Éléments pour une spiritualité mariale équilibrée

dimanche 1er juin 2025
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Table des matières

  1. Respecter la différence entre l’ordre du créé et l’ordre divin
  2. « À Jésus par Marie »
  3. La place unique de Marie dans l’économie divine du salut

Conclusion : Une femme mise à part


Posons quelques principes de base pour honorer Marie de manière juste dans son rapport à Dieu et dans son rôle dans l’économie du salut. Par « juste », nous entendons le juste milieu entre trop et trop peu – entre excès et manque d’honneur.


1. Respecter la différence entre l’ordre du créé et l’ordre divin

Marie ressort de l’ordre du créé : Jésus peut dire : « Avant le monde soit créé, Je fus », car en tant que deuxième Personne de la Trinité, en que Fils, il n’a pas été créé mais engendré – voir le Credo -. Jésus a été de tout temps à tout temps, ce qui n’est pas le cas de Marie.
Marie étant une créature et non pas Dieu, il est permis de la vénérer mais non de l’adorer, car l’adoration est réservée à Dieu seul.

Pour prendre une image qui illustre la différence entre l’ordre créé et l’ordre incréé, prenons le soleil et la lune : le soleil produit lui-même la lumière qu’il rayonne, tandis que la lune, aussi belle et resplendissante soit-elle, reçoit et renvoie la lumière du soleil, mais elle ne la produit pas. De même, le Christ est la source de la grâce divine et non Marie : l’homme est sauvé par la foi en la résurrection du Christ, et non en celle de Marie.

Toujours pour distinguer les deux ordres, considérons les mystères de l’Ascension de Jésus et celui de l’Assomption de Marie : Jésus monte par lui-même auprès de son Père, tandis que Marie est élevée au ciel (Dieu la prend en charge, « l’assume » d’où le terme d’Assomption). Dans l’Ascension, Jésus entre dans l’intérieur de la Trinité si l’on peut parler ainsi, il partage le même trône de gloire que le Père et l’Esprit Saint, tandis que si Marie entre dans l’intimité de la Trinité, elle ne devient pas une quatrième Personne divine, elle est assise à la droite du trône divin, mais non sur le trône lui-même.


2. « À Jésus par Marie »

Ce qui glorifie une mère, ce qui la remplit de fierté, c’est qu’on glorifie ses enfants, et il en va de même pour Marie. Aller vers Marie, c’est aller vers la mère de Jésus, c’est aller vers celle qui nous montre son fils à la crèche et à la croix, c’est être envoyée par elle vers lui.

Une authentique dévotion à Marie débouche sur l’adoration de son Fils, comme saint Louis-Marie Grignon de Montfort (1673-1716), grand dévot de Marie, l’a exprimé dans la devise : « À Jésus par Marie », devise que l’on retrouve dans la basilique de Lourdes. En ce sens, la dévotion à Marie ne diminue pas l’adoration de Dieu, au contraire, elle la renforce.


3. La place unique de Marie dans l’économie divine du salut

Les deux points précédents visent ne pas trop majorer le rôle de Marie. Mais il s’agit aussi de ne pas trop le minorer, comme nous allons le voir maintenant.

Si Marie ressort de l’ordre du créé, elle est ce que la création a pu donner de plus haut, de plus beau, de plus élevé : lors du mystère de l’Annonciation, elle a pu prononcer : «  Fiat » - « Qu’il m’advienne selon ce que tu as dit », autrement dit : « Oui », en engageant tout son être de femme et en restant humble et confiante : elle n’a pas été abattue et inversement, elle ne s’est pas exaltée d’avoir été choisie entre toutes les femmes. Je crois que Marie devait être entièrement pure de tout péché – il a fallu le mystère de l’Immaculée conception de la Vierge - pour que Marie puisse prononcer son « Fiat » dans la confiance et l’humilité totales.

Le rôle unique et prééminent de Marie au début se retrouve aussi à la fin, quand elle reste au pied de la croix [1] : dans l’évangile de Jean, Jésus en train d’agoniser, montrant son disciple bien-aimé, dit à Marie : « Femme, voici ton fils » [2]. Selon la tradition, cela signifie que Marie assiste maternellement tous les disciples du Christ, elle accepte de se soucier comme une mère de tous les croyants que son divin Fils lui donnera – y compris ceux qui ne sont pas facilement aimables. Quelle largeur de cœur Jésus demande à Marie, et quelle grâce nous est donnée.


Conclusion : une femme mise à part

Des croyants s’interrogent sur la place faite à Marie dans l’économie du salut. Elle leur apparaît tellement à part qu’elle semble étrangère à la condition féminine, tandis que les dogmes mariaux – en particulier la virginité perpétuelle de Marie, y compris pendant son accouchement – sollicitent trop leur foi.
Je dirai à ces croyants deux choses.

La hiérarchie des vérités à croire
10§ Le Concile Vatican II a rappelé qu’il existe une hiérarchie dans les vérités de foi [3].
11§ La foi – ce qui est donné à croire – comprend des vérités secondes par rapport aux vérités fondamentales de la Révélation chrétienne, les vérités secondes procèdent des vérités fondamentales mais elles ne relèvent pas du même ordre.

12§ L’analogie est ici celle de l’arbre : il y a les racines, le tronc, les branches, les rameaux, les brindilles. Tous font partie de l’arbre, tous contribuent à la vie de l’arbre, mais tous ne jouent pas le même rôle : couper le tronc n’est pas la même chose que de couper une brindille par exemple. Par analogie avec l’arbre, ne pas croire que Marie a conservé son hymen après l’accouchement n’est pas du même niveau que ne pas croire que Jésus est ressuscité. Dans un cas, vous restez un chrétien, dans l’autre il y a un souci.

La virginité, un trésor pour l’Église
13§ Autant la virginité a été valorisée pendant des siècles dans la société chrétienne, autant maintenant elle est dévalorisée dans notre société sécularisée qui aurait plus tendance à plaindre ceux qui s’abstiennent de tout rapport sexuel plutôt qu’à les admirer. Cela peut expliquer que la figure de la Vierge apparaisse bien éloignée de la condition féminine actuellement.

14§ Essayons de valoriser de manière plus juste la virginité volontaire, en lui évitant l’excès d’honneur comme l’excès d’infamie.

15§ Pour moi, le disciple du Christ répond à son appel dans l’état de vie où il se trouve, et aucun état n’est meilleur qu’un autre, c’est l’ensemble des contributions de chacun là où il se trouve qui fait le Corps du Christ : il y a certes une hiérarchie dans les contributions, mais c’est l’ensemble qui fait sens et qui plaît à Dieu. On se référera ici à l’analogie paulinienne du corps, où l’œil n’a pas le droit de mépriser le pied (et j’ajouterai, le pied n’a pas à envier l’œil) [4].

16§ Il ne me semble donc ni juste ni productif de mettre sur un piédestal le religieux qui a fait profession de continence par rapport aux autres baptisés : le religieux ne fait que répondre à l’appel spécifique que le Christ lui a lancé, son seul mérite, s’il y en a un, est d’obéir à sa vocation. Qu’il y réponde donc sans lorgner sur l’assiette du laïc, et de même que le laïc réponde à sa vocation propre sans lorgner sur l’assiette du religieux : je trouve aussi déplacé un laïc qui joue au religieux qu’un religieux qui joue au laïc. Que le religieux soit un bon religieux, que le laïc soit un bon laïc, et tous deux témoigneront de la puissance du Christ ressuscité au monde.

17§ Il n’est pas juste de survaloriser la virginité (et la continence) volontaire, il n’est pas juste non plus de la dévaloriser. Le Christ appelle quelques-uns de ses disciples au renoncement volontaire à l’exercice de leur sexualité, non pas parce que ce renoncement aurait une valeur en soi, mais parce qu’il permet à ces quelques disciples de jouer un rôle spécifique dans l’avènement du Règne de Dieu sur terre, un rôle qu’eux seuls peuvent remplir.

En effet, il y a des eunuques qui sont nés ainsi du sein maternel ; il y a des eunuques qui ont été rendus tels par les hommes ; et il y en a qui se sont eux-mêmes rendus eunuques à cause du Royaume des cieux. Comprenne qui peut comprendre ! »
Matthieu 19,12

18§ Jésus dans Matthieu le dit bien, cette phrase n’est pas compréhensible par tous, et je dirais que seuls ceux qui y sont appelés la comprennent.
19§ Là encore, rappelons la règle fondamentale selon laquelle Dieu élit quelques-uns en vue du bien de tous : il ne s’agit pas que les quelques-uns s’enorgueillissent aux dépens de la multitude ni que la multitude jalouse les quelques-uns.


Merci de votre attention


Fr. Franck Guyen, o.p., septembre 2022


[1On pourra méditer l’HOMÉLIE DE S. BERNARD POUR LE DIMANCHE APRÈS L’ASSOMPTION, reprise dans l’office des lectures du 15 septembre, fête de Notre-Dame des douleurs :

Le martyre de la Vierge nous est connu tant par la prophétie de Siméon que par le récit même de la Passion du Seigneur. De l’enfant Jésus, ce vieillard disait : Il sera un signe de division ; et toi, disait-il à Marie, une épée transpercera ton âme.

Oui, Mère bénie, un glaive a transpercé ton âme : il n’aurait pu, sans transpercer celle-ci, pénétrer dans la chair du Fils. C’est vrai : ce Jésus qui est le tien — qui est à tous, certes, mais à toi tout particulièrement —, après avoir remis son esprit, ne fut pas atteint dans son âme par la lance meurtrière sans épargner un mort, auquel elle ne pouvait pourtant plus faire de mal, elle lui ouvrit le côté ; mais c’est ton âme qu’elle transperça. La sienne assurément n’était plus là mais la tienne ne pouvait s’enfuir. Ton âme, c’est la force de douleur qui l’a transpercée, aussi pouvons-nous très justement te proclamer plus que martyre, puisque ta souffrance de compassion aura certainement dépassé la souffrance qu’on peut ressentir physiquement.

N’a-t-elle pas été plus qu’une épée pour toi, n’a-t-elle pas percé ton âme et atteint jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, cette parole : Femme, voilà ton fils ? Ô quel échange ! Jean t’est donné en lieu et place de Jésus, le serviteur à la place du Seigneur, le disciple au lieu du Maître, le fils de Zébédée à la place du Fils de Dieu, un simple homme au lieu du vrai Dieu. Comment l’écoute de cette parole ne transpercerait-elle pas ton âme pleine d’affection, quand le seul souvenir de cette parole brise déjà nos cœurs, qui sont pourtant de roc et de fer ? Ne vous étonnez pas, frères, qu’on puisse dire de Marie qu’elle a été martyre dans son âme. S’en étonnerait celui qui aurait oublié comment Paul mentionne, parmi les fautes les plus graves des païens, le fait qu’ils ont été sans affection. Un tel péché était bien loin du cœur de Marie ; qu’il le soit aussi de ses modestes serviteurs.

Mais on dira peut-être : ne savait-elle pas d’avance qu’il devait mourir ? — Sans nul doute. N’espérait-elle pas qu’il ressusciterait aussitôt ? — Oui, assurément. Et malgré cela elle souffrit de le voir crucifié ? — Oui, et violemment. Qui donc es-tu, frère, et d’où vient ta sagesse, pour que tu puisses t’étonner davantage de la compassion de Marie que de la passion du fils de Marie ? Lui a pu mourir dans son corps, et elle, n’aurait-elle pas pu mourir avec lui dans son cœur ? Voilà (dans la passion du Christ) ce qu’a accompli une charité telle que personne n’en a éprouvé de plus grande ; et voici (dans la compassion de Marie) ce qu’a accompli une charité qui, après celle de Jésus, n’a pas son pareil.

[2Jean 19,26

[3« En exposant la doctrine, [les théologiens catholiques engagés dans le dialogue œcuménique] se rappelleront qu’il y a un ordre ou une "hiérarchie" des vérités de la doctrine catholique, en raison de leur rapport différent avec les fondements de la foi chrétienne. » décret Unitatis Redintegratio de 1964, § 11

[4cf. 1 Corinthiens 12,12-27

En effet, prenons une comparaison : le corps est un, et pourtant il a plusieurs membres ; mais tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps : il en est de même du Christ.
Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit en un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit.
Le corps, en effet, ne se compose pas d’un seul membre, mais de plusieurs. Si le pied disait : « Comme je ne suis pas une main, je ne fais pas partie du corps », cesserait-il pour autant d’appartenir au corps ? Si l’oreille disait : « Comme je ne suis pas un œil, je ne fais pas partie du corps », cesserait-elle pour autant d’appartenir au corps ? Si le corps entier était œil, où serait l’ouïe ? Si tout était oreille, où serait l’odorat ?
Mais Dieu a disposé dans le corps chacun des membres, selon sa volonté.
Si l’ensemble était un seul membre, où serait le corps ? Il y a donc plusieurs membres, mais un seul corps. L’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi », ni la tête dire aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous. » Bien plus, même les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont nécessaires, et ceux que nous tenons pour les moins honorables, c’est à eux que nous faisons le plus d’honneur. Moins ils sont décents, plus décemment nous les traitons : ceux qui sont décents n’ont pas besoin de ces égards.
Mais Dieu a composé le corps en donnant plus d’honneur à ce qui en manque, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient un commun souci les uns des autres.
Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est glorifié, tous les membres partagent sa joie.
Or vous êtes le corps de Christ et vous êtes ses membres, chacun pour sa part.


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