Le bonheur dans les Psaumes (2/2)

samedi 7 février 2026
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Table des matières [1]

  1. Le psaume 1
  2. Le jugement comme une chance
  3. Le juste malheureux
  4. Le bonheur d’avoir ce Dieu là
  5. Une expérience personnelle


Le psaume 1 [2]

Le premier psaume commence par une béatitude : « Heureux »

Heureux est l’homme qui n’entre pas au conseil des méchants, qui ne suit pas le chemin des pécheurs, ne siège pas avec ceux qui ricanent, mais se plaît dans la loi du Seigneur, et murmure sa loi jour et nuit.

Pour nous chrétiens, nous nous plaisons non pas dans la Torah ni même dans ce que nous appelons le Nouveau Testament mais dans la personne même du Christ, dans la loi d’amour reprise de l’Ancien Testament mais précisée et rendue réalisable dans la personne du Christ. La Bible a en ce sens le rôle de nous faire retrouver l’expérience de vie concrète avec le Christ qu’ont menée les disciples « historiques » du Christ.

Donc heureux, celui qui regarde la figure du Christ, qui médite comment il a vécu, comment il est mort pour nous, comment il est ressuscité.

Mais par contre, comme pour le juif, le chrétien est mis à l’écart par sa pratique religieuse : il ne peut pas s’allier avec les cyniques, avec les menteurs, avec les hypocrites, avec les exploiteurs, il ne peut pas. « Tu ne dois pas faire comme celui qui opprime la veuve, l’orphelin et l’immigré (les trois catégories de pauvres dans la Bible). En exploitant la veuve, l’orphelin et l’immigré, il se moque de Dieu et de la loi de Dieu. Tu ne peux pas commercer avec les injustes. »

Heureux donc celui qui fait la volonté de Dieu et qui s’écarte de tout ce qui offense la volonté de Dieu.

Il est comme un arbre planté près d’un ruisseau qui donne des fruits en son temps et jamais son feuillage ne meurt.
Tout ce qu’il entreprend réussira tel n’est pas le sort des méchants.

Tu bâtiras quelque chose de solide en faisant la volonté de Dieu. Au contraire, si tu obéis à ta volonté propre, à tes caprices, ou bien à la mode, ou bien à ce que dit la société sans Dieu, ta construction sera superficielle et s’écroulera.

L’empire du méchant ne durera pas. Celui du Christ durera jusqu’à la fin des temps et au-delà, parce que cet empire est enraciné en profondeur.

Mais ils sont, les méchants, balayés comme la paille balayée par le vent. Au jugement, les méchants ne se lèveront pas ni les pécheurs au rassemblement des justes. Le Seigneur connaît le chemin des justes et le chemin des méchants se perdra.

Les méchants qui se moquent de Dieu sont ceux qui oppriment les petits et aussi ceux qui ricanent cyniquement quand on leur parle du bien et du mal. Pour eux, le bien est ce qui leur fait du bien, le mal est ce qui les empêche de jouir. Des personnes complètement centrées sur elles-mêmes, sur leur petit monde, insouciantes du petit à côté d’eux.

Le juste est celui qui prête, qui ouvre sa main au pauvre, celui qui ne reprend pas sa parole : les circonstances changent et il va perdre sur ce à quoi il s’est engagé, mais il maintient sa parole et fait ce qu’il a dit, alors qu’il y perd.


Le jugement comme une chance

10§ Je crois qu’il faut se réjouir qu’il y ait un jugement à la fin, parce que cela signifie que tout ce que nous faisons compte : le bien que je fais compte, le mal que je fais compte. Notre vie, nos choix sont importants. Bien choisir est important, cela a des conséquences ; mal choisir est important, cela a des conséquences. Non seulement pour les autres, mais pour moi. Il y a quelqu’un qui dira : « Voilà les conséquences ».

11§ Ce quelqu’un est Dieu et il ne juge pas à la manière humaine, imparfaite. Dieu voit dans les cœurs, il sait quelles ont été nos vraies intentions, Il voit notre part de consentement ou au contraire de résistance au mal. Il voit aussi la mesure dans laquelle on a voulu faire le bien, et on y est arrivé. Ou bien on n’y est pas arrivé parce qu’entre temps, un événement m’a contrarié, et j’ai fait l’inverse de ce que je voulais. Mais Dieu voit tout cela.

12§ Dieu est capable de dire le véritable poids d’amour dans nos actes, contrairement à nous qui avons tendance à le surestimer ou au contraire à le sous-estimer. Et il peut aussi dire le poids de non-amour, de péché sur lequel nous ne sommes pas forcément au clair. La sentence de Dieu, sera par conséquent juste et bonne.

13§ Je crois que c’est une chance pour le méchant de savoir qu’il y a quelqu’un qui va me juger de manière juste et indiscutable sur le bien et le mal que j’ai fait. Il a l’opportunité de se convertir, de se refuser à ses tendances mauvaises qui nuisent non seulement aux autres mais à lui-même.

14§ Et pour le juste, quel bonheur l’attend ! Je pense au tableau au musée du Louvre (France) intitulé « Le Triomphe de saint Thomas d’Aquin [3] » (1450-1475) : le Christ lui dit : « Bene scripsisti de me », « Tu as bien écrit de moi » en latin. J’imagine volontiers le Christ ajoutant ensuite : « Entre dans la joie de ton maître » [4]

15§ Tu as bien parlé de moi, c’est bien ce que tu as fait, entre dans ma joie. Le grand bonheur : entrer dans la joie de Dieu.

16§ Je pense que nous avons tous ressenti un peu de cette joie qui nous attend au Ciel : nous avions fait la volonté de Dieu à un moment donné, et nous avons goûté à la confirmation que ce que nous faisions était bien : « Tu es sur le bon chemin, le chemin du bonheur ». Ces moments contentent l’âme et lui donnent envie de continuer à avancer sur le chemin du Christ qui mène au Père.


Le juste malheureux

17§ Le psautier a ceci d’intéressant qu’il fait entendre aussi bien les chants de louange et de bonheur du psalmiste - « Je suis content car tu m’as délivré, je te chante dans ton Temple, tu es si beau, si grand » - que ses cris de détresse – « Au secours, je suis entouré de prédateurs, je me meurs ». Il a gardé toute la gamme des sentiments, du bonheur au malheur, par lesquels le psalmiste, et à travers lui le peuple juif, sont passés pendant leur histoire ponctuée de grandes épreuves.


Le bonheur d’avoir ce Dieu là

18§ Je le dis dans mes sermons, nous avons de la chance d’avoir un Dieu qui s’est rendu accessible en son Fils venu dans notre chair. En lui, par son Esprit, nous pouvons éprouver un avant-goût de la joie d’être accordé à la volonté de Dieu.

19§ Et c’est aussi en lui et par lui que Dieu nous donne la grâce de l’espérance :

  • espérance par rapport à notre vie corporelle, alors que la vieillesse s’installe toujours plus profondément dans nos membres et que nous voyons la mort s’approcher. La foi chrétienne nous fait tenir que, de même que le Christ, en ressuscitant, a vaincu la mort, le croyant lui aussi participera de cette victoire ;
  • espérance ensuite par rapport à notre vie spirituelle, alors que les péchés nous bouchent l’horizon, alors que notre âme souffre des blessures qu’elle s’inflige à elle-même et qu’elle inflige aux autres, nous pouvons trouver la source du pardon en Jésus mort sur la croix pour nos péchés.

20§ Bien sûr, lors de la résurrection générale, au jour du jugement dernier, le mal que nous aurons fait nous fera verser des larmes d’amertume, mais ce seront de bonnes larmes qui nous purifieront au point qu’elles cèderont la place à des larmes de joie : joie d’être pardonné, joie de retrouver la communion avec les membres de la famille humaine et non-humaine, et surtout la joie de pouvoir avancer vers Dieu.

21§ Et quel bonheur que de se tenir dans la présence de Dieu. Car notre Dieu est beau, et, en disant cela, nous sommes en dessous de la vérité, puisqu’il est l’origine de la beauté. Notre Dieu est bon, et, en disant cela, nous sommes en dessous de la vérité, puisqu’il est l’origine de la bonté.

22§ Notre bonheur grandira encore plus en entendant Dieu nous dire : « C’est bien, tu as été fidèle en peu de choses, sur beaucoup je t’établirai [5] ». Autrement dit, le bien que nous retrouverons le bien au ciel reprendra en le dépassant largement sinon infiniment celui que nous avons fait sur terre et qui était déjà source de joie.


Une expérience personnelle

23§ Je conclurai en relatant comment le psautier m’a libéré d’une crise d’angoisse. Cela s’est produit pendant une retraite ignatienne en été dans le centre spirituel jésuite de Manrèse à Clamart.

24§ C’était le soir et cela faisait déjà plusieurs jours que j’étais travaillé par les deux heures d’oraison quotidienne. Assis à mon bureau, j’eus l’idée d’éteindre la lumière de ma lampe pour apprécier la lumière du soir. Il se passa alors quelque chose que je n’avais pas prévue.

25§ La ténèbre a commencé à recouvrir mes mains puis a remonté le long de mes bras, comme une marée noire qui monte inexorablement. Sauf que la pénombre n’était pas noire, elle était grise, et je voyais mes membres s’effacer silencieusement dans cette brume grise, sans aucune sensation physique .

26§ J’avais l’impression que le néant me grignotait petit à petit, sans souffrance, sans cri, sans rien. Sans rien.

27§ La panique m’a pris d’un coup. Je me suis précipité pour allumer toutes les lampes de la chambre, mais cela n’a pas suffi à me calmer.

28§ Pour moi, la parole de Dieu contient une puissance surnaturelle capable de chasser le mal et les démons, aussi je me suis saisi du psautier et je me suis reporté à la fin au chapitre : «  En toutes circonstances ».

29§ Ce chapitre référence les psaumes en fonction de mots clés : « justice », « libération », « travail », « renouveau », « pardon », « désir de Dieu », « espérance », « foi », « guerre », etc...

30§ Le mot-clé « libération » m’a renvoyé au psaume 55 [6] que j’ai lu :

Pitié, mon Dieu, des hommes s’acharnent contre moi. Tout le jour, ils me combattent, ils me harcèlent. Ils s’acharnent, ils me guettent tout le jour. Mais, là-haut, une armée combat pour moi.

Le jour où j’ai peur, je prends appui sur toi. Plus rien ne me fait peur que peuvent sur moi des êtres de chair.

31§ Le psalmiste exprimait ce que je ressentais : comme lui, j’avais peur, comme lui, j’étais entouré par la mort.
Lui avait traversé l’épreuve, il avait a été libéré de la peur. « Rien de l’ordre du créé ne peut me faire peur. Que peuvent des humains contre moi ? ». Je n’en était pas encore là.

32§ Toujours tremblant, je pris une croix que je tins dans ma main, tout en lisant et relisant le psaume 55. Et là, une phrase a fini par me sauter aux yeux.

Mais là-haut, une armée combat pour moi.
Cette armée céleste, c’était l’armée des anges. Cette phrase m’a libéré, je me suis couché en paix.

33§ Mes amis, la Parole de Dieu est vraiment puissante.


© frère Franck Guyen op, février 2026


[1enseignement donné à l’Institut séculier dominicain d’Orléans le dimanche 22 juin 2025 à Paris

[3Thomas d’Aquin : 1225-1274

[4Voir Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 25, 19-23 :

Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et il leur demanda des comptes.
Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha, présenta cinq autres talents et dit : “Seigneur, tu m’as confié cinq talents ; voilà, j’en ai gagné cinq autres.”
Son maître lui déclara : “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.”
Celui qui avait reçu deux talents s’approcha aussi et dit : “Seigneur, tu m’as confié deux talents ; voilà, j’en ai gagné deux autres.”
Son maître lui déclara : “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.”

[5Voir la parabole des talents chez Matthieu et Luc


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