Quelques considérations spirituelles

mardi 31 mai 2022
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Cet article développe les propos spirituels de la réunion du 21 mai 2022 de la Fraternité laïque dominicaine que j’accompagne à Lille.


Table des matières


1. Nous sommes des maçons et non des architectes


La prière de Monseigneur Unterer

Prophètes d’un futur qui ne nous appartient pas [1] A Future Not Our Own [2]
Il est bon parfois de prendre du recul et d’adopter une vision à long terme. It helps now and then to step back and take a long view.
Le royaume n’est pas seulement au-delà de nos efforts, il est aussi au-delà de notre vision. The Kingdom is not only beyond our efforts, it is beyond our vision.
Durant notre vie, nous n’accomplissons qu’une infime partie de cette entreprise magnifique qu’est l’œuvre de Dieu. We accomplish in our lifetime only a fraction of the magnificent enterprise that is God’s work.
Rien de ce que nous faisons n’est achevé, ce qui veut dire, en d’autres termes, que le Royaume se trouve toujours au-delà de nos possibilités. Nothing we do is complete, which is another way of saying that the kingdom always lies beyond us.
Aucune déclaration ne dit tout ce qui peut être dit. No statement says all that could be said.
Aucune prière n’exprime complètement notre foi. No prayer fully expresses our faith.
Aucune confession n’apporte la perfection. No confession brings perfection,
Aucune visite pastorale n’apporte la plénitude. no pastoral visit brings wholeness.
Aucun programme n’accomplit la mission de l’Église. No program accomplishes the Church’s mission.
Aucun ensemble de buts et d’objectifs ne peut tout inclure. No set of goals and objectives include everything.
C’est ainsi que nous sommes. This is what we are about.
Nous plantons les graines qui un jour pousseront. We plant the seeds that one day will grow.
Nous arrosons les graines [déjà] plantées, sachant qu’elles portent en elles la promesse du futur. We water the seeds already planted knowing that they hold future promise.
Nous jetons les fondements sur lesquels d’autres s’appuieront. We lay foundations that will need further development.
Nous fournissons le levain qui produira des effets bien au-dessus de nos capacités. We provide yeast that produces effects far beyond our capabilities.
Nous ne pouvons pas tout faire, et le comprendre nous procure un sentiment de libération. We cannot do everything, and there is a sense of liberation in realizing this.
Cela nous permet de faire quelque chose, et de le faire bien. This enables us to do something, and to do it very well.
Cela sera peut-être inachevé, mais c’est un début, un pas de plus sur le chemin, une opportunité de laisser la grâce du Seigneur entrer et faire le reste. It may be incomplete, but it is a beginning, a step along the way, an opportunity for the Lord’s grace to enter and do the rest.
Nous ne verrons peut-être jamais les résultats finals, mais là est la différence entre le maître artisan et l’ouvrier [l’architecte et le maçon] We may never see the end results, but that is the difference between the master builder and the worker.
Nous sommes des ouvriers, pas des maîtres artisans [des maçons, pas des architectes] ; des ministres, pas des messies. We are workers, not master builders, ministers, not messiahs.
Nous sommes les prophètes d’un futur qui ne nous appartient pas. We are prophets of a future not our own.

Prière de Kenneth Edward Untener (1937 – 2004), évêque du diocèse de Saginaw (États-Unis) à partir de 1980.


Un appel à l’humilité

La prière de l’évêque Unterer m’aide quand, sous l’impression d’avoir expérimenté des hauteurs mystiques, je me prends à croire que le sort du monde repose sur mes épaules. Seul Jésus peut porter les péchés du monde, parce qu’il est à la fois de nature humaine et divine.

Contre les délires mystiques de grandeur, il est bon de se dire que nous ne sommes que des serviteurs quelconques qui n’accomplissent que leur devoir [3] : être admis au service d’un tel maître est déjà un grand honneur et un grand bonheur.

Pour moi, Marie est l’exemple parfait de la servante selon le cœur de Dieu. « Mon âme magnifie le Seigneur » dit Marie et non pas : « Le Seigneur magnifie mon âme ».
Alors qu’elle se sait choisie entre toutes les femmes pour porter le Fils de Dieu, au lieu de s’enfler de vanité et d’orgueil, Marie exalte Dieu – et ce faisant elle accède à une nouvelle hauteur là même où elle aurait pu déchoir.

Heureuse humilité qui permet à Dieu de donner encore plus de ses grâces – de se donner encore plus.


Un appel à la confiance
La confiance m’aide à supporter de ne pas savoir répondre à la grande question : « pourquoi le mal ? » et : « Si Dieu existe, pourquoi le mal ? ». Je ne comprends pas tout ce qui m’arrive, mais je fais confiance en l’amour tout-puissant de Dieu qui ne laissera pas le bien se perdre ni le mal l’emporter.

Comme le dit Unterer, je suis le maçon et non l’architecte, ou, comme le chante le psalmiste :

Seigneur, je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux ; je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent.
Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. »

L’enfant se sent en sécurité dans les bras de sa mère. Il sait qu’elle l’aime et qu’elle ne l’abandonnera pas. Or l’amour de Dieu dépasse celui des parents [4], alors quelle n’est pas la confiance du croyant ?


2. Dieu se révèle à qui il veut et comme il veut.


Dieu se révèle à qui il veut
Jean le Baptiste prévient ceux qui viennent à lui : « Celui que vous ne connaissez pas se tient au milieu de vous » [5]. Jean ne le connaissait pas non plus avant que cela ne lui soit révélé : « Celui sur lequel tu verras l’Esprit descendre et demeurer sur lui, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint. » avait-il entendu [6].

Jean savait qu’un événement hors de sa volonté lui révélerait l’identité du Messie, mais il en ignorait ses modalités concrètes, il ne savait pas répondre aux questions : qui, quoi, où, quand, comment ?
Il était simplement disponible à ce qui devait advenir, dans la foi que s’accomplirait la promesse.

10§ Peut-être avons-nous expérimenté comme Jean le Baptiste une révélation de Dieu, et nous nous demandons pourquoi il nous a accordé cette faveur et pas à d’autres.

11§ Je dirai pour commencer que, selon moi, Dieu choisit ses élus non pour exclure mais pour inclure les autres : l’élection va de pair avec un envoi vers la multitude.

12§ Ainsi l’être humain est élu pour représenter Dieu aux autres vivants, le peuple d’Israël l’est pour porter la révélation du Dieu unique aux autres nations, Marie l’est pour donner au monde le Sauveur et l’Église est appelée pour annoncer la bonne nouvelle de la Résurrection à la création.

13§ Par ailleurs, les degrés de révélation peuvent différer : la vision qu’on a de quelqu’un à plusieurs centaines de mètres n’ait pas la même que celle à une dizaine de mètres ni celle à cinquante centimètres. Avoir expérimenté l’oubli de soi dans le pardon, l’aide ou l’amour de l’autre constitue peut-être déjà une forme de révélation du Dieu d’amour, encore floue mais réelle.

14§ Animés d’une telle confiance en un tel Dieu qui aime sa création et qui veut le salut de tous, munis de l’antidote de l’humilité contre la suffisance arrogante, les élus peuvent alors répondre à leur appel personnel, sans prétendre percer les mystères du plan divin [7].


15§ [Pour mémoire, on peut dégainer le mot « mystère » pour réduire au silence une question gênante : « Tais-toi, c’est un mystère », mais il est des circonstances où cela n’est pas juste : la question peut être motivée par une curiosité indiscrète et raisonneuse, mais elle peut aussi naître d’une exigence sincère et honnête de l’intelligence.

16§ Dans la foi chrétienne, il est possible de répondre à l’exigence d’intelligence sans que cela nuise à la foi, au contraire.
La foi chrétienne n’a rien à craindre des questions de la raison, car si Dieu est le Dieu au-delà de tout, notre raison aura beau s’élever autant qu’elle le pourra, surviendra toujours un moment où l’air manquera sous ses ailes et où, subjuguée, elle s’écrira : « je ne peux pas voler plus haut », cédant la place à un autre régime, celui de la foi, une foi renforcée d’avoir traversé la question posée par la raison et qui, prenant le relais, amènera l’intelligence à une autre hauteur.

17§ Dire : « c’est un mystère » ne doit pas résulter de la paresse ou de la démission intellectuelle mais au contraire d’une intelligence qui reconnaît avoir atteint ses limites malgré ses efforts. Pour parler en image, l’aveu : « C’est un mystère » ne naît pas de l’absence de lumière, mais au contraire de son excès.
Fermons la parenthèse sur l’utilisation du mot « mystère »]

18§ Ceci étant posé, dégageons des constantes dans le parcours du chercheur de Dieu, tout en sachant que des variantes existent .


Avant la communication divine

19§ L’expérience mystique, soudaine et brève, est précédée par un parcours pendant lequel le chercheur de Dieu a persévéré dans la confiance, l’espérance et le désir :

  • le chercheur espère une brèche dans un monde apparemment clos et auto-suffisant, qui l’ouvrira sur la réalité indépassable appelée Dieu ;
  • le chercheur croit que Dieu accepte de se laisser trouver, mieux, qu’Il veut être trouvé ;
  • le chercheur est animé par le désir de voir Dieu, un désir tantôt fort tantôt faible mais qui ne s’est pas démenti.

20§ À mon avis, trouver Dieu suppose ces trois attitudes existentielles auxquelles s’ajoute la disponibilité à l’inattendu.
«  Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira. » [8].
L’évangile ne précise pas plus : « on » dans un futur indéfini. À l’exemple de Jean le baptiste, il s’agit de rester disponible à une manifestation de Dieu dont les modalités sont imprévisibles.

21§ Si au contraire le chercheur de Dieu donne des conditions à la manifestation divine – dans tel lieu et pas dans tel autre, dans telle circonstance et pas dans telle autre -, il risque de pas la reconnaître quand elle se produit [9]

22§ Cette disponibilité suppose de dégager un espace mental comparable à une page blanche, où l’expérience peut s’inscrire dans son originalité et sa cohérence propres, sans être aussitôt cataloguée, étiquetée, jugée par notre moteur à association.
Il s’agit d’une ascèse mentale, afin de retrouver la capacité enfantine à se laisser surprendre, à s’émerveiller [10] - étant bien entendu que Jésus ne nous demande pas par contre de retourner à la naïveté et la crédulité de l’enfant.


Après la communication divine
23§ Dans le chemin vers Dieu, l’expérience vive de la rencontre divine délimite un après pendant lequel les effets sensibles de l’effusion mystique s’estompent avec le temps.

24§ Comme les apôtres après la Transfiguration, le chercheur de Dieu redescend de la montagne sainte pour rejoindre la plaine profane : il a entrevu fugacement la gloire de Dieu sur le mont Thabor, mais sans en être totalement et définitivement transfiguré.
Le voyage n’est pas terminé, il faut se remettre en route vers une autre montagne sainte, une autre révélation divine.

25§ Le chercheur de Dieu pèlerine de station en station tant qu’il marche sur cette terre. De loin en loin, il fait des expériences de trouées dans le ciel par lesquelles Dieu lui octroie les grâces dont il a besoin pour continuer. Mais qu’il prenne garde à ne pas se croire arrivé au but, quelle que soit l’intensité de ses expériences de communication divine.

26§ Ainsi Jean le Baptiste : après avoir reçu la révélation de la messianité de Jésus, Jean a été confronté à la modestie des débuts de Jésus, bien différente du grandiose son-et-lumière attendu par Jean. « Es-tu le Messie ou devons-nous en attendre un autre », lui a-t-il fait demander [11].

27§ Comme Jean le Baptiste, nous avons à convertir notre rêve d’un personnage tout-puissant qui viendrait abolir la souffrance, le mal et la mort dans nos vies sans nous et malgré nous, comme par magie.
28§ La venue du Royaume se fait dans la durée, en profondeur, cela prend du temps pour que Dieu apprivoise sa création rêtive. « Quand viendra ton Royaume ? » demandaient déjà impatiemment les disciples il y a deux mille ans.


3. « Père, que ta volonté soit faite et non la mienne »


Tout est grâce
29§ « Tout est grâce ». Thérèse de Lisieux prononça ces paroles quelques jours avant sa mort, alors que ses sœurs carmélites s’affolaient du retard du prêtre : leur sœur allait-elle mourir sans avoir été munie des derniers sacrements ?
« Tout est grâce ». Thérèse laissait à Dieu le soin de faire arriver à temps le prêtre ou non : « fais de moi ce que tu veux, je ne veux faire que ta volonté » [12]

30§ « Tout est grâce ». Mais, objectera-t-on, l’être humain, en espérant, en croyant, en désirant et en se rendant disponible, collabore avec la grâce qui n’est donc pas seule à œuvrer. Sans doute, mais la grâce a pu aussi être déjà à l’œuvre en inspirant cet effort même.

31§ Ainsi, si l’homme cherche Dieu, c’est qu’il a déjà en lui une sorte de pré-connaissance de Dieu qui nous fait désirer le connaître : en nous créant, Dieu nous fait la grâce de cette connaissance et de ce désir infus, à l’état latent sans doute, mais bien présent.

32§ Pour prendre une image, nous serions comme cette graine enfouie dans la terre qui ignore ce qu’est le soleil mais qui le pressent grâce à sa connaissance infuse du haut et du bas et de son désir de chaleur et de lumière. Il revient alors à la graine de pousser sa tige vers le haut et de percer le sol.


Le juste usage de la volonté, entre démission et exacerbation

33§ À bien y regarder, le chercheur de Dieu navigue entre deux extrêmes :

  • vouloir connaître Dieu par ses propres forces – intellectives, volitives, affectives – et c’est l’écueil d’une volonté exacerbée qui méconnaît la transcendance divine et les limites de la condition humaine ;
  • vouloir à l’inverse anéantir sa volonté, son intelligence, son affectivité au motif qu’il faudrait faire place nette, et c’est oublier que si Dieu nous a faits sans nous, il n’a pas voulu nous sauver sans nous [13].

34§ Face à la difficulté de tenir cette ligne de crête, j’aime la maxime jésuite qui dit en substance : « Agir comme si tout dépendait de nous, prier comme si tout dépendait de Dieu » [14].

35§ Tout est dans le « comme si » : plutôt que de s’appliquer vainement à trancher la controverse sur la coopération humaine au salut divin [15], cherchons à agir concrètement dans le monde en serviteur humble et fidèle, pour la plus grande gloire de Dieu et le salut du monde [16].


De quel père s’agit-t-il ?

36§ La mentalité occidentale valorise l’autonomie du sujet et elle n’entend pas facilement l’appel du Christ à faire la volonté de son Père.
Frottée de psychologie, analytique ou non, elle y voit le risque d’une infantilisation sinon d’une aliénation de l’être humain, sommé par la religion chrétienne de renoncer à son propre bonheur et à ses propres désirs .
La mentalité occidentale se demande par ailleurs si l’autorité qui demande un tel renoncement n’est pas animée par une volonté de domination tyrannique [17].

37§ Le disciple du Christ lui-même peut trouver rude la volonté du Père : prendre sa croix à la suite du Christ, perdre sa vie à cause de lui [18], tout cela pour faire la volonté d’un Père qui émonde les sarments pour qu’ils donnent plus de fruits et qui jette au feu ceux qui n’en donnent pas [19].

38§ On entend un écho de ce combat – « agonie » en grec –dans la prière de Jésus au jardin des Oliviers lors du Jeudi saint :

« Abba, Père, à toi tout est possible, écarte de moi cette coupe ! Pourtant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! » [20]

39§ Ne vaut-il pas mieux limiter les interactions avec une figure paternelle aussi exigeante ? On peut être tenté de faire siens les propos du mauvais serviteur dans la parabole des talents :

« Maître, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes où tu n’as pas semé, tu ramasses où tu n’as pas répandu ; par peur, je suis allé cacher ton talent dans la terre : le voici, tu as ton bien. » [21]

40§ Ce qui est en jeu ici, c’est la figure du Père [22]. L’enjeu est posé dès le début de la Bible [23] : le serpent s’emploie à pervertir le visage de Dieu dans l’esprit du couple humain originel.
« Ce soi-disant bon Dieu est en fait un dieu menteur et jaloux, alors ne le croyez pas, désobéissez-lui et devenez des dieux, contre sa volonté » dit le serpent en substance – lui, le véritable menteur et le véritable jaloux.

41§ Personnellement, je crois que le Fils vient rétablir le vrai visage du Père auprès des enfants d’Adam et Ève, et il nous montre que, loin de s’opposer à notre désir de bonheur, le Père nous apprend à le réaliser parfaitement [24].

42§ Pour moi, Jésus est l’homme le plus heureux sur la terre parce que rien en lui ne s’oppose à la volonté du Père, il lui est spontanément accordé comme Verbe incarné dans une chair étanche au poison originel.
Aussi je crois qu’en cherchant à faire la volonté du Père, nous réalisons notre vrai bonheur : la communion à l’amour divin dans toutes les fibres de notre être, un amour qui s’adresse à chacun d’entre nous dans notre singularité, notre unicité.

43§ En cherchant la volonté du Père et non la nôtre, nous devenons paradoxalement plus libres au sens où la liberté consiste à faire ce que l’on veut réellement, c’est-à-dire le bien, et à ne pas céder à la tentation de faire le mal.
Autrement dit, selon moi, paradoxalement, en faisant la volonté du Père, nous retrouvons notre volonté, mais purifiée, élevée, rendue à sa vraie nature. Jésus en ce sens était bien l’homme non seulement le plus heureux, mais aussi le plus libre du monde.

44§ Aussi, je ne crois pas que chercher à faire la volonté du Père nous infantilise et nous empêche de grandir, au contraire.
Pour la foi chrétienne, nous sommes devenus des adultes du point de vue de la société humaine, mais nous sommes encore des enfants dans l’ordre spirituel : baptisés, nous sommes nés à nouveau d’un germe venu d’en haut, et nous avons à croître spirituellement pour parvenir à la stature de l’être humain « parfait » au sens de l’être humain accompli, l’être humain parvenu au terme de son développement [25]

45§ Sur ce chemin de maturation, nous avons à faire confiance à Dieu et à l’Église [26], comme l’enfant fait confiance à l’amour de ses parents pour le protéger et le guider.
Et au fur et à mesure de notre croissance, nous faisons l’expérience de transformations radicales de notre être : le passage à l’âge adulte nous fait entrer dans un monde de désir et d’intelligence dont l’enfant que nous étions n’avait même pas l’idée.

46§ J’aime à penser que, de même que les dix carambars, qui représentaient le bout du monde pour l’enfant, s’effacent à l’âge adulte devant d’autres sources de jouissance autrement plus puissantes, de même ce que nous tenons pour le nec plus ultra du bonheur sur cette terre deviendra aussi limité que ces dix carambars quand nous serons parvenus à notre plein développement spirituel.

47§ Quant à mes frustrations et mes échecs actuels, j’espère qu’elles jouent le même rôle que celles que je rencontrais étant petit et qui m’obligeaient à pousser vers le haut et non pas à coller au sol [27].
J’aime à croire que, devenu accompli spirituellement, je comprendrai le sens de ces choses qui me semblaient si essentielles à l’époque et qui occupaient mon esprit.

48§ Je ressentirai alors un peu de la patience de Dieu envers nous, une patience qui doit ressembler à celle des parents quand ils voient leurs enfant s’accrocher à des hochets et des jouets comme s’ils étaient les trésors les plus précieux du monde, et trépigner de rage quand ils sont contrariés : les parents voient dans leur enfant l’adulte à venir, Dieu voit en nous combien nous pouvons être grands et beaux et aimables, bien au-delà de ce que nous pouvons imaginer : il nous voit capables de ressembler à son Fils.

49§ Enfin, atteint par l’âge, je me réjouis de croire que nous avons encore à grandir, et que quelque chose d’encore plus élevé, encore plus intense, encore plus profond nous attend : la vie en plénitude, le bonheur parfait, l’amour infini [28].


Conclusion : Notre Père

50§ Parvenus au terme de notre réflexion, nous reprenons la prière que nous a enseignée le Christ : nous apprenons à la dire toujours plus comme fils et filles de Dieu, inspirés par l’Esprit saint qui nous conforme à lui.

Notre Père
qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite,
sur la terre comme au ciel.

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour,
pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi
à ceux qui nous ont offensés
et ne nous laisse pas entrer en tentation,
mais délivre-nous du mal.
Amen.


Merci de votre attention.


fr. Franck Guyen op, mai 2022


[2sur le site www.journeywithjesus.net

[3Luc 17,10

[4voir :

Sion disait : « Le SEIGNEUR m’a abandonnée, mon Seigneur m’a oubliée ! »
La femme oublie-t-elle son nourrisson, oublie-t-elle de montrer sa tendresse à l’enfant de sa chair ? Même si celles-là oubliaient, moi, je ne t’oublierai pas !
Attends le Seigneur, Israël, maintenant et à jamais.
Isaïe 49,14-15

et aussi :

C’est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face.
N’écarte pas ton serviteur avec colère : tu restes mon secours.
Ne me laisse pas, ne m’abandonne pas, Dieu, mon salut !
Mon père et ma mère m’abandonnent ; le Seigneur me reçoit.
Psaume 26, 9-10

[5Jn 1,26

[6Jn1,33-34

[7Voir dans l’Ancien testament :

Cieux, de là-haut répandez comme une rosée et que les nuées fassent ruisseler la justice, que la terre s’ouvre, que s’épanouisse le salut, que la justice germe en même temps ! C’est moi, le SEIGNEUR, qui ai créé cet homme.
Malheur à qui, cruchon parmi les cruchons de glaise, chicanerait celui qui l’a formé ! L’argile dira-t-elle à celui qui lui donne forme : « Que fais-tu ? », et l’œuvre réalisée par toi dira-t-elle : « Il n’a pas de mains ! » ?
Malheur à qui dit à un père : « Qu’as-tu engendré ? », et à une femme : « Qu’as-tu mis au monde ? »

Ainsi parle le SEIGNEUR, celui qui a formé Israël et qui en est le Saint : Exigez donc de moi les choses à faire au sujet de mes fils ! Au sujet de l’œuvre réalisée par mes mains, vous me donneriez des ordres ? C’est moi qui ai fait la terre et qui ai, sur elle, créé l’humanité ; c’est moi, ce sont mes mains qui ont tendu les cieux et à toute leur armée je donne des ordres. C’est moi qui, selon la justice, ai fait surgir cet homme et j’aplanirai tous ses chemins. C’est lui qui rebâtira ma ville, et il renverra mes déportés, sans qu’il leur en coûte ni paiement, ni commission, dit le SEIGNEUR, le tout-puissant.
Isaïe 45,8-13

Voir aussi dans le Nouveau testament  :

- Qui es-tu donc, homme, pour entrer en contestation avec Dieu ? L’ouvrage va-t-il dire à l’ouvrier : Pourquoi m’as-tu fait ainsi ? Le potier n’est-il pas maître de son argile pour faire, de la même pâte, tel vase d’usage noble, tel autre d’usage vulgaire ?
Romains 9, 20-21

[8Mt 7,7

[9Dieu dans la Bible échappe à nos calculs humains :

Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées.
Isaïe 55, 8-9

.

[10voir :

En vérité, je vous le déclare, qui n’accueille pas le Royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera pas. »
Marc 10,15

Voir aussi Devenir comme un enfant pour entrer dans le Royaume des cieux - Le texte des évangiles synoptiques

[11voir :

Or Jean, dans sa prison, avait entendu parler des œuvres du Christ. Il lui envoya demander par ses disciples : « Es-tu ‹Celui qui doit venir› ou devons-nous en attendre un autre ? »
Matthieu 11, 2-3

Dans le même ordre d’idée, voir comment Simon-Pierre a lui aussi été contraint de convertir son rêve de Messie tout-puissant : lui qui avait fait l’expérience de la Transfiguration du Christ, lui qui avait bénéficié de la révélation de Jésus comme Fils unique de Dieu, il n’avait pas compris le sens de l’apparente impuissance du Christ pendant sa Passion et il a fallu la Résurrection pour qu’il comprenne plus profondément qui était Jésus.

[12On peut entendre en écho un François de Sales qui priait en substance ainsi : « Si telle est ta volonté, que j’aille en enfer, mais que là, jamais je ne te blasphème ». Cette prière avait calmé en lui l’angoisse de la damnation qui l’avait étreint.
(Pour les termes exacts de la prière de François de Sales, voir sa biographie)

[13cf. S. Augustin, serm. 16, 11, 13 : PL 38, 923.

[14Ignace de Loyola aurait dit plus exactement : « « Agis comme si tout dépendait de toi, en sachant qu’en réalité tout dépend de Dieu » (cf. Pedro de Ribadeneira, La vie de saint Ignace de Loyola) cité par Benoît XVI lors de l’Angelus du 17 juin 2012.
Autre version trouvée sur https://www.larousse.fr/encyclopedie :
« Aie confiance en Dieu, comme si le succès de ton action dépendait tout entier de toi, et pas du tout de Dieu ; mais, en même temps, applique ton âme à tes actes, comme si tu étais, toi, impuissant, et Dieu devait tout faire. »

[15Rappelons qu’en 1598 puis en 1611 le Magistère avait interdit aux dominicains et aux jésuites de débattre de la question de la prédestination à la suite de la controverse De auxillis

  • Voir article « Enjeux anthropologique et juridique de la controverse de auxiliis entre Luis de Molina et Domingo Bañes » de Gaëlle Demelemestre dans la revue Réforme, Humanisme, Renaissance 2018/2 (N° 87), pages 67 à 105 – disponible sur le site https://www.cairn.info
  • Voir aussi l’article : « Le Moment Pascalien dans la Querelle de la Grâce » de Sylvio Hermann de Franceschi – Revue de Synthèse, Springer Verlag/Lavoisier, 2009, 130 (4), pp.595-635 -, posté sur le site https://hal.archives-ouvertes.fr/hal

[16Voir :

Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle.
Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.
Jean 3,16-17

[19Voir :

« Je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui, en moi, ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, afin qu’il en porte davantage encore.
Déjà vous êtes émondés par la parole que je vous ai dite. Demeurez en moi comme je demeure en vous ! De même que le sarment, s’il ne demeure sur la vigne, ne peut de lui-même porter du fruit, ainsi vous non plus si vous ne demeurez en moi.
Je suis la vigne, vous êtes les sarments : celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là portera du fruit en abondance car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment, il se dessèche, puis on les ramasse, on les jette au feu et ils brûlent.
Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez ce que vous voudrez, et cela vous arrivera. Ce qui glorifie mon Père, c’est que vous portiez du fruit en abondance et que vous soyez pour moi des disciples.
Jean 15,1-8 dans la traduction de la TOB

[21cf. Matthieu 25,24-25 . Voir le parallèle dans Luc :

« Seigneur, voici ta mine, je l’avais mise de côté dans un linge. Car j’avais peur de toi parce que tu es un homme sévère : tu retires ce que tu n’as pas déposé et tu moissonnes ce que tu n’as pas semé. »
Luc 19,20-21

[22Voir à ce sujet le livre "Dieu et son image - Ébauche d’une théologie biblique" de Dominique Barthélemy aux éditions du Cerf, [Première édition : 1964], 2011, 256 p.

[23au chapitre trois du Livre de la Genèse

[25Voir :

Et les dons qu’il a faits, ce sont des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des pasteurs et catéchètes, afin de mettre les saints en état d’accomplir le ministère pour bâtir le corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’adultes, à la taille du Christ dans sa plénitude.
Ainsi, nous ne serons plus des enfants, ballottés, menés à la dérive à tout vent de doctrine, joués par les hommes et leur astuce à fourvoyer dans l’erreur. Mais, confessant la vérité dans l’amour, nous grandirons à tous égards vers celui qui est la tête, Christ.
Ephésiens 4,11-15

[26entendue d’abord comme cette réalité humano-divine instituée par le Christ qui subsiste dans sa manifestation terrestre sans s’y réduire ni s’y identifier

[27L’être humain comparé à une plante qui a besoin d’un tuteur pour pousser vers le haut et non pas ramper au sol, jusqu’à ce que, suffisamment forte, elle puisse se passer du tuteur

[28voir :

Et tout ce que nous vivons, c’est pour vous, afin qu’en s’accroissant la grâce fasse surabonder, par une communauté accrue, l’action de grâce à la gloire de Dieu. C’est pourquoi nous ne perdons pas courage et même si, en nous, l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour.
Car nos détresses d’un moment sont légères par rapport au poids extraordinaire de gloire éternelle qu’elles nous préparent. Notre objectif n’est pas ce qui se voit, mais ce qui ne se voit pas ; ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel.
2 Corinthiens 4,15-18


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