L’entretien d’un frère avec des novices dominicains
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Cet article retranscrit la rencontre avec les novices dominicains de la Province dominicaine de France lors de leur soirée récréative du jeudi 13 février 2025 [1].
L’article a repris le style oral de l’intervention.
‘Table des matières
- 1. Tu découvres la foi à 25 ans ?
- 2. Comment as-tu découvert l’Ordre ?
- 3. Quelle place pour la Parole de Dieu ?
- 4. Comment décrire la vie dominicaine ?
- 5. Le bonheur dans l’Ordre
- 6. Un vœu compliqué pour les générations plus jeunes ?
- 7. La confiance dans l’Ordre des prêcheurs
- 8 La diversité dans l’Ordre des prêcheurs
- 9. Les trois piliers de la prédication
- 10. Comment vois-tu l’avenir de l’Église et de l’Ordre ?
- 11. pour conclure, un conseil à des novices ?
1§ Pour commencer, sachez qu’on peut être très heureux dans l’Ordre. C’est une très belle façon d’exprimer les promesses du baptême.
2§ Je suis personnellement heureux dans l’Ordre. Je trouve que c’est une belle coïncidence qu’hier, nous ayions fêté Réginald d’Orléans [2] qui est rentré à 40 ans dans l’Ordre. Sur son lit de mort, il a dit qu’il n’avait pas de mérite d’y avoir vécu parce qu’il y avait été heureux.
1. Tu découvres la foi à 25 ans ?
3§ J’avais 25 ans, sans aucune éducation chrétienne, en pleine crise existentielle avec des questions de base du genre : « à quoi sert la vie, est-ce que je peux aimer, est-ce que je suis aimé ? ». Si tu n’en as pas les réponses, tu es mal.
4§ Or j’avais cet ami qui allait devenir mon parrain. Un jour, il m’a demandé de l’aider pendant qu’il jouait de l’orgue à l’église. J’ai accepté et me voilà dans l’église Sainte-Mathilde à Puteaux (France) un certain dimanche 8 décembre 1985 à tourner les pages de la partition pendant qu’il jouait à deux messes [3].
5§ Comme c’était la deuxième semaine de l’Avent, j’ai entendu par deux fois l’évangile de la proclamation de Jean le Baptiste au désert : « Préparez les chemins du Seigneur. Une voix crie dans le désert, préparez les chemins du Seigneur. Aplanissez les collines et comblez les ravins ». [4].
6§ Pour moi, il s’agissait dans cet évangile de la géographie de l’âme : les montagnes désignaient la colère, la jalousie ; les ravins désignaient la peur, l’angoisse, le doute. L’évangile appelait à aplanir le chemin pour que quelque chose ou quelqu’un puisse te rejoindre.
7§ En parallèle, je lisais les Confessions de saint Augustin [5]. Une nuit, je suis arrivé dans ma lecture au moment où il découvre le Dieu au-delà de ce qui relève finalement de l’ordre du créé. La rencontre de ce Dieu-là opère une conversion de son intelligence – plus tard, il vivra la conversion de son affectivité [6] – et il écrira qu’après cet événement, il aurait plus facilement douté de son existence que de l’existence de Dieu. Autrement dit, s’il y a une réalité et une seule, c’est Dieu. C’était devenu une évidence pour Augustin et pour moi à la suite d’Augustin.
8§ J’en parlais à cet ami qui m’a simplement dit d’aller voir le curé de la paroisse et, de fil en aiguille, je recevais le baptême le 22 juin 1986.
9§ Aujourd’hui, rétrospectivement, je pense que mon entrée dans l’Ordre et les années que j’y ai vécues sont une façon d’essayer de comprendre ce qui s’est passé cette nuit-là et comme il s’agit d’un mystère, je ne cesserai jamais d’entrer dans sa profondeur, sa largeur, sa longueur, sa hauteur… et cela fait ma joie.
2. Comment as-tu découvert l’Ordre ?
10§ Après mon baptême, j’étais devenu un dévot de la Vierge Marie et je suis tombé sur le livre de Michel Feuillet intitulé « Fra Angelico, maître de l’Annonciation » dans la collection Un Certain Regard aux éditions Mame, publié en 1995 [7]. L’auteur interprétait les œuvres de Fra Angelico en citant le commentaire de l’Ave Maria par Thomas d’Aquin.
11§ Grâce à ce livre, je faisais la connaissance de deux figures dominicaines impressionnantes : Fra Angelico, le frère angélique, et Thomas d’Aquin, le docteur angélique [8].
Ce sont eux qui m’ont amené à toquer à la porte de l’Ordre des prêcheurs et, en amont, la Vierge Marie.
12§ Pour mémoire la Vierge Marie est la patronne de l’Ordre dominicain. À mon avis, il y a dans notre ADN un lien spécial avec la Vierge Marie. Après tout, elle est la Reine des prêcheurs : c’est elle qui a donné au monde le Verbe-fait-chair auquel notre parole et notre exemple de vie de prêcheur renvoient [9].
13§ J’ai passé mon noviciat à Strasbourg. Les frères m’ont demandé lors l’entretien final en juin 2000 : « à presque quarante ans, tu rentres dans l’Ordre, tu n’as plus d’argent à toi, tu dois demander pour ceci cela. Est-ce que ce n’est pas très rude pour toi ? ».
Je leur ai répondu que non, c’était certes un tournant dans ma vie, mais c’était un virage très ample qui s’est fait doucement, calmement. Je n’ai pas éprouvé les doutes que j’avais pu avoir quand j’ai envisagé de me marier ou de devenir prêtre séculier. Là, tout s’est fait très paisiblement.
3. Quelle place pour la Parole de Dieu ?
14§ Vous méditez la Parole de Dieu pour préparer votre homélie et cette parole va vous travailler si vous jouez le jeu. Quand vous prêcherez, ce sera vous qui parlerez, mais aussi quelqu’un d’autre.
15§ J’aime à dire que le prêcheur devrait être le premier prêché. Il est le premier à être converti par la parole qu’il va prononcer. Alors il entre toujours plus dans les trois dimensions de l’amour de Dieu, l’amour du prochain et l’amour de soi.
4. Comment décrire la vie dominicaine ?
16§ Je reprends l’image du tabouret avec les trois pieds (études, prière et fraternité) qui supportent l’assise (la prédication).
17§ Nous étudions les domaines de savoir confessants (théologie, exégèse, spiritualités) sans exclure les savoirs académiques non confessants (les sciences humaines et sociales), dans la mesure où ceux-ci cherchent à parler de l’homme : « rien de ce qui est humain ne m’est étranger » pourrait dire le Christ après l’Incarnation [10].
18§ L’étude dominicaine diffère cependant fondamentalement de l’étude académique car elle est subordonnée à la foi. La compréhension intellectuelle n’est pas une fin en soi, elle est au service de la foi qui est première. Dans l’esprit dominicain, la recherche intellectuelle doit être un mouvement de la foi qui veut comprendre ce qu’elle croit.
19§ Augustin a écrit en ce sens qu’on croit pour comprendre et non pas on comprend pour croire [11]. Cela dit, comprendre élargit, agrandit, approfondit la foi, mais la foi doit rester le moteur, le principe actif qui anime l’étude.
20§ L’étude constitue le pilier central de la vie dominicaine, elle est la caractéristique originelle de l’Ordre des prêcheurs
21§ La prière, personnelle et communautaire, vient ensuite. Pour moi, si le dominicain apprécie de célébrer breviter ac succincter - de manière brève et succincte – afin de pouvoir ensuite sortir du couvent et prêcher, il ne déprécie pas pour autant l’office choral, au contraire, il aime chanter la gloire de Dieu avec ses frères au chœur dans le couvent.
22§ Le troisième pied du tabouret, lui aussi secondaire par rapport à celui de l’étude – secondaire mais indispensable sinon le tabouret est bancal – représente la fraternité de frères qui vivent en commun, partageant vivres et ressources, et vivant sous le même toit. La vie communautaire est exigeante, il faut accepter les frictions qui naissent des différences de tempérament, de formation, de comportement.
23§ J’aime à représenter la communauté comme un sac rempli de cailloux rugueux qui frottent les uns contre les autres : cela permet de polir les cailloux, mais l’abrasement des barbelures n’est pas sans douleur – et quand cette douleur est trop forte pour eux, certains frères préfèrent quitter la communauté selon la formule : « On entre dans l’Ordre pour la communauté et certains quittent l’Ordre à cause de la communauté ».
24§ Personnellement, je crois que ce polissage des caractères fait partie de notre chemin de sanctification en nous rendant humbles : je n’ai pas la vérité, je ne suis pas le seul modèle dominicain possible, et c’est vrai qu’il y a des choses en moi qui nuisent à la communauté et c’est bien qu’on me le dise.
5. Le bonheur dans l’Ordre
25§ Si on veut être heureux dans l’Ordre, il faut savoir obéir. Vous allez faire un seul vœu, le vœu d’obéissance, et c’est un vœu très important.
26§ Pourquoi ? Si vous en êtes dans l’Ordre, c’est pour faire la volonté de Dieu. Point.
Et Dieu aime les médiations. Il va prendre comme médiation la Vierge Marie. Et puis après, les Constitutions de l’Ordre. Et puis après, le Maître de l’Ordre. Et puis après, le Prieur provincial. Et puis après, le supérieur de la communauté [12].
27§ Voilà comment je vois les choses : en obéissant à votre prieur, d’une certaine façon, vous faites la volonté de Dieu, qui est médiatisée, intermédiée. Et vous êtes heureux de ce bonheur qui habitait Jésus entièrement. Jésus était et est l’homme le plus heureux de la Terre, parce qu’il n’y a rien en lui qui résiste à la volonté de son Père. Sa volonté épouse complètement celle de son Père, il n’y a pas le plus petit écart entre la sienne et celle du Père.
6. Un vœu compliqué pour les générations plus jeunes ?
28§ il y a une grosse difficulté à faire confiance dans les générations actuelles. Or, tu ne peux pas obéir si tu ne fais pas confiance, si tu ne crois pas que ton supérieur est animé par la même volonté que toi de servir Dieu et la création, le même charisme dominicain que toi, et que, d’une certaine façon, Dieu se sert de lui pour te faire avancer sur le chemin de la sanctification.
29§ Pour moi, le supérieur est l’instrument que Dieu met sur ta route pour t’aider à vivre pleinement ta vocation de baptiser à l’intérieur de la forme dominicaine de vie chrétienne.
Sans cette confiance, le jeune sera dans la peur de l’échec, l’angoisse de l’inconnu, il voudra savoir ce qu’il fera dans un an, dans deux ans, etc.. Il veut planifier ce qui va arriver car il n’arrive pas à faire confiance à l’institution et au supérieur qui la représente.
30§ Je pense qu’on s’affronte ici à un biais systémique, sociétal, à savoir la difficulté à accorder sa confiance à une autorité humaine. Or, c’est à travers l’autorité humaine que Dieu va s’exprimer.
31§ je constate ce déficit dans la capacité à faire confiance chez mes neveux et nièce : « C’est moi qui dois tracer ma voie, parce que je ne peux pas compter sur les autres ni sur la société ».
32§ Je ne dis pas qu’il faut obéir aveuglement, ce n’est pas notre charisme. Le charisme dominicain, c’est une obéissance intelligente, raisonnée, qui est éventuellement discutée avec ton supérieur. On peut lui dire : « Tu me demandes d’être à l’aumônerie de jeunes, je l’ai fait deux fois, je me suis planté deux fois, ce n’est peut-être pas une bonne idée » et il peut l’entendre.
7. La confiance dans l’Ordre des prêcheurs
33§ Dans l’autre sens, vos supérieurs vous font confiance : faire confiance aux frères fait partie des gènes de l’Ordre dominicain, même si la confiance n’exclut pas la vérification. Alors, quand un frère a une idée, une intuition, et qu’il veut l’exploiter, son supérieur lui dira : « Vas-y, on va voir ce que cela donne ».
34§ Regardez l’émission Le Jour du Seigneur : c’est un frère dominicain, le père Raymond Pichard, qui propose de retransmettre la messe à la télévision. Et ses supérieurs le laissent essayer.
35§ Regardez le site internet Prier dans la ville (anciennement Retraite dans la ville. Ce sont deux frères étudiants qui disent : « On va proposer des retraites comme on le fait toujours ici, mais on les postera sur internet ». Ils obtiennent l’accord de leur supérieur, et l’institution saura ensuite accompagner la croissance de cette graine de sénevé devenue aujourd’hui un arbre aux nombreuses ramures.
36§ Pour vous donner un autre exemple très parlant : nous avions un frère japonais, Vincent Shigeto Oshida (1922-2003). Il a fondé une communauté à la campagne autour d’une rizière avec une maison rustique sans confort. La communauté accueillait des drogués en leur proposant de sortir de leur esclavage grâce au travail dans la rizière, à la méditation et à la vie à la dure. Ce frère faisait partie du vicariat du Japon rattaché à la Province du Canada [13], et donc le prieur provincial était venu faire la visite canonique de la communauté de Takamori.
37§ Le frère Oshida tremblait car il craignait que son supérieur lui demande d’arrêter l’expérience. Il ne devait jamais oublier la conclusion de la visite canonique par le prieur provincial : « Un, je ne comprends pas ce que vous faites. Deux, je ne suis pas d’accord avec ce que vous faites. Trois, je ne vous enverrai aucun frère pour renforcer votre communauté. Quatre, continuez ».
8. La diversité dans l’Ordre des prêcheurs
38§ L’Ordre des Prêcheurs est très intéressant pour la diversité des états de vie qu’il regroupe :
- les frères,
- les sœurs moniales,
- les fraternités laïques dominicaines
Ces trois branchent dépendent du Maître de I’Ordre.
La Famille dominicaine regroupe en plus :
- les sœurs apostoliques,
- les instituts séculiers dominicains,
- les instituts sacerdotaux dominicains
Ces branches ne dépendent pas du Maître de l’Ordre.
39§ L’Ordre et plus généralement la Famille dominicaine couvrent différentes formes de vie, religieuses, laïques, qui se complètent.
40§ Personnellement, j’aime accompagner les Fraternités laïques dominicaines. Je n’oublie pas que j’ai été laïc pendant quarante ans, et cela facilite ma compréhension de ce qu’ils vivent [14].
41§ J’accompagne aussi un autre mouvement apostolique laïc, les Équipes du rosaire, qui est d’inspiration dominicaine mais sans faire partie de l’Ordre. Comme les Fraternités laïques dominicaines, elles fonctionnent sur les trois pieds de l’étude, de la prière et de fraternité, mais le majeur est la prière et non l’étude comme pour les Fraternités laïques dominicaines [15]
42§ Je peux témoigner que ces deux mouvements forment de belles personnes.
9. Les trois piliers de la prédication
43§ Les trois pieds précédents supportent l’assise du tabouret, à savoir la prédication , et aucun des trois pieds ne doit être sous-dimensionné ou surdimensionné, sinon le tabouret est bancal.
44§ L’apostolat dominicain se nourrit de la fraternité, de l’étude et de la prière, dans un équilibre délicat à maintenir mais pourtant essentiel.
45§ Les frères d’un couvent entendent des prédications différentes qui les forment sans qu’ils s’en rendent compte forcément, et leur prédication en est influencée. La prédication n’est celle d’un frère mais d’un couvent. Ma prédication est le fruit de ma vie dans la communauté, de l’étude et de la prière.
46§ Nous sommes l’Ordre des frères prêcheurs, la fonction ecclésiale de la prédication nous constitue, elle est notre « raison d’être », notre finalité et tout doit s’organiser en fonction d’elle. Un frère animé par le charisme dominicain est constitué par ce désir de prêcher qui n’est pas une activité à côté d’autres mais qui est son être même : on n’est pas prêchant (activité), on est prêcheur (état). Le frère vit pour prêcher, il ne prêche pas pour vivre.
47§ C’est un beau chemin. Vous avez beaucoup de chance, mes amis, d’avoir cette année de recherche parce que vous voulez vivre cet appel de Dieu que vous avez reçu au baptême et vous voulez savoir dans quelle forme de vie vous voulez l’inscrire.
48§ La forme de vie dominicaine est tout à fait respectable et belle. Elle a pour elle huit cents ans d’expériences humaines capitalisées, théorisées, valorisées, actualisées, parce qu’il ne s’agit pas non plus de vivre à la mode du XIIIe siècle.
10. Comment vois-tu l’avenir de l’Église et de l’Ordre ?
49§ Je ne suis pas inquiet parce que l’Église est un organisme humano-divin sur lequel les portes de la mort ne peuvent se refermer.
50§ Je suis inquiet par contre pour les gens à l’intérieur de l’Église qui souffriront soit parce qu’ils seront en avance sur leur temps, soit qu’ils resteront fixés sur le passé.
51§ Simplement, il faut éviter la gérontocratie et je crois que l’Église a su le faire et qu’elle saura le faire. Si effectivement les décisions sont prises par les gérontes, par les anciens, mais des anciens qui ont la sagesse de savoir écouter les générations suivantes, de savoir leur transmettre l’essentiel en laissant de côté ce qui est contextuel et qui peut être abandonné.
52§ Arriver à distinguer ce qui n’est pas essentiel et ce qui l’est : on ne touche pas à l’essentiel, au fondamental, par contre on accepte les propositions d’évolution des nouvelles générations sur ce qui peut et doit changer.
53§ Je crois que nos anciens savent écouter ce qui vient des générations suivantes, et puis accepter de leur donner du pouvoir à mesure de leur capacité.
54§ Dans notre Ordre, la province de France a élu comme provincial le frère Nicolas Tixier à 40 ans. Pour moi c’est un excellent signe, cela veut dire que, dans une province avec une pyramide des âges assez élevée, les frères âgés ont passé le volant de la voiture à un jeune, « parce que, lui, il saura conduire la voiture, nous, on n’a plus de réflexes, on a mal aux yeux ».
55§ Toujours dans notre Ordre, qui a été élu comme maître de l’Ordre ? Pas un Français, pas un Anglais, pas un Américain, pas un Italien, mais un Philippin, Gérard Timoner III : il n’est pas occidental, il est relativement jeune, cinquante ans, et il vient d’un pays pauvre qui a été colonisé par les Espagnols puis par les Etats-Unis, qui a subi de plein fouet le déracinement culturel.
56§ Pour moi, c’est un très bon signe qui montre que nous avons un style de gouvernement capable de faire la place à d’autres façons de faire, et à d’autres générations.
11. pour conclure, un conseil à des novices ?
57§ Quelle que soit l’option de vie que vous prendrez, vous serez vraiment heureux si vous êtes prêts à mourir à vous-même.
58§ Jésus le dit : « si vous voulez la vie, il faut mourir ». Le propos semble curieux, en fait, il s’agit bien de mourir, mais de mourir au moi égoïste, égocentré, pécheur, au moi qui cherche son intérêt propre, qui est indifférent à la souffrance des autres, qui est incapable de compatir à la misère des autres, qui se rend étanche finalement à la compassion. Il faut mourir à ça. Or, on est tous habités par cette tendance autocentrée : « moi », « moi », « moi ». C’est sans doute le reflet de ce que nous étions quand nous étions encore des bébés et que nous étions au centre du monde.
59§ Pour nous chrétiens, il y a quelque chose du mal originel qui se joue dans cet égoïsme foncier. Il faut mourir à ce moi faussé pour être recréé, ressuscité, comme le Christ, c’est-à-dire vivant de la vie de Dieu.
60§ La récréation reprend exactement ce que vous êtes, mais en le purifiant,en le redressant, en le transfigurant. Alors vous êtes un nouveau Christ, et vous êtes heureux. Donc c’est ça le conseil que je vous donne, apprenez à vous mourir à vous-même.
61§ C’est le premier conseil donné par Catherine de Sienne [16]. Et une façon de mourir à soi-même, c’est d’obéir, en faisant confiance. Obéir, faire confiance, pour mourir à soi-même, pour autre chose.
62§ Vous êtes jeunes, vous avez encore du temps pour marcher sur cette voie, et si vous êtes dans l’Ordre, on va vous donner le moyen de cela.
63§ En un mot, prendre sa croix, et puis suivre le Christ. Donc mourir à soi-même pour vivre de la vie bonne, de la vie belle, de la vie éternelle.
Et ce sera pareil si vous vous mariez, ce sera pareil si vous entrez chez les jésuites, ce sera pareil quel que soit le choix de vie que vous ferez. Celui qui ne vit que pour lui-même ne connaîtra pas le bonheur, et il aura du mal pour la vie éternelle.
© frère Franck Guyen, o.p., juin 2025
[1] Le noviciat est l’étape précédent l’entrée dans la vie religieuse. Le novice passe cette étape dans une communauté de frères pendant laquelle il vérifie sa vocation. Le novice peut partir à tout moment de même que la communauté peut lui demander de partir à tout moment.
À la fin de la période de noviciat, si le novice le veut, il demande à entrer dans la vie religieuse.
Si la communauté accepte sa demande, le novice fait profession comme frère dans l’ordre religieux, d’abord pour une durée fixée puis ensuite jusqu’à la mort
– ici, dans l’Ordre des Prêcheurs appelé aussi Ordre des dominicains du nom de son fondateur, Dominique Guzman (vers 1170-1221) -.
La vidéo de la rencontre est disponible ici. Elle dure 25 minutes.
[2] Reginald d Orléans, chanoine d Orléans attiré dans l’Ordre par saint Dominique. Né vers 1180 et mort à Paris en 1220, enseveli dans l’église Notre-Dame-des-Champs. Fêté dans l’Ordre le 12 février.
[4] « comme il est écrit au livre des oracles du prophète Isaïe : Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux seront redressés, les chemins rocailleux aplanis ; et tous verront le salut de Dieu ».
Évangile de Luc 3,4-6
[5] Saint Augustin, Les confessions Traduction, préface et notes de Joseph Trabucco, Garnier Flammarion, 1985, 380 pages
[6] Voir Figures spirituelles chrétiennes - Augustin, le rhéteur devenu pasteur.
Voir aussi Augustin (354-430 e.c.) - une vie
[7] Voir aussi L’Annonciation dans la vocation d’un frère dominicain
[8] Thomas d’Aquin dit "le docteur angélique", 1225-1274 - Fêté le 28 janvier.
Fra Angelico dit "le peintre angélique" vers 1400- 1455 一 Fêté dans l’Ordre le 8 février.
[9] L’évangile de Jean identifie Jésus au Verbe de Dieu, autrement dit à sa Parole.
"Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu." (Jn 1, 1 )
[10] Térence (mort en -159 avant Jésus Christ) faisait dire à un de ses personnages dans sa pièce de théâtre :
homo sum, et humani nihil a me alienum puto.
Je suis un être humain, et je pense que rien de ce qui est humain ne m’est étranger.
TÉRENCE, Tome II, Heautontimoroumenos – Phormion, texte établi et traduit par J. Marouzeau, Les Belles Lettres, Paris, 1947, p.23.
Augustin se réfèrera à ce passage de Térence dans sa lettre à Macédonius n°155 : « On dit qu’à cette réplique, ce fut un tonnerre d’applaudissements, dans ce théâtre rempli pourtant d’ignorants et d’écervelés. Le sentiment de la communauté des âmes humaines s’empara tellement de tous les spectateurs, qu’il n’y eut personne qui ne se sentît le prochain de quelqu’un.. » - dans : Sœur DOUCELINE, saint Augustin, ces frères que tu m’as donnés, lettres, Le Centurion, 1983, p.108
[11] En s’inspirant de la formule d’Anselme de Cantorbéry (1033-1109) : Fides quaerens intellectum en latin et non pas intellectus quaerens fidem
[12] La formule de profession dans l’Ordre des frères prêcheurs est la suivante en français :
« Moi, frère N.N., je fais profession et promets obéissance à Dieu, à la bienheureuse Vierge Marie, au bienheureux Dominique, et à vous, frère N.N., maître de l’Ordre des frères Prêcheurs, et à vos successeurs selon la Règle de saint Augustin et les Institutions des frères Prêcheurs ; aussi je serai obéissant à vous et à vos successeurs pour trois ans (jusqu’à la mort). »
[13] La hiérarchie dominicaine comporte les niveaux suivants :
– la maison avec un supérieur nommé
– le couvent avec un prieur conventuel élu
– le vicariat avec un vicaire provincial élu
– la province avec un prieur provincial élu
– la curie romaine avec le Maître général élu
[14] Voir les vidéos suivantes pour plus d’information sur les Fraternités laïques dominicaines.
[15] Voir les vidéos suivantes pour plus d’information sur les Équipes du Rosaire :
- Témoignages de membres des Équipes du Rosaire
- Témoignage de Pierre D. : 13’13’’ -
Pierre a trouvé la dimension de prière qui manquait aux bénévoles de son mouvement. - Témoignage de Nadine B. : 14’19’’-
Nadine a découvert comment prier la « maman du Ciel » autrement qu’avec le chapelet de grand-mère - Témoignage de Martine H. : 5’06’’-
Martine a trouvé un lieu où échanger ensemble sur les choses profondes de la Parole de Dieu - Témoignage de Virginie B. : 4’44’’-
Virginie a découvert qui est Marie et comment elle nous rapproche de son Fils, en étant avec d’autres. - Témoignage d’Alexandre S. et d’Evelyne D. : 3’37’’-
Très actifs dans le quartier de Moulins-Wazemmes au sein d’associations, des bénévoles ont trouvé dans les Équipes du Rosaire la dimension de prière qui leur manquait. Ils ont créé deux et bientôt trois équipes.
- Témoignage de Pierre D. : 13’13’’ -
[16] Catherine de Sienne ( 1347-1380). Tertiaire dominicaine, vierge et docteur de l’Église, fêtée le 29 avril
