Une des manières de prier de saint Dominique

lundi 8 août 2022
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Extrait de l’Opuscule des Neuf manières de prier de saint Dominique  [1]


Sa première manière de prier était la suivante.

Humblement prosterné devant l’autel, comme si le Christ, représenté par cet autel, lui était réellement et personnellement présent, et non pas seulement dans son symbole, il disait : « Mon Dieu, tu as toujours eu pour agréable la prière des hommes humbles et doux. N’est-ce pas par son humilité que la Chananéenne obtint ce qu’elle voulait, de même que le fils prodigue ? Mais moi, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, car, je me suis humilié profondément devant toi, Seigneur. »
Après avoir prié de la sorte, le bienheureux Père se relevait, inclinait la tête et, considérant avec humilité son chef Jésus Christ, comparant sa condition d’esclave avec l’excellence du Christ, il appliquait tout son être à lui manifester sa vénération.

Et il enseignait aux frères à faire de même quand ils passaient devant le crucifix, signe de l’humiliation de Jésus Christ, afin que, si profondément humilié pour nous, il nous vît aussi humiliés devant sa majesté. Cette sorte d’humilité, il la demandait aussi en l’honneur de la sainte Trinité, lorsqu’on chantait le verset : Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.

Soit devant l’autel ou au chapitre, saint Dominique, le regard fixé sur le crucifix, le considérait avec une incomparable vénération. Devant lui il faisait de nombreuses génuflexions. Parfois aussi, depuis Compiles jusqu’au milieu de la nuit, tantôt il se relevait, tantôt il s’agenouillait comme l’Apôtre saint Jacques.
A l’exemple du lépreux de l’Évangile, il disait, le genou en terre : Seigneur, si tu le veux, tu peux me guérir. A genoux encore, comme saint Étienne, il criait avec force : Ne leur impute pas ce péché, Seigneur.
Il se formait alors en notre Père saint Dominique, un grand sentiment de confiance dans la miséricorde de Dieu : pour lui-même, pour tous les pécheurs et pour la protection des frères plus jeunes qu’il envoyait parcourir le monde en prêchant. Parfois, il ne parvenait pas à contenir sa voix et les frères l’entendaient s’écrier : « C’est vers toi que je crie, Seigneur, ne reste pas sans me répondre, ne garde pas le silence », ou d’autres paroles semblables de la sainte Écriture.

Mais parfois il parlait dans son cœur et l’on n’entendait plus du tout sa voix. Il restait parfois très longtemps en génuflexion, l’âme perdue dans le ravissement. Et quelquefois il semblait que, dans cette sorte de regard, son intelligence pénétrait le ciel ; et tout aussitôt, rempli de joie, il essuyait les larmes qui coulaient de ses yeux. Il se laissait emporter par un saint désir, comme un homme altéré qui parvient à la source, comme un voyageur qui va enfin retrouver sa patrie.
Son animation et son ardeur croissaient, comme on pouvait le voir à la rapidité de ses mouvements, qui gardaient cependant toute leur dignité, quand il se relevait et s’agenouillait. Il était tellement habitué à fléchir les genoux que, même en voyage, dans les hôtelleries après les fatigues de la route et jusque sur les chemins, pendant que ses compagnons dormaient et se reposaient, il revenait à ses génuflexions comme à son art et à son ministère particuliers. Et par son exemple plus que par ses paroles, il apprenait à ses frères à prier.


[1tiré du sanctoral du propre de l’ordre des prêcheurs, édition typique en langue française adaptée de l’édition latine, et approuvée par le RME père Vincent de Couesnongle, maître de l’Ordre - Provinces dominicaines francophones, Typographie polyglotte vaticane, Paris 1983


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