Éléments pour vivre le deuil dans la foi chrétienne
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Table des matières
1§ Comment vivre un deuil en s’appuyant sur la foi chrétienne ? [1]
2§ Je dirais : en partant des trois puissances données gracieusement par Dieu à celui qui croit en Jésus mort pour nos péchés, et ressuscité pour notre vie éternelle [2].
- croire que le Christ Jésus a vaincu la mort pour nous, parce que Dieu n’accepte pas d’abandonner sa création à la mort et au malheur ;
- espérer retrouver un jour nos morts, et ce sera la fête après les larmes ;
- aimer envers et contre tout, et par-dessus tout, parce que l’amour seul est éternel, parce qu’il se tient à l’origine et au terme de toute choses, parce que c’est lui qui donne sa valeur à toute chose, parce que Dieu est amour et que nous sommes appelés à entrer dans la ronde d’amour des trois Personnes divines [3]
3§ Les fondements théologiques et christologiques ainsi posés, nous pouvons nous appuyer sur la psychologie en maintenant ouverte la dimension religieuse. Je propose deux grandes attitudes psychologiques.
1. Gérer sa culpabilité
4§ Que faire face à une culpabilité ou à des remords obsédants ? « Je n’ai pas été là quand il fallait, je ne lui ai pas dit ce qu’il fallait, je ne l’ai pas écouté quand il parlait. Je n’ai pas pu lui dire merci, pas pu lui dire combien il comptait pour moi. J’ai parlé quand il fallait se taire, et je me suis tu quand il fallait parler. Et peut-être même lui ai-je dit des choses blessantes, peut-être même lui ai-je fait des choses méchantes ».
5§ Pour commencer, se dire que le défunt de son vivant savait faire la part des choses, qu’il décodait l’intention derrière les mots et les gestes maladroits. Et tout n’a pas besoin d’être explicité entre personnes familières : les demi-mots, les signaux non verbaux suffisent.
6§ La foi va plus loin. Pour le croyant, la mort n’est pas la fin de tout, l’histoire continue jusqu’au moment de la révélation finale qui nous révèlera jusqu’où va l’amour de Dieu, mais aussi jusqu’où nous avons aimé : les intentions réelles de nos actes seront manifestées, et nous verrons au-delà des quiproquos et des maladresses d’expression le poids d’amour qui les motivait.
7§ Nous verrons alors combien le péché ne fait pas le poids devant l’amour, nous pardonnerons et nous serons pardonnés, nous pleurerons beaucoup, et puis tout cela s’effacera et il ne restera plus que la joie des retrouvailles, les rires, les embrassades et une communion des cœurs que rien ne pourra plus assombrir [4] – comme quoi le Jugement dernier peut faire l’objet d’une grande frayeur, mais aussi d’une grande espérance.
2. Vivre ce que nous avons à vivre, ni plus ni moins
Accepter de pleurer
8§ Donner du temps à la tristesse le temps qu’il faut, ni trop ni trop peu. Gémir, pleurer, ne plus avoir de goût à rien, s’habiller de couleurs sombres, montrer un visage triste – le temps qu’il faut. Laisser les souvenirs remonter, les laisser s’exprimer et aussi les laisser s’en aller quand ils ont fini.
9§ Découvrir la profondeur du manque, du vide provoqué par la disparition de la personne aimée, apprivoiser la peine qui en résulte : la reconnaître pour ce qu’elle est, la laisser occuper sa juste place dans notre conscience : ne pas lui accorder une place disproportionnée, dans un sens comme dans l’autre (trop ou pas assez). Laisser la peine dire ce qu’elle a à dire, sans lui couper la parole et sans renchérir sur elle. L’écouter avec confiance, espérance et amour (les trois puissances reçues de Dieu vues plus haut).
Accepter de rire
10§ Accepter de voir la douleur s’atténuer avec le temps, accepter de voir la vie reprendre des couleurs : reviennent les rires, les désirs de goûter à de bonnes choses, de sortir avec des amis. S’apercevoir qu’on pense moins souvent à la personne disparue.
11§ Et ce n’est pas qu’on aime moins la personne disparue ou qu’on l’oublie : l’amour échangé est toujours là, invisiblement, et il continuera de nous constituer et de produire du fruit dans nos vies jusqu’à la fin des temps, car l’amour est éternel nous dit saint Paul [5].
12§ Accepter que la plaie du deuil cicatrise et ne pas la gratter pour qu’elle se réouvre : le chagrin est un sentiment fort que nous pouvons utiliser pour occulter des aspects de nos vies que nous ne voulons pas voir. L’entretien artificiel du chagrin traduit selon moi un centrage sur soi plus qu’une fidélité à la personne disparue.
13§ À mon avis, la vraie fidélité exige au contraire d’accepter de laisser partir le chagrin et la peine quand ils ont fini de dire ce qu’ils avaient à dire [6] : nous croyons que nous retrouverons la personne disparue au jour du Jugement, et en attendant, nous avons le devoir de continuer à vivre – car c’est ce qu’elle aurait voulu et c’est avant tout ce que veut le Dieu des vivants [7]. De fait, nous sommes en dette par rapport à nos morts et par rapport à Dieu : la dette de vie.
© fr. Franck Guyen op, octobre 2022
© Fr. Franck Guyen op, février 2025
[1] Cet article fait suite à l’intervention du 5 octobre auprès de personnes en deuil pendant le Pèlerinage du Rosaire 2022 à Lourdes
[2] les « trois vertus théologales » en termes techniques
[3] Voir la célèbre icone d’Andreï Roublev « La Trinité », avec la table où nous sommes invités.
[4] Voir la ronde joyeuse des élus qui dansent avec les anges gardiens dans le Jugement dernier de Fra Angelico ;
voir le geste de l’homme qui tend la main vers sa femme dans le retable de Roger van der Weyden à l’Hospice de Beaune
[5]
Quand je parlerais en langues, celle des hommes et celle des anges, s’il me manque l’amour, je suis un métal qui résonne, une cymbale retentissante. Quand j’aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et de toute la connaissance, quand j’aurais la foi la plus totale, celle qui transporte les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens aux affamés, quand je livrerais mon corps aux flammes, s’il me manque l’amour, je n’y gagne rien.
L’amour prend patience, l’amour rend service, il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il n’entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il trouve sa joie dans la vérité. Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout.
L’amour ne disparaît jamais. Les prophéties ? Elles seront abolies. Les langues ? Elles prendront fin. La connaissance ? Elle sera abolie. Car notre connaissance est limitée, et limitée notre prophétie. Mais quand viendra la perfection, ce qui est limité sera aboli.
1 Cor 13,1-10
[6] en sachant qu’ils ne partent jamais définitivement : au moment où nous nous y attendons le moins, ils ressurgissent. Les accueillir de nouveau alors
[7] Voir dans l’Évangile de Luc :
Et que les morts doivent ressusciter, Moïse lui-même l’a indiqué dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob.
Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants, car tous sont vivants pour lui. »
Luc, 20,37-38
