ‹Montre-nous le Père› ? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ! Au contraire, c’est le Père qui, demeurant en moi, accomplit ses propres œuvres.
Jn 14,8-10

[44 Jésus reprit la parole et leur dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, mais seulement ce qu’il voit faire au Père : car ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement. C’est que le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait ; il lui montrera des œuvres plus grandes encore, de sorte que vous serez dans l’étonnement. Jn 5,19-20 d’après la Tob

[45The divine action of the Word cannot, by its nature, be reduced to the mode in which the Word expresses himself through the human actions of Jesus. The divine action of the Word is not "circumscribed" by, "exhausted" by, or “reduced” to its expression through the human being of Jesus. The saving action of the Incarnate Word through his glorified humanity does not exhaust the enligthening and life-giving power of the Word of God. This assertion, in fact, does nothing more than simply state that, while becoming man, the Word of God remains God. And, if the Word remains God, he too continues to act as God, beyond and over above his own human action. The action of the Word as such "exceeds" that of the Word incarnate in his glorified humanity. p. 466

[46The action of the Word reaches beyond the limits imposed on the operative presence of the humanity of Jesus, even in his glorified state, just as the person of the Word exceeds the human nature of Jesus Christ. p. 467

[47That means that God’s salvific action, which operates always within the framework of a unique design, is one, and at the same time has diverse facets. It never abstracts from the Christ-event, in which it finds its highest historical density. p.467

[48The Incarnation represents in fact the deepest and most immanent possible manner of God’s personal involvement with humankind in history. p. 464


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